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Finances : Les Africains foncent dans le bitcoin

Alors que la crypto-monnaie est en train de flamber depuis le début de l’année, les Africains commencent à lui trouver un certain intérêt. Mais, pour l’heure aucune banque centrale ne la voit d’un bon œil. Certes, elle pourrait être une alternative au système bancaire classique, mais la bulle qui se forme inquiète.

Il a fallu huit ans après sa création, avant que les Africains ne s’intéressent enfin au bitcoin. Mais, les banques centrales et les organes de contrôle du change n’ont pas  attendu pour montrer leur désapprobation. Du coup, les adeptes de cette crypto-monnaie regrettent déjà de ne plus pouvoir profiter de l’envolée exceptionnelle de son cours. Et c’est peut-être cela le vrai problème que pose le bitcoin. En effet, son cours atteint des niveaux stratosphériques qui le rapprochent davantage d’un actif à but de spéculation en l’éloignant davantage d’un moyen de paiement classique.

bitcoinIl suffit de voir l’évolution du cours du bitcoin depuis le début de l’année pour comprendre. La valeur de cette monnaie électronique a été multipliée par 10. S’il ne fallait que 1000 dollars US pour acquérir une unité de ce moyen de paiement virtuel, le 29 novembre, il en fallait déjà 11150 dollars US en début d’après-midi. Autre indicateur de cette flambée du cours: en mi-octobre, on pouvait encore en acheter une unité pour seulement 5000 dollars US. C’est dire qu’en moins de 45 jours, sa valeur a été multipliée par 2,2. “Aberrant”, disent les plus prudents et les partisans de la finance classique. “C’est plutôt magnifique”, leur répondent ceux qui visiblement en tirent profit.

La folie au Zimbabwe

Évidemment en Afrique, certains ne veulent plus être laissés sur le bord de la route. Les trois pays où la crypto-monnaie est déjà utilisée sont l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana. Cependant, au Nigeria, au Zimbabwe et en Afrique du nord, beaucoup commencent à y prendre goût.

Effectivement, après avoir abandonné sa monnaie nationale il y a plusieurs années, le Zimbabwe a récemment pris goût au bitcoin. Sur la plateforme de trading Golix.com, ce dernier ne cesse de prendre de la valeur. “Le cours de cette monnaie virtuelle s’est apprécié légèrement avant d’exploser”.

Bitcoin à la place du “zollar”

“Je m’attends à ce qu’il atteigne des niveaux beaucoup plus élevés”, expliquait YeukaiKusangaya, gestionnaire de cette plateforme, quand le cours zimbabwéen avait atteint 10.000 dollars US, il y a un mois. C’était une prophétie auto-réalisatrice, visiblement. Puisque cette crypto-monnaie continue de grimper sur le marché local zimbabwéen. Quatre semaines plus tard, lundi 27 novembre, un bitcoin s’échangeait 17875dollars US, dépassant largement la moyenne mondiale, située à 10 000 dollars US mercredi 29 novembre, à l’ouverture des marchés asiatiques. Il faut dire que le changement de régime a créé un engouement au niveau local. Mais cette hausse spectaculaire traduit aussi la réalité monétaire zimbabwéenne qui consiste dans un déficit criant de liquidités. Actuellement, on ne peut tirer plus de 200 dollars US par jour de son compte bancaire. Rappelons qu’au Zimbabwe, les deux principales monnaies ayant cours sont le dollar américain et le rand sud-africain.

Mais comment expliquer que le bitcoin soit devenu l’actif financier le plus prisé dans ce pays? Quand un Zimbabwéen détient de l’argent dans une banque, le fait qu’il ne puisse pas en disposer à sa guise fait que les billets en circulation sont mieux valorisés.

D’ailleurs, les Zimbabwéens font une différence entre deux types de liquidité, bien qu’il s’agisse du même dollar. Quand il est en espèce, ils considèrent que c’est cela le vrai argent. Mais, s’il est inscrit dans un compte bancaire zimbabwéen, ils l’appellent le “zollar”, contraction de “zimbabwean dollar”. Ainsi, pour un dollar en espèce, un père de famille est prêt à perdre 40% de la valeur de ses zollars détenus en banque. Etant donné que la valeur des zollars a tendance à baisser, alors que celle du bitcoin augmente, il est plus intéressant de convertir les premiers en crypto-monnaie.

