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Formation à la carte

Le décollage économique de l’Afrique ou son take-off, basée sur l’industrie et les services, sans compétences qualifiées ou la formation à la carte, est quasiment impossible. Ce constat a valeur d’alerte pour bon nombre de pays qui continuent à penser leur modèle de développement en fonction d’une vision ne tenant pas compte des réalités et défis du moment. Voyez la Chine et l’Inde hier, le Bangladesh et l’Ethiopie… aujourd’hui. Tous des pays qui ont bâti la production de leur richesse sur la valorisation des ressources humaines. Ces pays sont en première ligne dans la capture des investissements directs étrangers.

L’Afrique d’aujourd’hui change vite. Sa démographie est dynamique – sa population est estimée à deux milliards d’habitants à l’orée de 2050. Deux tiers de cette population sera appelée à vivre en ville.

Les découvertes de ressources naturelles offrent de nouvelles sources de richesses mais soulèvent aussi des questions complexes de gestion et de partage des recettes générées. Elles posent surtout, avec acuité, cette question de l’emploi avec 7 à 12 millions de jeunes africains qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Souvent sans formation qualifiante.

En République Démocratique du Congo, les autorités estiment qu’il est nécessaire d’investir dans les 3 prochaines années 15 milliards de dollars US dans l’hydraulique et l’énergie. Mais elles n’ont aucune stratégie en matière de formation de compétences.

L’Algérie est contrainte d’importer de 5 à 7 milliards de dollars US de produits manufacturés dans le secteur des hydrocarbures notamment, faute de compétences au niveau des ouvriers qualifiés, pour les produire sur place.

Ces pays exportent ainsi leurs propres emplois vers d’autres cieux par le biais des avantages comparatifs. Le Sénégal, depuis la découverte d’énormes gisements de pétrole et de gaz dont les premiers barils sont prévus en 2019, a mis le curseur sur ce déficit en compétences. Macky Sall, le Président de la République, a indiqué qu’un institut spécialisé dans les métiers du pétrole sera créé pour former suffisamment d’ingénieurs et de techniciens. Louable initiative !

Etablissement d’enseignement supérieur à Dakar

Etablissement d’enseignement supérieur à Dakar

L’optimisation des ressources humaines se pose ainsi comme nécessité aux besoins de l’économie prévisibles à court et moyen terme. La valorisation des potentiels de l’Afrique en richesses réelles (humaines) n’est plus une simple question de management mais une problématique hautement stratégique qui est au cœur de la compétitivité mondiale. Les investisseurs ne considèrent comme « bon risque » que les pays où l’offre en compétences qualifiées et pour les métiers d’avenir existe.

Le constat est qu’il y a une très forte inadéquation entre les compétences et le marché de l’emploi tiré par une croissance économique de 5 % en moyenne. Cela induit de très gros besoins de main d’œuvre, d’un côté, et une très grande difficulté des systèmes de formation, de l’autre, à fournir les compétences qualifiées correspondant au développement du continent dont elles seront les chevilles ouvrières. Du côté des entreprises, il est nécessaire d’importer des emplois qualifiés de l’extérieur faute d’en trouver sur place.

En Afrique du Sud, le Ministère des Affaires Intérieures avait déclaré, à un certain moment, que pour pallier la pénurie de compétences dans les années à venir, le gouvernement allait élaborer une politique pour faire venir 50.000 ingénieurs dans les domaines des infrastructures, de l’eau et de l’énergie.

Au Maroc, l’on a compris, que fondamentalement, «se développer c’est faire les choses différemment». Le Pacte industriel de 2013 est un plan destiné à mobiliser 220 000 emplois qualifiés, sur deux ans, dans des secteurs relevant jusque-là de la sous-traitance industrielle. Une enveloppe budgétaire de 12,4 milliards de dirhams a été mobilisée pour la mise en œuvre de ce pacte, dont 34% destinée à la formation et à la qualification des ressources humaines et 24% à la promotion des investissements. Résultat : on assiste dans le royaume à une ruée d’investisseurs dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique… Sans oublier une floraison de call-center.

Des approches différentes pour un problème commun à tout le Continent. Car une étude estime qu’à l’horizon 2025, il faudrait que les gouvernements africains créent 1,9 million d’emplois publics pour absorber cette main d’œuvre composée, pour l’essentiel, de diplômés mal aiguillés alors qu’il y a pénurie de compétences qualifiée. Des millions de jeunes qui constituent aujourd’hui une bombe à retardement que seul un programme de formation qualifiante, à l’échelle de tout le continent, permet de désamorcer.

Démographie Développement Formation

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