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« L’Afrique doit nourrir l’Afrique » : Yacine Fal, directrice générale adjointe de la BAD pour la région Afrique du Nord

Les assemblées annuelles 2017 de la Banque africaine de développement (BAD), tenues du 22 au 25 mai à Ahmedabad, en Inde, ont été consacrées essentiellement à l’agriculture africaine. Le thème fédérateur, «Transformer l’agriculture pour créer de la richesse en Afrique», de cette rencontre est révélateur à plus d’un titre. Car l’enjeu est de taille, comme l’a souligné le directeur général adjoint de la BAD pour la région Afrique du nord, Mme Yacine Fal, lors d’une conférence qu’elle a animée, le 17 mai à Rabat, à la veille de la rencontre de l’Inde. En effet, l’Afrique dépense annuellement près de 35 milliards de dollars US en importations de denrées alimentaires, un chiffre qui pourrait atteindre les 110 milliards de dollars US d’ici à 2025, selon la BAD, si rien n’est entrepris.

Force est de constater donc que l’agriculture africaine souffre de carences diverses telles que la faiblesse des investissements, une mécanisation encore loin des normes internationales, une sous utilisation des engrais, la maîtrise de l’eau. Un anachronisme qui frise avec les potentialités agricoles d’un continent qui recèle pourtant plus de 65 % des terres arables encore disponibles dans le monde et riche d’une population jeune (420 millions sont âgés de 15 à 35 ans) et de l’eau à profusion. L’Afrique a le potentiel de se muer en une puissance agricole mondiale et d’être le théâtre de la prochaine Révolution verte. En témoignent le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, l’Éthiopie, le Sénégal et le Burkina Faso qui offrent aujourd’hui d’excellents exemples d’une transformation agricole réussie.

 

AFRIMAG : Quand vous parlez d’industrialisation de l’agriculture africaine, s’agit-il des cultures d’exportation (pour les devises) ou celles de base qui doivent assurer la sécurité alimentaire sur le continent et, par ricochet, son autosuffisance alimentaire ?

Madame-Yacine-FalYacine Fal : Il faut rappeler, d’abord, que la population africaine est appelée à tripler d’ici 2050. Pour faire face à cette augmentation et relever ainsi le défi alimentaire, l’une des solutions pertinentes est l’industrialisation de l’agriculture africaine. Elle permettra aux agriculteurs africains d’être plus productivistes qu’ils ne le sont aujourd’hui et d’augmenter sans commune mesure le rendement à l’hectare. Cette industrialisation et donc de la mécanisation des moyens de production des paysans est pour eux une réelle opportunité de pouvoir transformer sur place les produits de base. Par exemple, à partir du Manioc, on peut obtenir un ensemble de produits dérivés sur la chaîne de valeurs une fois qu’il rentre dans le circuit de l’industrialisation. Cela est valable pour le blé, le sorgho, le maïs et même le riz selon les régions.

Comment l’exemple des 3N (le Niger doit Nourrir les Nigériens) peut-il être expérimenté dans d’autres pays africains ?

A la BAD, nous disons que l’Afrique doit nourrir l’Afrique. En effet, nous avons une stratégie « Nourrir l’Afrique » où nous souhaitons développer la production agricole qui permettra la transformation de ces produits sur place et de réduire l’importation en denrées alimentaires du continent. Il faut rappeler, à ce sujet, que certains pays ne produisent pas, par exemple le riz mais en consomme beaucoup. On peut donc instaurer un système d’échange des produits selon les demandes là où elles sont les plus avérées.

Le Maroc vient de reprendre sa place à l’Union africaine. Et a déposé sa demande d’adhésion à la CEDEAO, demande d’ailleurs bien soutenue. Quelle analyse faites-vous de ces deux événements ?

Ce sont des développements majeurs importants qui sont tout à fait en ligne droite avec les recommandations du groupe de la BAD. Car pour nous, l’intégration de l’Afrique est une priorité. Cela suppose l’augmentation des échanges pour que nous passions à une vitesse supérieure dans les commerces intra-africains, qui sont faibles aujourd’hui (autour de 2 points). Autrement, il faut accélérer la cadence de ces échanges. A la BAD, nous avons estimé que si le Maroc rejoint la CEDEAO, 16ème région économique du monde, elle améliorera non seulement son rang mais élargira ses possibilités de commerce et de compétences dans plusieurs domaines où le royaume a un leadership certain. C’est les cas de la banque, de l’assurance, des techniques agricoles, de la santé…

Que faut-il faire pour que l’Afrique augmente sa part de marché dans le commerce mondial ?

Elle doit commencer à échanger avec elle-même mais aussi en transformant ses productions pas seulement les produits de base mais aussi ses richesses naturelles sur place.

BAD-Maroc, 50 ans de coopération

Pour le directeur général adjoint de la BAD pour la région Afrique du nord, Mme Yacine Fal, le Maroc est un partenaire exemplaire avec à la clé 50 ans de coopération. L’institution continue d’accompagner le royaume dans ses différents projets. D’ailleurs, les 5 nouvelles priorités de la BAD sont en phase avec les stratégies sectorielles du Maroc : « Nourrir l’Afrique », c’est le Plan Maroc Vert; « Alimenter en énergie l’Afrique » : c’est aussi le projet d’électrification rurale global (PERG) ; « Améliorer les conditions de vies des Africains » est illustrée par l’Initiative nationale de développement humain (INDH) ; « Industrialiser l’Afrique », c’est la politique d’accélération industrielle ; et « Intégrer l’Afrique » est matérialisée par la forte impulsion qu’imprime le Maroc à la Coopération Sud-Sud. »

En outre, l’engagement de la BAD au Maroc se matérialise aussi à travers divers projets tels que la contribution de l’institution financière panafricaine à la mise en œuvre du Plan Maroc Vert à hauteur 340 millions d’EUR (3,7 Mds MAD) et qui a permis en 2016 à attirer plus 1,2 Mds MAD d’investissements privés dans les contrats programmes filières. Idem pour le secteur des transports où la banque a financé la modernisation de l’aéroport de Marrakech-Menara afin qu’il puisse désormais accueillir 3 millions de passagers supplémentaires pour un total annuel de 9 millions. La BAD contribue également au financement des infrastructures portuaires de dernière génération via la construction du port de Nador West qui créera 108.000 emplois dans la région. De même, l’institution travaille au renforcement de l’offre de transport ferroviaire avec, par exemple, le dédoublement de voie entre Marrakech et Casablanca qui fait gagner 30mn de trajet aux passagers… Le dernier projet avec le financement de la BAD est celui de la nouvelle station d’Oum Azza. Il s’agit du Projet de renforcement de l’alimentation en eau potable (AEP) de la zone côtière Rabat – Casablanca à partir du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah (SMBA) pour un coût global actualisé du projet est d’environ 1,9 milliard de dirhams.

BAD Développement

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