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Mauritanie : L’opposition embarquée, non engagée

La crise, la crise, la crise. Je sais que je me répète ou, pire, je parle d’une vérité que tout le monde connait. La Mauritanie se fourvoie. Le pouvoir le sait. Sa «majorité» (mot impropre puisqu’elle était celle du pouvoir précédent et sera celle de celui qui succédera à l’actuel) dit le contraire.

crise politique mauritanieElle est dans son rôle de «soutien indéfectible» du pouvoir. Elle applaudit ses «bonnes» actions mais ne voit pas ses erreurs. Le rejet par le Conseil constitutionnel de la loi organique préconisant le renouvellement du sénat en est la preuve : le « parle-et-ment » constitué majoritairement d’élus du camp présidentiel n’a pas posé de questions et s’était empressé de faire passer cette loi comme une lettre à la poste. Il est aujourd’hui en plein dans le ridicule qui ne tue plus.

Face à tous ces errements politiques, à la crise économique et sociale qui inquiètent de plus en plus des citoyens qui ne savent plus à quels saints se vouer, l’opposition nage, elle aussi, en plein désarroi. Elle attend un dialogue qui ne vient pas. Elle se concerte, s’associe et se dissocie. Elle n’est pas maitresse de son destin. Elle est embarquée, et non engagée, comme dirait Sartre. Le retour à la rue n’est qu’une manière de remettre à plus tard une mort politique certaine d’hommes et de femmes qui appartiennent à un autre âge. Car l’erreur de cette opposition est de croire que les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est peut-être vrai dans les sciences exactes mais nullement en politique qui est – seulement – l’art du possible. Des possibles. Il était possible, en juillet 2008, de ne pas accepter l’Accord de Dakar. L’opposition de l’époque devrait savoir que le général Aziz, qui a «risqué sa vie» à deux reprises, n’est pas homme à s’engager dans une bataille électorale susceptible d’être perdue. Si la Coordination de l’opposition démocratique (COD) avait appréhendé ce fait, elle n’aurait pas accepté d’être embarquée dans la présidentielle de juillet 2009 qu’elle a perdue de la manière que l’on sait.

Il était possible, pour cette même COD de s’engager dans le dialogue de 2011 puisqu’elle n’avait plus rien à perdre. Aziz avait réussi à légaliser un pouvoir qu’il avait déjà légitimé par ses soutiens traditionnels (parlement, partis politiques, chefs de tribus, hommes d’affaires et chefs religieux). L’opposition se devait seulement de limiter les dégâts en sortant du dialogue avec des résultats garantissant l’alternance démocratique à l’issue des deux mandats prévus par la Constitution. Il ne fallait pas laisser passer cette chance, saisie seulement par la CAP (Coalition pour une alternance pacifique) pour réclamer aujourd’hui un dialogue à plusieurs inconnues. Quatre années perdues donc pour une COD devenue entre-temps FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité). Un temps fou qui a permis au président Aziz de «cuirasser» encore plus son régime et de penser, sérieusement, à un troisième mandat.

Au niveau intérieur, les seules forces qui comptent (l’armée et la rue) restent impassibles aux tiraillements politiques entre une majorité calfeutrée dans sa tour d’ivoire et une opposition impuissante.

Certes, la crise économique et le malaise social sont perceptibles mais comme le disent souvent les thuriféraires du régime, «la Mauritanie n’est ni la Tunisie ni le Burkina». Une manière de dire, sous le ton du sarcasme, que le pays n’est pas encore prêt pour un «printemps arabe» ou un «harmattan africain».

L’armée aussi semble soudée derrière son chef suprême qui lui renvoie bien l’ascenseur. De nouveaux généraux viennent remplacer ceux qui ont été envoyés à la retraite, mais dont certains pourraient être «retraités» au niveau de certaines fédérations patronales. Deux signes qui ne trompent pas et qu’il faut interpréter comme la volonté d’Aziz (non encore affichée) de prolonger son séjour au Palais Ocre.

Une éventualité qui ne ferait pas remuer une communauté internationale qui assiste, impuissante elle aussi, à des scénarios identiques de «troisième mandat», ou plus, au Congo, au Burundi, au Rwanda, en Guinée Equatoriale, en RD Congo et au Tchad. Dans un tel contexte, Aziz, ne sera pas «le petit mur». Il peut se dire, «ils l’ont fait sans conséquences, alors pourquoi pas moi» ? Et, pour une fois, il aura raison.

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