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Guinée: le «Simandougate», interminable feuilleton judiciaire

 

Le procès opposant le conglomérat BSG Ressources, du franco-israélien Beny Steinmetz, à l’Etat guinéen a livré son épilogue ce 31 mai 2017. Retour sur les coulisses de ce procès autour des gisements de fer de la tristement célèbre montagne guinéenne “Simandou”.

 

0uvert depuis septembre 2014 devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), le procès a confirmé certaines informations déjà connues dans ce dossier, et levé une part de voile sur d’autres.

Entré en scène de la 4ème épouse du chef de l’Etat

Mamadie TouréL’État guinéen et ses témoins qui se sont succédé à la barre durant les neuf jours de procès ont remis en cause la régularité de l’acquisition en 2008 par BSGR du permis d’exploitation des blocs 1 et 2 du Simandou. Le lien entre le scandale mondial dit Panama Papers est vite établi. La joint-venture Pentler Holdings limited créée en 2005 et qui détenait 17,65% du capital de la filiale guinéenne de BSGR serait une société écran créée pour le compte de BSGR par Onyx Financial Advisors Ltd., une filiale de BSGR basée à Genève.

Selon la partie guinéenne, BSGR et Pentler Holdings limited ont mandaté des intermédiaires, dont un français réputé fiable Frédéric Cilins, pour “obtenir les droits miniers de plusieurs zones de la chaîne montagneuse, y compris certaines appartenant à Rio Tinto, un géant qui campe sur la montagne depuis plus de dix ans. Le tout contre 15% du projet minier à venir et des honoraires de
19,5 millions de dollars US.

C’est à travers deux hommes d’affaires guinéens en l’occurrence Aboubacar Bah et Ibrahima Sory Touré, que les missionnaires de BSGR vont entrer en contact avec Mamadie Touré (la quatrième épouse du chef de l’État, feu Lansana Conté). Malade, affaibli et avec un régime sur le déclin, les “consultants” de BSGR vont “flouer” la première dame, âgée de 24 ans à l’époque, pour “influencer” le chef de l’Etat et obtenir la rétrocession du droit d’exploitation des blocs 1 et 2 du Simandou de Rio Tinto à BSGR.

Pots-de-vin en cascade et cession miracle

En échange, selon les avocats de la Guinée, quatre accords de rémunération sont signés entre les émissaires de Pentler et Mamadie Touré et les autres maillons de la chaine d’intermédiaires. “Le premier prévoit de verser 15,6 millions de dollars US à Aboubacar Bah et Ibrahima Sory Touré. Le deuxième octroie une participation de 5% dans le projet de BSGR sur Simandou à Mamadie Touré (une jeune femme sans aucune expertise du secteur minier). Les deux derniers octroient une participation dans le projet et un versement de 3,8 millions de dollars US à un autre intermédiaire. Le premier et le dernier accord portent sur une somme totale de 19,5 millions de dollars US, exactement l’honoraire promis par BSGR à ses «consultants » de Pentler, comme elle les appelle”. Ces accords sont scellés le 20 février 2006. Les avocats de la Guinée en exhibent les copies.

Les Panama Papers révéleront plus tard que c’est en novembre 2006, par l’intermédiaire d’une société genevoise de gestion de fortune, Agefor SA., domiciliée à Genève qui, via une autre, Matinda Partners and Co. Ltd, une société immatriculée aux îles vierges britanniques, au nom de Mamadie Touré, créée dans le but d’émettre des factures factices destinées à camoufler des versements illicites, que Mamadie Touré va percevoir : “5,3 millions de dollars en échange de ses efforts pour l’acquisition par BSGR des droits sur le Simandou”. La principale concernée a déjà reconnu devant la justice fédérale américaine avoir aidé BSGR dans l’obtention de ces permis d’exploitation, avant les révélations de l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists).

La machine étant déjà suffisamment bien huilée, BSGR obtient un droit de préemption sur les gisements de Simandou, en cas de désengagement du détenteur du droit d’exploitation. Le 28 juillet 2008, Lansana Conté signe un décret de retrait de la concession de Rio Tinto qui d’office donne accès à BSGR aux blocs 1 et 2 pour 161 millions de dollars US. En décembre 2008, et juste avant le décès du président, BSGR obtient les droits miniers de Rio Tinto.

