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Entretien : Chiaka Berthe, directeur des Opérations de Randgold pour l’Afrique de l’ouest

« Nous comptons extraire 600 000 onces d’or par an durant la prochaine décennie »

Randgold Resources Ltd. présent en Afrique de l’ouest et centrale réalise plus de 50% de sa production d’or au Mali. Depuis 1996, date de son acquisition du permis de BHP, il n’a pas cessé d’investir pour trouver d’abord les extensions de Gara, ensuite de Yalea et enfin de Gounkoto plus tard. Ce qui lui permet de tabler sur plus de 600 000 onces d’or annuellement durant les dix prochaines années.

 

AFRIMAG : Troisième plus grand producteur d’or du continent, Randgold Resources Ltd. opère également sur plusieurs mines d’or au Mali. Quel poids pèse aujourd’hui le Mali dans vos activités de production d’or? 

Chiaka Berthe

Directeur des Opérations de Randgold pour l’Afrique de l’ouest

Chiaka Berthe : Randgold Resources Ltd. est une entreprise exploitant des mines d’or de classe mondiale principalement au Mali, en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo. Elle est également présente au Sénégal là où nous menons actuellement une étude de faisabilité pour le développement de la future mine de Massawa.

Pour revenir à votre question, le Mali, à lui seul, produit pour l’instant 50 à 55% de notre production annuelle en Afrique de l’ouest et centrale.

Randgold Resources a repris en main les opérations d’exploitation à Yalea et Gara, deux mines souterraines de classe mondiale dans le complexe minier de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest malien. Comment expliquez-vous cet engagement de votre compagnie vis-à-vis de l’industrie minière du Mali ?

Il important de rappeler ici que nous n’avons pas repris d’opérations existantes à Yalea et Gara mais avons plutôt investi dans l’exploration pour découvrir des gisements de classe mondiale que sont aujourd’hui Yalea, Gara à Loulo ensuite le gisement de Gounkoto. Au moment de l’acquisition du permis de BHP en 1996, le gisement de Gara existait mais n’était pas de taille pour pouvoir créer une mine. C’est en étant dotée du permis que Randgold Resources Ltd. a continué à explorer non seulement pour trouver d’abord les extensions de Gara mais aussi de découvrir ensuite Yalea et enfin Gounkoto plus tard. Ces découvertes ont établi un partenariat fort entre Randgold Resources Ltd. et l’Etat du Mali du fait de l’apport de ces mines dans l’économie nationale à travers les taxes, les dividendes, la sous-traitance avec les entreprises maliennes, les contributions dans le développement communautaire etc. Malgré le déficit en infrastructures, de personnels qualifiés, le Mali possède un environnement géologique très favorable, et surtout à l’époque où le pays possédait un Code minier très attractif, donc favorable à l’investissement. Ce qu’il nous a poussés à investir dans la recherche. Même si à l’époque le Mali était nouveau dans l’industrie minière, cela n’a pas été un handicap pour nous de mener des opérations de recherche mais également de former nos équipes constituées essentiellement de maliens. Grâce à cette stratégie de formation, le management de Randgold Resources Ltd. est aujourd’hui composé à 95% de maliens. Loulo-Gounkoto est la première mine souterraine industrielle et automatisée au Mali avec des caractéristiques qui n’ont pas été étrangères dans la politique de formation que nous avons mise en avant dès le début. Aujourd’hui, seules certaines fonctions sont encore entre les mains des expatriés. Et sur ce point, Randgold Resources Ltd. a installé un centre de simulation pour former ses agents maliens aux techniques les plus avancées dans le secteur minier. C’est ce que nous appelons chez Randgold Resources Ltd. le transfert des technologies et des connaissances.

Quelles sont les attentes de Randgold Resources sur  le complexe minier Loulo-Gounkoto en termes de production ?

En termes de production, nous tablons sur les dix prochaines années sur une quantité annuelle de plus de 600 000 onces d’or. La durée de vie de Loulo-Gounkoto est estimée jusqu’en 2032.

Comment voyez-vous le code minier actuel  du Mali et son régime fiscal ?

C’est le grand débat ici dans le secteur minier. Au Mali nous avons plusieurs codes miniers qui fonctionnent en même temps. Ceux de 1991, 1995, 1999 et 2012 ! Comme si cela ne suffisait pas pour y voir plus clair, nous sommes sur un nouveau code. Dans la pratique cela crée une énorme confusion.

Retenez tout simplement que toutes les mines du Mali ont été découvertes sous le code de 1991. C’est un code d’investissement qui a attiré plusieurs investisseurs pour l’exploration. Pour preuve, depuis 1991, une seule compagnie est actuellement en construction sous le code de 2012.