La fermeté de l’Office marocain de change

Cet engouement pour le bitcoin crée une bulle au niveau du marché local qui pourrait faire des dégâts énormes si elle se dégonfle. Rien que durant le week-end, il a connu une progression de 19,9% entre la clôture du vendredi 1 décembre et l’ouverture du lundi suivant. Ce qui est clair, c’est que les Zimbabwéens n’ont plus confiance qu’en cette crypto-monnaie. Le niveau actuel des cours du bitcoin dans le pays offre des possibilités d’arbitrage qu’aucun autre marché ou actif ne permet.

Au Maroc où l’on s’apprête à libéraliser le régime de change, les investisseurs ont une certaine aversion pour tout ce qui est devise étrangère. Même si le bitcoin n’est pas une devise étrangère en tant que telle, il semblerait que beaucoup veulent profiter de la vague haussière. Sauf, qu’il n’est pas encore possible d’en acheter librement à cause des contraintes  en vigueur sur le marché de change. Alors quand les sociétés marocaines comme Genious Communications, spécialisée dans les services informatiques, ont commencé à être nombreuses à l’accepter comme moyen de paiement, les autorités ne l’ont pas entendu de cette oreille.

Ainsi, l’Office des changes a immédiatement sorti un communiqué pour rappeler ce qu’en dit la loi et les sanctions auxquelles s’exposent ceux qui se lancent dans le bitcoin.

“Les transactions via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation des changes passibles de sanctions prévues par la loi”, prévient fermement l’Office marocain des changes. Dans cette même mise en garde, l’Office a même exclu notamment les transactions financières avec l’étranger qui doivent absolument “être effectuées via les intermédiaires et dans les devises cotées par Bank Al Maghrib”.

Du bitcoin au pays de Boko Haram

Au Nigeria, où l’on est moins enclin au contrôle, le bitcoin vient d’y avoir sa plateforme qui est mise en place par deux jeunes nigérians de 25 et 27 ans. Tim Akindo et Deji Adewunmi ont eu l’idée d’introduire la crypto-monnaie en la présentant comme la monnaie qui permettra aux Nigérians de s’émanciper du secteur bancaire classique. L’un de leurs principaux arguments de vente est que les transferts en bitcoin sont presque gratuits, vu qu’aucune banque n’est derrière pour prélever des commissions allant jusqu’à 7% en moyenne pour ce qui concerne l’Afrique.

En quelques mots, ce moyen de paiement permet des transferts d’argent rapides et très économiques (quelques centimes seulement) partout dans le monde connecté. Une aubaine pour le premier pays africain bénéficiaire des transferts d’argent venant de la diaspora.

Mais en réalité, au pays de Boko Haram, la banque centrale nigériane ne voit pas tout cela d’un bon œil. En effet, il serait bien trop facile à l’organisation terroriste d’avoir accès à un moyen de paiement qui échappe à tout contrôle.

Les experts unanimes

D’autres organisations aux pratiques douteuses peuvent également s’y glisser. Ainsi, il y a quelques mois, la société MMM de ventes pyramidales a offert aux Nigérians d’investir dans sa douteuse offre en recevant à la fin des bitcoins. Le fait est que les clients de MMM qui avaient misé dans son système au début de l’année, se frottent les mains, bien que tout cela ne soit adossé sur rien du tout. Car, le bitcoin et la vente pyramidale ne doivent leur succès qu’à leur bulle auto-entretenue. Jusqu’à ce que cela finit par éclater. Car c’est bien là la crainte de beaucoup d’experts.

“C’est un actif très particulier, par définition spéculatif si l’on regarde l’évolution de son prix”, a déclaré récemment à la chaîne de télévision américaine CNBC le vice-président de la Banque centrale européenne Vitor Constancio. Tout en prédisant d’importantes fluctuations au bitcoin, Constancio “ne croit pas qu’elles vont s’étendre à d’autres marchés”.

A la mi-septembre, le PDG de la banque JPMorgan, Jamie Dimon, avait estimé que le bitcoin était une “escroquerie” destinée à “imploser”, tandis que le patron de Crédit Suisse, Tidjane Thiam, avait récemment déclaré que c’était “la définition même d’une bulle”.

“C’est une bulle et il y a beaucoup de mousse. Ca sera la plus grosse bulle de notre vie”, a prévenu Mike Novogratz, gestionnaire de fonds spéculatifs, au cours d’une conférence sur la crypto-monnaie mardi 28 novembre à New York.

Stephen Innes, chez le courtier Oanda à Singapour, a de son côté mis en garde contre des “chiffres fous” et ajouté : “Je crains que les détaillants ne sautent sur l’occasion sous le faux prétexte que cela fonctionnera pour toujours”. 

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