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COP22 : Un nouveau dynamisme pour le climat en Afrique

Le Maroc a tenu sa promesse : placer au cœur des débats des sujets qui préoccupent l’Afrique.

La principale avancée reste la mise en place d’une feuille de route pour les années à venir et la promesse d’accélérer le rythme. Des points d’étape sont prévus pour vérifier que la conformité des Etats vis-à-vis de leurs engagements et que dès 2018, les pays développés revoient leurs promesses à la hausse.

Dossier réalisé par MouhammadouDiop

Le 18 novembre, le rideau est définitivement tombé sur la COP22 de Marrakech. Une COP22 qui s’est voulue résolument africaine. Elle s’est voulue également celle de l’action après le succès de la COP21 française et l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris trois jours avant l’ouverture de la conférence de Marrakech sur le climat. Il faut dire que l’événement a connu un franc succès lors de sa clôture avec un engagement renouvelé en faveur du climat. Car il ne faut pas s’y tromper, la COP de Marrakech devait certes lancer le chantier des actions pour la mise en œuvre de l’accord de Paris, mais surtout négocier le compromis. Malgré les engagements affichés, les Etats divergent dans leur vision sur la mise en application. A cela s’est ajoutée l’élection surprise de Donald Trump qui a perturbé la teneur des négociations. Mais les Etats se sont ressaisis depuis l’élection américaine et le nombre de pays qui ont ratifié l’accord de Paris a considérablement augmenté. Une quinzaine de pays ont rejoint le processus ratifié par 112 pays. Comme dans toute conférence climatique, les négociations ont duré longtemps. La cérémonie de clôture devait avoir lieu jeudi 17 novembre, mais le compromis n’a été trouvé que tard vendredi aux alentours de minuit.

cop 22 afriquePour la forme, les gouvernements ont fixé l’échéance de 2018 pour finir le règlement d’opérationnalisation de l’accord de Paris. Certains groupes de pays, comme les PMA (pays les moins avancés, soit 48 nations), poussaient pour une adoption de ces règles un an plus tôt, en 2017. A noter que l’accord de Paris, qui doit limiter le réchauffement à 2 °C (voire 1,5 °C) ne s’appliquera qu’à partir de 2020 avec la fin des engagements de limitation des émissions de gaz à effet de serre qui procèdent du Protocole de Kyoto. Dans «la proclamation de Marrakech», adoptée le 18 novembre à l’unanimité des 196 parties, les Etats ont appelé à avancer le calendrier. «Nous appelons à davantage d’actions climatiques et d’appui, bien avant 2020». Les 11 jours de conférence climatique sous la présidence marocaine ont permis de lancer de nombreuses initiatives en faveur du climat. Le programme de travail adopté à l’issue de la COP22 comprend notamment 5 engagements. Parmi ceux-ci, la promesse de financement de
83 millions de dollars promise par les pays industrialisés. L’Allemagne à elle seule accorde 50 millions de dollars au Fonds pour l’adaptation. La France promet 5 milliards d’euros par an d’ici 2020, sur les 100 milliards prévus par l’accord de Paris.

La faiblesse des cours de carbone (environ 6 euros la tonne), ne permet pas d’abonder un fonds de 500 millions d’où le recours aux Etats.

Il faut dire que pour le financement, clé de voûte de l’application de l’accord de Paris, Marrakech aura permis de tracer une feuille de route qui augmente de 50% les engagements pour la finance publique de sorte à arriver à 67 milliards de dollars par an à partir de 2020 au profit des pays du sud avec une augmentation de la part d’adaptation qui a doublé, passant de 12 à 24%. Ce fut d’ailleurs l’un des sujets les plus chauds de la COP22. Les pays du sud souhaitaient une égalité dans la répartition des financements : 50% pour l’adaptation et 50% pour l’atténuation. Finalement, l’on a préféré le compromis avec 24% du fonds au profit de l’adaptation, mais ce n’est pas fini, promet la présidence marocaine. Ce taux pourrait sensiblement augmenter. Mais il ne suffit pas de mobiliser de l’argent. Encore faut-il pouvoir le dépenser. Les pays en développement ont besoin de renforcer leurs capacités. C’est ainsi que le partenariat NDC est né à Marrakech en collaboration avec le Maroc et l’Allemagne dans le but de faciliter les financements, notamment pour les pays du sud. Par ailleurs, un réseau mondial, dont le Maroc est le secrétaire général, a été créé avec 12 centres (Amérique latine, Asie, Afrique, Europe…) qui vont travailler ensemble pour apporter cette assistance technique.