Le Code de 1991, par son attrait, a permis de découvrir la quasi-totalité des mines au Mali en attirant les investisseurs dans l’exploration minière. Et tous les autres ont été, au contraire, des facteurs de blocage à l’investissement. Le challenge aujourd’hui est d’avoir un code qui attire plusieurs investisseurs pour un maximum de découvertes. C’est l’une des meilleures pistes si l’Etat veut voir ses recettes fiscales augmenter. Cela passe par un nouveau code minier attractif. Aujourd’hui, avec le cumul des expériences dans le secteur minier, le Mali devrait être capable de partager son leadership et son expertise avec les pays de l’Afrique de l’ouest et centrale.

Un code qui donne 50% des profits à l’investissement et 50% à l’Etat me semble être juste et attractif. Au lieu d’abonder dans ce sens, nous constatons que les différents codes successifs après celui de 1991 œuvrent pour offrir plus de 50% de profit à l’Etat. Alors même que l’Etat n’investit pas ou peu dans la recherche, l’exploitation et dans les infrastructures minières.

L’Afrique aspire de plus en plus à la transformation de ses ressources au niveau local au lieu de les exporter de manière brute. En tant qu’acteur majeur sur le continent avez-vous des projets d’amélioration de la valeur ajoutée dans les pays où vous êtes exploitant de ressources brutes?

Oui bien sûr ! A Randgold Resources Ltd., nous sommes pour la transformation locale pour créer de la valeur sur place. Une manière pour nous de revendiquer notre côté d’entreprise citoyenne. Mieux encore, en tant qu’entreprise, cette stratégie nous revient beaucoup moins coûteuse.

Pour réussir dans la transformation locale, nous avons anticipé avec la mise en place d’une entité dénommée Kankou Moussa dont l’objectif assigné était de vendre chaque semaine une partie de la quantité de notre production d’or au marché local. Cette démarche managériale était une promesse de notre PDG au Président malien d’alors. Malheureusement, elle n’a pas fait long feu à cause des surtaxes de l’Etat. C’était une idée prometteuse  avec un impact certain sur la vie des populations locales. Une façon également pour nous de les associer à la commercialisation de l’or. Nous sommes actuellement à la recherche de solutions pour relancer la société Kankou Moussa.

Dans toutes nos mines en Afrique, nous mettons l’accent sur le développement de l’activité économique des populations occupant les alentours de nos zones de production. Cette forme de partenariat a abouti aujourd’hui à la création d’une pépinière d’entreprises de sous-traitance gravitant autour de notre activité minière. Il en existe ainsi dans les domaines de l’approvisionnement, du carburant, du lubrifiant…

Quelques exemples emblématiques d’entreprises issues de cette pépinière excellente, c’est le cas de Ben & Co et Yara dans le domaine des carburants, SFTP, ETASI, EGTF dans le domaine de génie civil et mines. Grâce à son partenariat avec Randgold Ressources Ltd., SFTP est devenue une compagnie d’exploitation minière dont l’expertise a franchi les frontières du Mali. Elle offre aujourd’hui ses services aux miniers de la Côte d’Ivoire en tant que compagnie d’exploitation minière. Enfin, Randgold Resources se positionne également dans le développement communautaire avec des projets durables tels que la construction d’écoles, de dispensaires, l’adduction d’eau potable ainsi que l’octroi des microcrédits aux populations. Nous sommes en train de mettre en place un projet d’agrobusiness au profit des populations se trouvant dans la zone de nos mines à loulo-Gounkoto et Morila au Mali mais aussi en Côte d’ivoire et au Congo (RDC).  

Chiaka Berthe Mines

Un commentaire

  1. Cheickna Seydi DIAWARA

    Bravo RandGold.
    Mais il faut saluer aussi le rôle essentiel et les bons choix de l’Etat malien tant en amont (inventaire minier, attraction de l’investissement) qu’en accompagnement et en vision longs termes ….. Plus que le code minier de l’époque, est son application stricte et straight forward (I.e. Franche et honnête) par un Ministre des mines que le Dr Marc Bristow (ça n’engage que lui) a appelé à l’époque “the most knowledgeable Mining minister in Africa” qui ont permis à une junior dynamique et entreprenante de bénéficier d”un portefeuille de permis stable offrant la possibilité d’investir sur le long terme, de réinvestir dans la multitude d’indices alentours et le développement communautaire, la founiture locale….
    Les mémoires ont tendance à s’estomper souvent…. mais il est bon de rappeler l’essentiel pour empêcher de jeter le bébé avec l’eau du bain au gré des changements incontournables avec le.temps
    Amitiés
    Cheickna Seydi A. Diawara
    Ancien Ministre des mines

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