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Les leçons de Condé pour une Afrique «émergente»

On chante sur tous les toits que l’Afrique est sur la voie de l’émergence. Dans tous les pays, on annonce un programme qui finit même par être un slogan, comme si la bonne gouvernance en avait besoin pour s’affirmer.

Et si tout cela n’était que de la poudre aux yeux qui empêche les Africains de s’attaquer aux vrais problèmes, ces maux bloquant les échanges intra-africains, freinant la possibilité de développer la moindre industrie et poussant continuellement le continent à répéter encore et encore les mêmes erreurs.

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Alpha Condé
Président de la République de Guinée

Cet édito, le Président Alpha Condé aurait pu l’écrire, tant il s’est illustré le 28 mars dernier à la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique (CIEA) en appuyant là où cela fait mal réellement. Le Président guinéen, il faut le lui reconnaître, a eu le courage de dire tout haut ce que beaucoup de dirigeants pensent tout bas.

L’Afrique en général, francophone en particulier, ne pourra pas se développer si elle continue à demander presque l’autorisation des anciennes métropoles coloniales. “Il faut couper le cordon ombilical”, pour reprendre les termes du Président Condé. Un exemple parmi mille, on a pu voir récemment au Sénégal, le Président Macky Sall servir diverses entreprises françaises sur un plateau d’argent : le projet de construction du Train express régional pour un coût global de 560 milliards de FCFA, soit 933,33 millions d’euros, une ligne qui ne fait que 47 kms. Au Nigeria, un bon pays anglophone où l’on a pris plus d’indépendance, le train à grande vitesse Lagos-Ibadan attribué aux entreprises chinoises ne coutera que 1,5 milliard de dollars US. Sauf que la distance entre Lagos et Ibadan, 130 kms, est trois fois plus longue que celle qui sépare Dakar de l’Aéroport international Blaise Diagne.

L’autre vérité, et non des moindres, concerne l’impérieuse nécessité de transformer localement les ressources naturelles au lieu de les exporter sans valeur ajoutée. Notre opinion à AFRIMAG est qu’il faut même aller au-delà du simple rappel. Il faut légiférer sur cette question cruciale. Chaque année, les noix d’anacarde, encore appelées noix de cajou, sont exportées par centaines de milliers de tonnes vers l’Inde avant de nous revenir, distribuées dans les rayons des supermarchés, transformées et bien emballées. Cela dure encore et encore depuis des décennies. Il en est de même du pétrole, alors que l’Afrique est déficitaire en énergie électrique, en matière plastique, voire en simple carburant raffiné. Par conséquent, il faut militer pour l’interdiction des exportations des matières premières brutes. A défaut accomplir au moins une première transformation locale. Pour ce faire, il faudra passer par une mise en place progressive des mesures d’interdiction, sur cinq voire dix ans, mais c’est devenu un impératif. “On doit se réveiller et savoir que l’Afrique est appelée à être le plus grand marché mondial”, dira le chef de l’Etat guinéen. Tous les Africains le pensent, sauf que si l’on ne prend pas garde, le continent ne profitera pratiquement jamais de sa demande intérieure. Il continuera à importer voitures et avions, téléviseurs et machines à laver, habits et jouets, mais aussi armes et navires, alors que ses besoins vont grandissants dans tous ces domaines. C’est pourquoi il est vital que les pays commencent leur spécialisation industrielle pour que chacun puisse tirer le meilleur parti des avantages comparatifs pour un commerce intra-africain. C’est l’unique option, car les marchés internes de certains pays sont bien trop étroits. Une industrie automobile installée en Gambie ne peut pas être destinée aux seuls Gambiens. Une aciérie pour qu’elle soit compétitive ne doit pas être limitée à la Guinée ; des chantiers navals à Lagos doivent s’orienter vers toute l’Afrique, etc. Mais pour y arriver, il faudra que l’on apprenne enfin à taire les divergences politiques et qu’on mette l’intérêt du continent au-dessus de tout. Ce n’est pas en fermant les frontières au premier coup de froid diplomatique que l’on réussira à bâtir des industries transnationales.

Alpha Condé Développement Investissements

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