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Inde-Afrique : Une nouvelle feuille de route

Le troisième sommet Inde-Afrique, qui s’est terminé le 29 octobre, a été un triomphe pour le Premier ministre indien NarendraModi.

sommet Inde-AfriqueNarendra Modi a changé le format de cette rencontre au sommet en invitant tous les pays africains sans exception, alors que jusqu’ici l’Inde respectait à la lettre le principe de la Formule de Banjul et n’invitait qu’un nombre limité de pays, suivant en cela les recommandations de l’Union africaine. Ce changement de format en dit long sur l’ampleur de l’ambition africaine de l’Inde. Il en a été d’ailleurs question à la conférence de presse de clôture où le haut fonctionnaire indien chargé des questions africaines a parlé de «changement qualitatif» dans l’engagement africain de l’Inde. Il a parlé aussi de «rencontre historique». Le sommet a par ailleurs adopté une Déclaration politique et un document cadre de coopération stratégique. Ces documents disent la philosophie de partenariat mutuellement bénéfique sur laquelle l’Inde souhaite fonder son engagement en Afrique.

Inde vs Chine

Or philosophie n’empêche pas realpolitik. L’Inde est en compétition avec la Chine et le Japon pour les ressources du continent africain tout comme pour la captation du marché intérieur de l’Afrique pour leurs produits. Or les échanges indiens avec l’Afrique s’élèvent aujourd’hui à 70 milliards de dollars contre seulement 3 milliards en 2000. C’est une croissance impressionnante, mais 70 milliards est peu par rapport aux 210 milliards que représente le chiffre d’affaires du commerce sino-africain. Les investissements indiens en Afrique s’élèvent à quelque 50 milliards de dollars, alors que les investissements chinois sont loin devant. Les deux pays sont des pays émergents. Pour le développement de leur industrie, ils ont tous les deux besoins de matières premières. Pour l’Inde, cet engagement est aussi politique. Ce grand pays de plus d’un milliard d’habitants, qui veut entrer au Conseil de sécurité de l’ONU, a besoin du soutien des africains pour y arriver. Dans les différents discours que Modi et ses ministres ont prononcés devant les délégations africaines, l’injustice de l’architecture stratégique mondiale est revenue de manière systématique. Pour autant, ce n’est pas sûr que lorsque la question va se poser, les pays africains veuillent se mobiliser pour l’Inde, comme on l’a vu en 2006 lorsque les Africains ont voté pour la candidature japonaise pour un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité.

Pluie de prêts et de dons

D’où le souci des Indiens d’inscrire leurs relations avec les Africains dans une vision à long terme. Modi était toutefois attendu aux tournants sur les questions de lignes de crédit, d’aide, d’alliances en matière de climat. L’Inde donne aux Africains des prêts aux taux concessionnels qui sont utilisés pour la mise en place des projets réalisés en coopération avec les sociétés indiennes. Le montant cumulé des prêts accordés par l’Inde depuis 2008 s’élève à 7,4 milliards de dollars. Le Premier ministre indien a annoncé l’octroi de nouveaux prêts de 10 milliards de dollars sur 5 ans, soit le doublement des crédits par rapport au dernier sommet en 2011. Parallèlement, le montant de dons est tombé de 1,2 milliards à 600 millions de dollars. La partie du discours du Premier ministre indien consacrée au doublement des bourses, qui passent de 25 000 à 50 000 pour les cinq ans à venir, a été particulièrement applaudie. C’est une des conséquences concrètes du sommet qui sera suivie avec intérêt par les étudiants africains.

Ceux-ci ont pris l’habitude de venir faire des études supérieures dans les universités indiennes. C’est moins cher qu’en Europe.

Le prochain sommet Inde-Afrique se tiendra en 2020, «pour nous donner le temps d’assimiler toutes les implications de cette nouvelle direction que le Premier ministre vient de donner à notre partenariat», a déclaré à la conférence de presse de clôture le haut fonctionnaire indien NavtejSarna, chargé des affaires africaines.

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