L’Afrique unie pour le climat

Pays hôte du sommet, le Maroc à travers le Roi Mohammed VI n’a ménagé aucun effort pour que l’Afrique parle d’une seule voix pour mobiliser les moyens nécessaires à une justice climatique. En effet, le 1er sommet africain de l’Action organisé à l’initiative du souverain marocain en marge de la COP22 et auquel une trentaine de chefs d’Etats africains participaient a tracé une véritable feuille de route pour l’Afrique. Le continent qui subit de plein fouet les aléas climatiques dont il n’est pas responsable et à qui de fait, on ne peut imposer les mêmes contraintes face à ses moyens limités. «D’abord, il y a, entre le nord et le sud, une disparité de cultures en matière d’environnement, elle a trait aux priorités et aux moyens. Faut-il rappeler que le temps de la colonisation est révolu, qu’une décision imposée ne peut être productive?», souligne le Roi du Maroc. «L’Afrique se doit d’harmoniser les actes de lutte pour renforcer sa résilience, tout comme elle se doit de construire son propre modèle de développement inclusif et durable», appelle le souverain. Il faut donc pour le continent agir par soi-même et associer les partenaires qui ont un rôle crucial à jouer dans l’effort collectif africain.

Agriculture : les discussions renvoyées en 2017

L’agriculture, et celle du continent africain tout particulièrement, aurait dû être au cœur des débats de la conférence sur le climat, la COP22 à Marrakech, tant la situation est critique et les enjeux importants. Mais à l’issue des deux semaines de discussions, vendredi 18 novembre, jour de clôture de la conférence, peu de décisions concrètes ont été prises. Et les initiatives mises en avant sont restées encore générales. Autant dire que le dossier agricole est sensible et les approches divergentes. D’un côté, les pays africains, et plus généralement ceux du G77 et la Chine, veulent l’aborder sous l’angle de l’adaptation et des moyens financiers à mettre en œuvre pour aider l’agriculture des pays du sud à affronter le changement climatique. De l’autre, les pays développés s’avèrent plus soucieux de parler d’atténuation, c’est-à-dire de diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités agricoles. Soumises à cette double pression, les discussions officielles au sein de l’organe scientifique et technique de la COP se sont achevées sur un blocage. En cause toujours, l’articulation entre atténuation et adaptation. Les discussions ont été renvoyées en 2017, à Bonn, lors de la prochaine COP.

