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Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique

Le cabinet de conseil Deloitte vient de publier la cinquième édition de son rapport sur le secteur de la construction en Afrique. Cette édition de l’étude voit pour la première fois le nombre et le coût des projets du secteur du bâtiment et des infrastructures afficher un repli commun.

Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique, décortique ce recul d’un secteur pour lequel rien ne semblait pouvoir l’arrêter.

“Le recul du nombre de grands projets en construction ne signifie pas une fin d’un cycle mais plutôt d’une conjonction de facteurs”

AFRIMAG : Le cabinet de conseil Deloitte vient de publier la cinquième édition de son rapport sur le secteur de la construction en Afrique « Africa Construction Trends 2017» sous le thème : Projets d’infrastructure africains, quelle dynamique pour la construction?». Concrètement, quels sont les principaux points auxquels votre étude s’est intéressée ?

Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique

Laurence Van Prooijen, Directeur Partenariat public-privé Afrique francophone chez Deloitte Afrique

Laurence Van Prooijen : Le rapport « Africa Construction Trends 2017 » s’intéresse aux facteurs qui expliquent la dynamique à court, moyen et long terme qui sous-tend le développement des projets d’infrastructures sur le continent africain, en distinguant les facteurs externes et internes qui déterminent l’environnement macro-économique, les conditions de financement et l’évolution sectorielle, dans les pays et les régions concernées.

L’étude analyse donc les tendances à travers les rôles respectifs du secteur public et du secteur privé au niveau de la valorisation du patrimoine économique, du financement et de la maitrise d’ouvrage des infrastructures. Elle montre qu’un changement de cap est nécessaire pour les pays dont les économies sont trop dépendantes du prix des matières premières.

Selon votre étude, en 2016, le nombre de projets valant plus de 50 millions de dollars US a décru de 5 %, passant de 301 à 286 projets en un an. Comment expliquez-vous ce recul ?

Le recul du nombre de grands projets en construction s’explique par le contexte macro-économique défavorable des principales locomotives du continent avec l’impact immédiat de la baisse du prix des matières premières sur les capacités budgétaires des Etats à financer les projets ; mais aussi par un contexte politique marqué par de nombreuses élections ainsi que la recrudescence du terrorisme.

Ce recul induit à son tour un ralentissement de la croissance. L’étude fait en effet le constat que parmi les quatre principales économies de l’Afrique sub-saharienne, le Nigeria est en forte récession, l’Angola et l’Afrique du Sud ont une croissance quasi nulle. Seul le Kenya se maintient à un niveau de croissance proche de 6%.

Cette 5ème édition voit pour la première fois le nombre et le coût des projets du secteur du bâtiment et des infrastructures afficher un repli commun. Peut-on dire que c’est la fin d’un cycle?

Nous ne pensons pas qu’il s’agit de la fin d’un cycle mais d’une conjonction de facteurs climatiques, économiques et politiques qui ont affectés les capacités budgétaires des pays, et cela dans chacune des régions concernées par notre étude.

En particulier, la chute des cours des produits de base a durement ébranlé les plus grands pays d’Afrique subsaharienne. Les pays exportateurs de pétrole, dont l’Angola et le Nigeria, ont été et restent confrontés à un environnement économique difficile, mais c’est aussi le cas des pays exportateurs de minerais tels que l’Afrique du Sud, le Ghana et la Zambie.

Par ailleurs, plusieurs pays d’Afrique australe et orientale ont souffert d’une grave sécheresse.

Il nous semble donc que la dynamique de croissance ne s’est pas arrêtée et que les perspectives à moyen terme demeurent favorables, à condition que les pays touchés aient une action visant à retrouver des marges de manœuvre budgétaires et des conditions de financement acceptables.

Selon l’étude, en dépit de cette baisse, il y a eu quelques surprises régionales et sectorielles. L’Afrique de l’ouest est la région qui affiche le nombre le plus important de projets. Idem pour l’Afrique du nord où le nombre de projets a bondi de 44,8%. Comment l’expliquez-vous ?

