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Mauritanie L’or qui appauvrit

La fièvre de l’or est en train de retomber. Lentement mais sûrement. Laissant dans son sillage des histoires qui font pleurer ou rire. Si la ruée de l’or a fait des heureux (je n’ose parler de riches), elle a aussi provoqué la ruine ou l’appauvrissement du plus grand nombre.

Mines africainesC’étaient des histoires que j’entendais tous les jours sans les croire. Jusqu’au jour où j’apprends celle-ci de la bouche d’un homme venu de la «Mauritanie profonde», d’une région de l’est, pour se lancer dans l’aventure de l’or. Il s’occupait paisiblement de son troupeau de vaches, attendant l’hivernage qui approche pour pousser un ouf de soulagement. Il calculait déjà les acquis de l’année écoulée se disant qu’il dégagera un bénéfice consistant puisqu’il n’a pas eu à dépenser beaucoup durant la période de soudure. Mais quand il entendit parler de l’or, il perdit la tête. L’or qu’on ramasserait à la pelle, avec des moyens rudimentaires. Et un petit investissement. Il suffit de vendre quelques taureaux et vaches pour avoir l’argent nécessaire. L’homme en question, qui racontait son histoire dans un taxi, a mobilisé rapidement 2.600.000 UM (7000 euros) pour acheter le détecteur, louer un véhicule tout-terrain, engager des «bras» solides et se ravitailler pour une aventure d’une semaine qu’il imaginait déjà «en or». Une semaine au bout de laquelle il est rentré à Nouakchott bredouille. L’or n’est qu’un mythe. En tout cas pour de nombreux Mauritaniens, jeunes et vieux, qui ont cédé à la tentation. Certains commencent à penser que c’est une histoire créée de toutes pièces par les RG (renseignements généraux). Dans le but d’occuper le peuple. Ce dernier avait l’esprit tourmenté par la montée vertigineuse des prix. Et le regard tourné vers Néma où le président Aziz devait annoncer un amendement de la constitution. On attendait le gaz de Banda et de Tortue 1. On retrouvait le sourire à l’annonce du retour des capitaux arabes, suite à l’engagement de la Mauritanie aux côtés de l’Arabie saoudite. Contre l’Iran. Et, subitement, on nous sort cette histoire «en or».

«En or» pour ces importateurs de détecteurs qui ont fait passer les prix de leurs appareils de 500.000 UM à près de deux millions ! Pour le Trésor public qui a renfloué ses caisses en exigeant le dédouanement de ces appareils importés de partout et de nulle part, à 300000 UM et le paiement de 100.000 UM pour la délivrance du permis. Pour les agences de location de voitures. Pour tous les commerces de ravitaillement. Pour faire face à toutes ces dépenses, certains ont vendu leurs voitures. D’autres « casse-cous» sont allés plus loin en vendant leurs maisons, se disant que si le sort leur sourit, ils pourront se rattraper et largement. Une hypothèse. Le désespoir a failli pousser des chercheurs d’or à pénétrer dans les concessions appartenant à des compagnies étrangères comme Tasiast. Ils imaginent mal que cette société propriété du géant minier Kinross (Canada) puisse amasser des milliards en Mauritanie alors qu’eux ne tirent aucun profit des richesses de leur sous-sol. Ils oublient que les moyens et les méthodes sont différents. L’or qui enrichit les actionnaires de Kinross, certains hauts responsables mauritaniens et les commerçants ayant profité de l’importation de détecteurs, est en train de ruiner des dizaines de milliers de Mauritaniens ayant succombé à la tentation… du diable

Mines d'or

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