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Mauritanie : la Constitution divise

A Néma, ville de l’est mauritanien située à quelque 1200 kilomètres de la capitale Nouakchott, le président Mohamed OuldAbdel Aziz a annoncé, le 03 mai dernier, une révision de la constitution adoptée en 1991 et déjà amendée à deux reprises (2006 et 2011).

Ould Abdel AzizCertes, le président mauritanien a laissé planer le doute sur l’éventualité d’un troisième mandat, craint par l’opposition, mais la disparition annoncée du sénat fera bouger plusieurs pierres de l’architecture constitutionnelle et pourrait faire voler, aussi, le fameux article 99 considéré comme le verrou qui protège l’alternance au pouvoir en fixant la magistrature suprême à deux mandats. Considérée comme un simple prétexte par l’opposition, la suppression de la chambre haute du parlement mauritanien, qui sera soumise à référendum, a aussi provoqué le courroux des sénateurs pourtant majoritairement acquis au pouvoir. Ils reprochent au président Aziz de ne pas les avoir informés, avant le discours de Néma, d’une décision qui les concerne au premier chef, et aux membres du gouvernement engagés dans une campagne d’explication, de considérer désormais leur auguste institution comme «inutile et incertaine». Et pour montrer leur mécontentement, les sénateurs ont refusé, chose jamais vue dans la courte vie de la démocratie mauritanienne, d’examiner des projets de loi soumis par le gouvernement et même de demander le départ de quatorze ministres « coupables » d’excès de zèle en justifiant, à leur tour, la liquidation politique d’un sénat et l’instauration de conseils régionaux.

L’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir sur lequel compte le président Aziz pour faire passer ses réformes, est donc engagée aujourd’hui sur deux fronts : contenir une opposition qui mène campagne contre le pouvoir et ses politiques économiques et sociales jugées désastreuses, mais surtout préparer un dialogue nécessaire pour donner un semblant de légitimité à l’amendement de la constitution à venir.

Pour cela, les partis d’opposition non membres du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) ont aujourd’hui la cote. Leurs présidents sont reçus, séparément, au Palais Ocre où OuldAbdel Aziz essaiera sans doute de les embarquer (et non de les engager) dans un énième dialogue.

A la sortie de son entrevue avec le président mauritanien, l’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel président du Conseil économique et social, Messaoud Ould Boulkheir aurait affirmé aux leaders du FNDU, non convaincu de sa nouvelle démarche pour les pousser au dialogue, que sa formation ira à ces rencontres, «avec ou sans eux». Ce qui laisse entendre que l’Alliance populaire progressiste (APP) de Messaoud OuldBoulkheir, et ses alliés de la CUPAD (Coalition pour l’unité et une alternance démocratique), Al Wiam de Boidiel OuldHoumeid, et Sawab d’Abdessalam Ould Horma, seront la «caution» politique d’un dialogue qui verra la participation de tous les partis de la majorité. Mais aussi de la «nouvelle» opposition. C’est-à-dire ces partis politiques nés de la cote du FNDU et contestant sa ligne dure. Comme l’Alliance démocratique fondée il y a quelques mois seulement par YacoubOuld Moine, ancien député du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d’Ahmed Ould Daddah. Ou encore le groupe de «dissidents» de ce même parti conduit par l’ancien ambassadeur Bilal Ould Werzeg. On peut aussi citer l’aile du parti Al Mostaqbal conduite par Mohamed Ould Borboss, ancien haut cadre de l’APP de Messaoud Ould Boulkheir.

Dans sa volonté de ratisser large, et de donner «plus de coloration» aux participants du futur dialogue, le pouvoir ne manquera pas aussi d’inviter les dissidents de l’Initiative pour la résurgence d’un mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA). Ce sera une manière de désavouer cette organisation non reconnue par l’Etat, dont les deux leaders, Biram Ould Dah Ould Abeid, et Brahim Ould Bilal Ramdane, sont sortis de prison, le 17 mai dernier, après y avoir passé 19 mois.

Les présidents de deux partis d’opposition négro-mauritaniens, l’AJD/MR et Arc-en-ciel, ont également été reçus au Palais Ocre dans la perspective de la préparation du futur dialogue. Ils pourraient contribuer à la «validation» de l’agenda politique de cette fin de second mandat du président Aziz. En tout cas, le pouvoir ne ménagera aucun effort pour que Sarr Ibrahima et Bâ Alassane dit Balas ne passent pour les «dignes» représentant de la Vallée à ce dialogue qui consacrera une de leurs vieilles revendications : l’instauration de conseils régionaux, à défaut d’un système fédéral qui, lui, est réprouvé par la Constitution mauritanienne au même titre que le changement de la nature du régime ou la volonté de transgresser la loi sur l’alternance au pouvoir.

Toujours est-il que quand le président Aziz déclare : «je ne serai pas un obstacle à la bonne marche de la démocratie», son propos reste dans le domaine du non-dit. Autrement : «je ne suis pas candidat à un troisième mandat», ou bien, «si le peuple décide de changer la constitution et de faire sauter le verrou m’empêchant de rester au pouvoir, ce sera alors sa volonté et non la mienne». La réponse ne sera connue qu’en 2019, fin du second quinquennat d’Aziz. Cela au moins, le président l’a ouvertement déclaré.

Mohamed Ould Abdel Aziz Politique

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