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Mauritanie : La crise politique prend un nouveau tournant

En Mauritanie, la crise politique prend une nouvelle forme. Il ne s’agit plus seulement d’une confrontation, depuis le coup d’Etat d’août 2008, entre le camp du président Aziz et celui de l’opposition, malgré la «régularisation» du putsch par une double élection (2009 et 2014), mais d’une crise au sein même de la majorité. Entre Ould Abdel Abdel Aziz et le Sénat, rien ne va plus.

Ould GhaddaL’emprisonnement du sénateur Ould Ghada, l’un des meneurs de la «fronde» contre le président Aziz, pour «meurtre involontaire sur la route de Rosso » a été vécu comme un second épisode du bras de fer entre la Présidence et le Sénat. La levée de l’immunité parlementaire du sénateur n’a duré que le temps nécessaire pour ses pairs d’activer l’article 50 de la Constitution leur donnant la possibilité d’exiger sa libération. Un deuxième revers donc pour un gouvernement qui maintient sa volonté d’organiser le référendum constitutionnel le 15 juillet prochain, malgré le renforcement du camp de l’opposition traditionnelle par le refus de 33 sénateurs sur 56 de suivre cette voie.

Avec cette crise dite du Sénat, la notion de parlement godillot ne s’applique plus à la Mauritanie. Pour la première fois, une partie de la majorité ose le « non » à un pouvoir qui détient pourtant tous les leviers de commande : le soutien de l’armée, de l’Assemblée (121 députés sur 147) et des hommes d’affaires. Seul le soutien populaire a pris des coups avec ces amendements qui divisent, notamment en ce qui concerne le changement du drapeau et de l’hymne nationaux. La suppression du sénat, et son remplacement par des conseils régionaux, ne rencontre de la « résistance » qu’au niveau des élus de la chambre haute du Parlement qui refusent de se faire hara-kiri.

Le référendum, prélude à 2019

Le succès du référendum déterminera l’après 2019. Si les amendements sont adoptés avec une majorité confortable, le président Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait bien envisager, comme le suggèrent certains de ses soutiens inconditionnels, l’option du troisième mandat. Certes, le rais campe sur sa position (pas de troisième mandat), mais le président de l’Union pour la République (UPR), Me Sidi OuldMaham, a tenu, le 21 mai 2017, un propos devant des soutiens du ministère de l’Education nationale, qui laisse croire que tout est envisageable. Sous une forme ou une autre. « Nous resterons pour un troisième, un quatrième et même un cinquième mandat », avait-il lancé aux membres d’une énième « initiative » de soutien aux amendements constitutionnels ». On ne sait si le président du parti au pouvoir, l’un des meneurs de la « fronde » parlementaire de 2008 contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, évoque ses « certitudes » sur la base du maintien, après 2019, d’Ould Abdel Aziz, avec de possibles amendements faisant sauter le verrou de l’interdiction, ou pour dire que la majorité actuelle dispose des « armes » nécessaires pour rester longtemps au pouvoir. Une perspective qui n’enchante nullement l’opposition qui a appelé ses militants à s’inscrire « massivement » sur les listes électorales « pour faire barrage aux amendements », même si l’on sait qu’elle se projette déjà dans l’après 2019.

En effet, une loi votée suite au dialogue nationale de 2011 frappe de dissolution toute formation politique qui aura boycotté deux élections successives. Ne s’étant pas présentés aux élections générales de 2013-2014, les 11 partis qui forment le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) ne veulent pas courir le risque de disparaitre, tout simplement, de la scène politique nationale.

La disparition de l’ancien président le colonel Ely Ould Mohamed Vall, le 05 mai dernier, n’arrange pas les affaires d’une opposition qui voyait en lui la « caution » militaire de son combat contre le « pouvoir des généraux ».

Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, ancien président de transition de la Mauritanie (2005-2007), était même perçu, par certains, comme possible candidat unique de l’opposition contre celui qu’Ould Abdel Aziz pouvait se choisir comme dauphin.

La survie de l’opposition tient donc à sa capacité à faire échouer les amendements constitutionnels. L’état de fébrilité que l’on constate dans la mise en œuvre de l’organisation de ce scrutin-test dénote que le pouvoir est conscient de la difficulté née d’un agenda qui tient plus de l’improvisation qu’à une décision concertée entre le pouvoir et sa majorité. A l’allure où vont les choses, cela tient plus du « ça passe ou ça casse ».

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