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Le Brexit et l’Afrique : le retour en force du bilatéralisme ?

Le Brexit, sortie du Royaume-Uni de l’UE, est désormais derrière nous. L’on pense maintenant à ses conséquences sur l’Union européenne mais aussi pour l’Afrique.

Car à l’image du pré-carré français, le Royaume-Uni pourrait, lui aussi, raviver la flamme d’un Commonwealth résolument tourné vers ses anciennes possessions d’Afrique. Seul hic à cette nouvelle orientation stratégique : il faudra repenser tous les protocoles multilatéraux (établis dans le cadre de l’UE) en accords bilatéraux. Autant dire une reprise à zéro d’une politique économique qui avait ses contraintes au sein d’une Union européenne se voulant solidaire face à l’hégémonie américaine et à la montée en puissance de la Chine.

afriqueCette perspective de « retour en arrière » sera plus douloureuse pour la Grande Bretagne. Londres doit reconsidérer ses relations économiques non seulement au sein de l’UE, pour le maintien d’un marché commun, même avec de nouvelles conditions de partenariat, mais aussi avec les pays africains avec lesquels elle avait des relations privilégiées, dans le cadre de l’accord de Cotonou – texte régissant une bonne partie de la coopération et des relations commerciales entre l’Union européenne et l’Afrique.

L’impact immédiat des flux et reflux des marchés financiers compte peu en comparaison des échanges commerciaux qui étaient régis par les réglementations européennes. Ce sont les accords commerciaux, de plus long terme, qui devront être revus dans un cadre d’incertitude macro-économique qui pèsera sur la croissance. Cette inquiétude est déjà perceptible au Kenya dont les autorités monétaires estiment que le pays pâtirait de la récession globale enclenchée par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mêmes craintes en Afrique du Sud, où le «Brexit» pourrait affecter de 0,1% la croissance d’une économie, déjà au bord de la récession.

Le Brexit recrée également un climat d’incertitude sur la révision d’accords établis par le Royaume-Uni, dans le cadre de l’UE, avec le Nigeria, le Botswana, l’Angola, le Kenya, le Ghana et le Sénégal. Avec l’Afrique du sud, ces pays accueillent à eux seuls 80% des exportations britanniques vers l’Afrique subsaharienne.

D’aucuns se demandent si le ministre britannique pour l’Afrique, James Duddridge, qui était favorable à la sortie de son pays de l’Ue, appréhendait bien toutes les difficultés que son pays doit affronter à présent pour redéfinir ses relations avec l’Afrique. La concurrence avec ses alliés d’hier, mais aussi avec les USA, la Chine, l’Inde et le Japon souffrira sans nul doute de la reconsidération d’accords euro-africains devenus caducs.

Le Brexit est donc une porte de sortie de l’UE. Pour des raisons de souverainisme excessif. Mais une porte qui ne donne pas forcément sur les marchés que l’UE avait conquis – et livrés à ses Etats en tant que membre d’une entité en concurrence avec d’autres.

L’effort en termes d’Apd (Aide publique au développement) de la Grande Bretagne envers l’Afrique doit aller au-delà du 0,7 % de son revenu national brut, malgré la baisse prévisible de son économie. C’est le prix à payer pour un pays qui, avant le Brexit, était considéré comme l’un des plus grands soutiens financiers et politiques de l’Afrique au sein de l’Union européenne.

En termes de gains et de pertes, le Brexit ouvre néanmoins des opportunités pour l’Afrique dans les années à venir, estiment certains experts. L’on pense que la dérégulation qu’il provoque permettra à des pays comme l’Afrique du sud et le Kenya de tirer avantages de nouveaux accords bilatéraux, sans contraintes européennes, et à la Grande-Bretagne de combler une partie du retard qu’elle enregistre face à la France en tant que le deuxième plus gros investisseur de l’Ue sur le continent. Sur la période 2014-2020, la Grande Bretagne s’est ainsi engagée à fournir 14,7 % de l’aide totale (près de 4,484 milliards d’euros). Cette Apd peut renforcer considérablement ses relations bilatérales avec ses principaux partenaires africains, d’autant qu’elle se délie désormais de quelque 11,3 milliards d’euros constituant sa contribution au budget européen en 2014.

L’Afrique, notamment anglophone, pourrait donc bien constituer un avantage comparatif pour la Grande-Bretagne si cette dernière tient bien le gouvernail de son navire séparé désormais du reste de la flotte Europe. Londres doit veiller à ce que sa forte présence dans des secteurs de pointe, tels que l’énergie ou le pétrole, dans des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud ou encore l’Egypte, ne souffre de la concurrence que lui livreront désormais, sans merci, ses anciens alliés européens. En attendant de formaliser sa sortie de l’Ue, la Grande Bretagne doit s’atteler, dès à présent, à booster ses exportations pour gagner encore plus la faveur des marchés africains.

Brexit

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