Deux ans plus tard, en avril 2010, contre toute attente, BSGR cède 51% des parts de la concession de Simandou, pour 2,5 milliards de dollars (15 fois le prix payé pour acquérir les permis sur les blocs 1 et 2), au géant minier brésilien Vale. Cette “bonne affaire” permet à BSGR de percevoir un premier acompte de 500 millions de dollars. “Mamadie Touré, qui aurait estimé ne pas avoir reçu suffisamment en comparaison, recevra 5,5 millions de BSGR par la suite, non sans avoir été remerciée avec deux Toyota Land Cruiser entre-temps, en échange de son silence”, selon un autre document. Son silence sera de courte durée.

Selon les avocats de l’État Guinéen “les transferts d’argent, de BSGR à Pentler, puis de Pentler aux personnalités corrompues, ne laisseraient planer aucun doute, tant les montants sont similaires et corrélés dans le temps”.

La réplique de BSGR

Beny SteinmetzLe camp de Beny Steinmetz a réfuté, comme il fallait s’y attendre, ces allégations d’un revers de la main et estime que les négociations pour l’acquisition du permis d’exploitation des blocs 1 et 2 ont été menées dans les règles de l’art. La procédure était légale et ne souffrait d’aucune corruption. Aux accusations et révélations de la partie guinéenne, les avocats du groupe minier opposent le “manque de preuves”, regrettent les contradictions des témoins dont Ahmed Tidiane Souaré (ancien Premier ministre guinéen), et soulignent au passage que le témoignage de Mamadie Touré, absente de l’audience, est dénué de toute crédibilité. Pour eux, l’ancienne première dame a fait des aveux au FBI en échange de la promesse de la citoyenneté américaine.

La comparution de Steinmetz était la plus attendue. C’est depuis Israël par vidéo-conférence que le milliardaire entouré de ses avocats va intervenir. Pendant trois heures d’audiences, le franco-israélien va de bout en bout réfuter les allégations de corruption de la Guinée sur l’acquisition du permis des blocs 1 et 2 du Simandou, en expliquant par exemple qu’il n’est pas l’homme à tout faire de BSGR, que ses pouvoirs sont limités et qu’il n’occupe pas la première place au sein de la gestion du groupe.

Steinmetz : Mamadie Touré ? Connait pas. Sorros derrière la manette

Sur les accords passés entre Mamadie Touré et BSGR, Steinmetz nie leur existence : “c’est un faux, une sinistre plaisanterie” rétorque-t-il. Ces avocats estiment que BSGR n’a nullement eu besoin de recourir aux services de Mamadie Touré pour obtenir ce permis, mais s’est mis en relation avec le Centre de promotion et de développement minier (CPDM) qui, selon eux, a jugé Rio Tinto incapable d’exploiter le gisement depuis plus d’une décennie. Sur le cas de Frédéric Cilins, corrupteur en chef de BSGR, selon les avocats de la Guinée, Beny Steinmetz affirme que l’intermédiaire n’a pas reçu d’ordre émanant de lui.

Steinmetz pointe un complot ourdi de son grand rival juif et milliardaire, le philanthrope américain George Soros. Il accuse Soros d’avoir été à la manette pour saboter l’exploitation du permis minier obtenu par BSGR, par l’entremise d’un certain Sammy Mebiame.

Ce dernier avait été arrêté en août 2016 à New York pour des soupçons de corruption par la justice américaine qui le soupçonnait d’avoir versé des pots-de-vins pour l’obtention de concessions minières, à des officiels au Niger, au Tchad et en Guinée où il aurait aidé l’actuel président Alpha Condé pour son élection en 2010. L’accusé avait reconnu ses accusations. C’est donc à travers cette brèche que Steinmetz et ses avocats se sont engouffrés pour dénoncer une “conspiration” contre BSGR “menée” par George Soros.

Bref, pour la justice fédérale américaine, il ne fait l’objet d’aucun doute que Mamadie Touré, la femme au centre de toute cette affaire a reçu beaucoup d’argent à l‘origine “douteuse”. Des doutes confirmées et remontées par les révélations des Panama papers jusqu’à Steinmetz via Pentler Holdings limited affiliée à BSGR-Guinée. Pour sa part, le conglomérat dirigé par Steinmetz continue de nier tout recours à la corruption.

Le verdict du tribunal devrait tomber en cette fin d’année ou en début d’année prochaine.

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