L’Afrique de l’ouest connait effectivement une croissance vigoureuse. C’est le cas en particulier de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ainsi, la plupart des pays importateurs de pétrole s’en sortent généralement mieux et affichent des taux de croissance supérieurs à 5 %. Dans presque tous ces pays, la croissance économique s’appuie sur les investissements d’infrastructure en cours et le dynamisme de la consommation privée. Avec 92 projets représentant 32 % en nombre et 37% en valeur, l’Afrique de l’ouest continue son rattrapage mais cette performance doit être tempérée par l’arrêt du projet de Simandou en Guinée.

En ce qui concerne l’Afrique du nord, 14 % des projets en nombre et 23,5 % en valeur, la situation par pays reste relativement contrastée. Le Maroc continue de connaître une croissance plus forte et plus diversifiée que le reste de la région. Consommation et investissements privés la soutiennent. De même, des investissements publics majeurs ont lieu notamment dans le secteur des transports (Port de Nador West Med, Port de Kenitra, ligne TGV).

En ce qui concerne l’Afrique centrale, un certain nombre de facteurs que sont la dépréciation des cours du pétrole, l’instabilité politique et des conditions sécuritaires dégradées, ont abouti à l’arrêt d’un certain nombre de projets, notamment au Cameroun et en République démocratique du Congo, dans le secteur minier. Le Cameroun reste néanmoins la locomotive de la région avec la moitié des projets en valeur suivi par la RDC, la région ne représentant elle-même que 7 Mds USD soit 2,2% du total du continent, contre 36 Mds USD l’année précédente.

En ce qui concerne l’Afrique de l’est et l’Afrique du Sud, l’activité est en baisse mais continue à représenter une part dominante sur le continent soit 45% des projets en nombre pour une valeur de 120millions de dollars US, soit 37,5% de la valeur totale.

Le Kenya, suivi de peu par l’Ethiopie et l’Ouganda portent à eux seuls plus de 25 projets d’infrastructures.

Quels secteurs tirent leur épingle du jeu ?

Les secteurs les plus porteurs restent comme les années précédentes, en nombre de projets, le secteur des transports (33,6%) auquel se rajoute le secteur portuaire (8,4%), le secteur immobilier (22,4%) et le secteur de l’énergie (21%). La chute des secteurs miniers (2,8%) et oil&gas (4,5%) reste conjoncturelle, ce qui n’est pas le cas de la faiblesse relative des secteurs sociaux : eau, santé, éducation et développement social qui demeurent une caractéristique des économies du continent.

Qui ont été les plus importants investisseurs des projets de BTP et d’infrastructure en Afrique en 2016 ?

Le poids du secteur public dans le financement des projets d’infrastructure reste plus que jamais prédominant.

Au total, la contribution du secteur public au financement des infrastructures est de 58 milliards de dollars US à fin 2016, et a donc fortement accompagné leur développement. Par ailleurs, la Chine via Exim Bank of China et la China Developpement Bank, voit sa part augmenter, notamment en terme et représente désormais 13,4% des investissements dans le secteur. Les institutions financières de développement régionales ont quant à elles vu leur contribution diminuer et passer à 13,1% soit une quote-part quasi équivalente à celle de la Chine. Par rapport à ce schéma, l’Afrique de l’ouest bénéficie de sources de financement extrêmement diversifiées, ce qui montre l’attractivité de la région vis-à-vis des acteurs internationaux privés, alors que l’Afrique centrale recourt à 87 % de son financement sous forme publique (gouvernements et IFIs). Néanmoins, la répartition des acteurs publics et privés dans le financement du secteur des infrastructures est en forte évolution avec un développement particulier du recours aux partenariats public-privé (PPP). En effet, le nombre de projets en PPP est en augmentation constante. Beaucoup reste à faire, mais la dynamique est clairement enclenchée et devrait permettre le développement du financement des infrastructures par les acteurs privés.

Quid des privés africains ?

Impliquer davantage des acteurs locaux dans les grands projets d’infrastructures est un enjeu de taille pour l’Afrique. Le secteur privé national est notablement absent des grands projets de construction. Or le secteur de la construction fournit un soutien déterminant au développement socioéconomique. Les gouvernements africains devront nécessairement engager une réflexion visant à aider les entreprises locales à rivaliser efficacement avec d’autres pour constituer des partenariats publics-privés gagnants dans le domaine des infrastructures.

Deloitte Laurence Van Prooijen

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