Pour le président français François Hollande, le succès de l’accord de Paris dépend de l’Afrique. Historiquement, le continent n’a pas été assez priorisé dans la mobilisation internationale autour des changements climatiques, souffrant d’un manque de financement considérable. Pourtant, le continent est particulièrement vulnérable aux changements climatiques et les conséquences de ces derniers peuvent être désastreuses aussi bien pour la sécurité alimentaire que la sécurité politique. 75 à 250 millions d’Africains seront exposés à un stress hydrique accru d’ici 2020 et six des dix pays les plus touchés au monde sont africains et plus de 65% de la population africaine est déjà affectée par les effets du changement climatique. L’urgence climatique pour l’agriculture africaine est d’autant plus importante que majoritairement de subsistance, le secteur emploie 60% de la main d’œuvre africaine. «Les rendements agricoles de notre continent pourraient donc baisser de 20% à l’horizon 2050, au moment même où notre population aura doublé». Pour l’heure, l’adaptation aux chocs climatiques reste largement sous-financée et les négociations de la COP22 butent justement à ce propos et des différends subsistent entre pays développés et plus pauvres. Un retard pourrait miner la confiance et stopper la dynamique estiment des négociateurs. Le Maroc qui assure désormais la présidence de la COP a inscrit le financement comme priorité. Les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés pour la mobilisation de 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020. Au-delà de cette enveloppe, la présidence marocaine souhaite mobiliser des financements publics, à la diversification des montages financiers, et à la facilitation de l’accès aux fonds consacrés au climat. Elle va œuvrer aussi à l’implication des fonds souverains pour développer les infrastructures vertes en Afrique. À noter que si plusieurs pays ont d’ores et déjà annoncé les montants des financements et investissements destinés au climat lors de la COP22, la liste des projets à financer ne sera pas dévoilée avant la réunion des chefs d’Etat africains à Addis-Abeba lors du prochain Sommet de l’Union africaine, a souligné Paul Kagamé, Président du Rwanda.

Les échos de la COP22

  • À la fin de la COP22, 111 parties dont l’Union européenne (UE) auront ratifié l’accord de Paris. L’Australie, le Botswana, le Burkina Faso, Djibouti, la Finlande, la Gambie, l’Italie, le Japon, le Pakistan, la Malaisie et le Royaume-Uni l’ont annoncé durant la tenue de la conférence.
    La Russie manque toujours à l’appel.
  • Le Canada, l’Allemagne, le Mexique et les États-Unis, ont présenté leur plan stratégique pour atteindre le “zéro net émission” en 2050. La France et une quinzaine d’autres États doivent faire de même à une date d’annonce non encore précisée. Ces annonces ainsi que bien d’autres laissent cependant plusieurs ONG sur leur faim.
  • Denis Sassou-Nguesso, Président du Congo a annoncé lors du Sommet africain du 16 novembre la création d’un “Fonds bleu” pour le bassin du Congo.
  • Si François Hollande et Mariano Rajoy, étaient présents, le 15 novembre, lors de la journée à haut niveau, point de Merkel, Obama, Poutine ou May.
  • Pour stabiliser les zones sujettes à la migration, aux déplacements forcés et à la radicalisation des jeunes, les ministres africains qui se sont réunis dans le cadre de la COP22 de Marrakech, ont initié un plan d’actions dénommé 3S (Soutenabilité, stabilité et Sécurité). Il s’agit, d’ici à 2020, de former un million de jeunes pour qu’ils bénéficient dans l’agriculture et l’adaptation aux changements climatiques. 5.000 villages répartis dans 50 pays d’Afrique (250.000 villages), dans les pays où transitent les migrants et les personnes déplacées, feront partie de ce programme d’éducation pour la restauration et la réhabilitation des terres. Pour la réussite de cette initiative, les ministres ont lancé une «task-force» qui servira de «mécanisme pour la coordination des activités ». Elle transmettra les recommandations au président du Nepad qui va présenter, au nom de l’Afrique, la déclaration et les décisions pour mener le plaidoyer.
  • Salaheddine Mezouar, Président de la COP22, a annoncé le jeudi 17 novembre le lancement du Prix Mohammed VI pour le climat et le développement durable. Cette récompense internationale est dotée de 1 million de dollars qui sera remise lors de chaque COP aux initiatives les plus innovantes dans le monde. Affirmant que cette distinction sera aussi prestigieuse que le prix Nobel, il a indiqué qu’elle serait parrainée par les Nations unies.
  • La prochaine COP, vingt-troisième dans le calendrier de l’ONU, qui se tiendra à la même période l’année prochaine, sera présidée par les îles Fidji, un État insulaire durement confronté aux changements climatiques. Mais vu l’incapacité de ces îles à l’organiser, elle aura lieu à Bonn en Allemagne, siège de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
COP 22 Environnement

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