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Affaire BFT : La Tunisie pour tourner la montre pour éviter la faillite

Le gouvernement de Youssef Chahed ne s’avoue pas vaincu dans l’affaire de l’expropriation de la BFT (Banque franco-tunisienne) par le régime Ben Ali en 1989. Alors qu’il a été condamné à payer une somme colossale à l’ancien propriétaire, il veut gagner du temps en faisant appel à un expert.

Alors que le tribunal arbitral Cirdi a condamné la Tunisie à dédommager son ex-propriétaire, le Groupe ABCI Investments, le ministre des Domaines de l’Etat Mabrouk Korchid, en pointe sur ce dossier, fait tout pour retarder le calcul de ces réparations. Potentiellement faramineuses, celles-ci pourraient précipiter le pays dans une crise financière inédite. L’information reste dans le domaine du confidentiel, mais les informations qui filtrent affirment que la Direction générale du contentieux de l’Etat, placée sous la tutelle du ministre Mabrouk Korchid, va faire appel à un cabinet d’expertise financière afin d’évaluer les dommages et intérêts d’ABCI.

Affaire BFT HQ TunisieDepuis que le tribunal arbitral Cirdi a reconnu, en juillet, la responsabilité de Tunis dans l’affaire de la BFT le gouvernement vit dans la crainte que l’exécution de la sentence provoque une tourmente budgétaire sans précédent.

Et pour cause : les réparations dues à ABCI devront inclure les sommes investies lors de l’achat de la BFT en 1982, mais aussi les bénéfices escomptés depuis cette date, assortis des intérêts… Il faudra également combler les centaines de millions d’euros de créances irrécouvrables accordées aux proches de l’ancien régime…

La facture totale pourrait donc friser le milliard d’euros, d’autant qu’ABCI, qui a vu toutes ses propositions d’accord amiable rejetées, n’a plus aucun intérêt à négocier.

Or, le budget de l’Etat n’est pas en mesure d’absorber une telle dépense, alors que ses emprunts internationaux suffisent à peine à payer les salaires des fonctionnaires. Last but not least, l’affaire BFT tend les relations avec les bailleurs de fonds internationaux du pays du jasmin. Le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne refusent que leurs prêts servent à solder ce vieux dossier. Le FMI avait même exigé que Tunis provisionne 430 millions de dollars en vue du règlement d’ABCI, mais sa demande n’aurait toujours pas été satisfaite. C’est donc pour gagner du temps devant cette situation gravissime que Mabrouk Korchid se lance ainsi dans un nouveau mano a mano avec le tribunal arbitral. Le Cirdi prévoyait en effet de nommer un collège d’experts agréés par les deux parties, chargé de calculer avant la fin 2018 le montant des dédommagements dus à ABCI. Sur la foi du rapport “indépendant” qu’il s’apprête à commanditer, Mabrouk Korchid espère ensuite négocier à la baisse la douloureuse avec le tribunal.

Signe d’une certaine fébrilité, le mode de désignation de cet expert financier est pratiquement classé secret-défense : l’appel d’offres, prévu pour être clos le 24 novembre, précise que les plis seront ouverts à huis clos pour des “raisons de sécurité publique” ! Et le marché est réservé aux experts-comptables tunisiens et représentants locaux de cabinets internationaux.

Ce choix vise tout d’abord à limiter le risque qu’ABCI puisse attaquer le cabinet choisi devant un tribunal étranger. Il s’agit aussi – et surtout – de laver le linge sale en famille : le rapport d’expertise sera fondé sur les états financiers de la BFT, plombés par des centaines de millions de dinars de créances accordées sans garanties à des proches du régime Ben Ali-Trabelsi. Or certains de ces businessmen, comme Lotfi Abdennadher et Kamel Eltaïef, sont toujours très en cour à Tunis. ABCI et son ex-président Majid Bouden – désormais avocat du groupe – n’ont d’ailleurs jamais obtenu de pouvoir auditer la BFT avant de reprendre la banque.

Ce point avait provoqué de graves tensions entre Tunis et le géant PwC, chargé d’auditer la maison-mère de la BFT, la Société tunisienne de banque (STB, publique).

Affaire BFT Youssef Chahed

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