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Paul Obambi, PDG de Sapro Group : « L’Afrique doit inventer son propre modèle »

Pour le patron de Sapro Group et président de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers du Congo, le continent est en train de trouver sa voie. Partout, les entreprises se distinguent dans l’innovation, les économies sont en pleine mutation et l’Afrique a compris qu’elle doit avant tout compter sur son potentiel. L’heure est aux échanges intra-africains pour que le continent puisse se poser en véritable compétiteur des autres aires économiques. Celui dont le groupe a acquis ses lettres de noblesse dans le bâtiment et les travaux publics, l’immobilier, les télécoms, la logistique, le pétrole et l’industrie de l’eau, des lubrifiants ou du PVC estime que le vent du changement a déjà soufflé. Plus rien ne l’arrêtera. Entretien.

« L’Afrique doit inventer son propre modèle »

 

AFRIMAG : vous venez d’assister à la 5ème édition du Forum international Afrique développement (FIAD). Quel bilan en tirez-vous ?

Paul Obambi

Paul Obambi, PDG de Sapro Group et président de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers du Congo

Paul Obambi : Un tel forum est intéressant par la qualité des personnes que nous rencontrons et des thèmes que nous y traitons. Cette année nous avons abordé la question de la croissance inclusive de nos pays respectifs. Pour y arriver et prétendre jouer la compétition aux marchés européen, américain et asiatique, les pays africains doivent oser et être agressifs. Ils ne doivent plus se cacher derrière leurs drapeaux et leurs souverainetés pour ouvrir leurs économies. Il faut dire que les époques marquées par l’autarcie sont révolues. La marche vers l’ouverture sur le reste du continent est déjà enclenchée et elle est irréversible.

Quand vous parlez d’ouverture sur les autres pays africains, à quoi faites-vous référence ? Et surtout, pourquoi cela vous semble-il aussi important ?

Force est de constater que le monde a changé et continue d’évoluer à une vitesse relativement rapide. Cela est perceptible dans le travail de tout en chacun, dans le vécu quotidien aussi bien des entreprises que du secteur public. Nous nous habillions bien en raphia, il y a quelques siècles, mais c’est passé de mode et c’est peu dire. Je pourrais citer votre profession en exemple. Aujourd’hui, pour réaliser votre interview, un matériel sommaire suffit comme votre téléphone portable, et vous avez un meilleur rendu qu’il y a une dizaine d’années.

C’est vous dire que nous sommes obligés maintenant de nous adapter pour être à l’heure du temps au niveau de tout le continent. Et je peux vous dire que l’expérience que nous vivons en Afrique est unique.

Pourquoi l’Afrique vient-elle de se rendre compte subitement qu’il faut aller vers ce changement, en d’autres termes qu’est-ce qui rend nécessaire une nouvelle vision?

Le contexte est différent, les fondamentaux sont tout autres. En conséquence, il nous appartient d’inventer un modèle africain qui est propre à la croissance forte et au nouveau paradigme que nous connaissons. Heureusement, nous sommes en train de concevoir ce modèle et rien ne doit nous en détourner. Certes, d’aucuns diront par rapport à ce modèle africain que c’est comme le bon Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir. L’Afrique est également en train de trouver sa voie, même s’il appartient à nos universitaires, à nos économistes, à nos entrepreneurs et autres spécialistes des théories du développement d’en arriver à un modèle qui nous est propre.

A l’image de ce qu’un David Ricardo a fait au moment de la révolution industrielle, ce qu’un Thomas R. Malthus avait théorisé à propos de l’économie politique et de la démographie ou encore ce que Hecksher, Ohlin et Samuelson (Théorème HOS, ndlr) ont simultanément modélisé, il faudra que, quelque part, à Dakar ou Brazzaville, à Accra ou Kigali, à Casablanca ou au Cap qu’un éminent africain le fasse.

Est-il seulement question d’un modèle, quel est le rôle des entreprises dans tout cela ?

Les entreprises du continent sont déjà en train de donner la voie, montrant qu’elles ont pris la voie du changement, de la croissance pérenne et de la rentabilité. A titre d’exemple, nous avons vu hier une entreprise marocaine de technologie, HPS pour ne pas la nommer, qui concurrence les majors dans le domaine de la monétique et se classant parmi les cinq meilleures dans son domaine. Idem pour le mobile banking, une invention kenyane.

Il y a 15 ans, qui pouvait imaginer que le Sénégal, grand importateur de riz devant l’Eternel, allait devenir un important producteur de cette céréale. Et pourtant, le Sénégal sera bientôt autosuffisant en cette denrée essentielle pour sa consommation et d’aucuns prédisent même qu’il en sera bientôt exportateur.

La Côte d’Ivoire, leader dans le cacao, a toujours exporté sa production sans jamais songer à la transformation locale. Le pays devrait bientôt exporter le chocolat en quantité.

Au Kenya et en Ouganda, notamment, des firmes occidentales envoient leurs cadres pour se former dans les domaines du mobile banking et du mobile payment. Nous progressons dans bien des domaines et sommes très avancés dans d’autres, mais nous ne le réalisons pas encore. C’est pourquoi nos chercheurs dans tous les domaines doivent s’y intéresser.

Est-ce à dire, aujourd’hui que l’Afrique est en train de voler de ses propres ailes ?

Evidemment, nous devons compter de plus en plus sur nous-mêmes, tout en nous ouvrant sur les autres. C’est ce qui nous permettra d’exploiter au mieux notre potentiel. L’Afrique connaît une croissance démographique unique au monde. Sa population double chaque génération. Dans moins de trente ans, le continent dépassera les 2 milliards d’habitants, représentant autant de consommateurs, l’une des premières forces de travail du monde, sans présenter l’inconvénient d’être une population vieillissante. C’est une formidable opportunité mais également un grand défi pour l’Afrique.

C’est vrai que les entreprises ont un rôle à jouer, mais qu’en est-il de l’environnement au sens large ?

Notre évolution touche également nos institutions. Qui pouvait penser que ce qui s’est passé en Gambie aurait pu se produire ? L’Afrique a su montrer qu’elle pouvait résoudre une crise aussi sévère sans effusion de sang. Aujourd’hui, lorsque je ne suis pas content d’une décision d’un tribunal de Brazzaville, je peux recourir à la cour de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). C’est une avancée considérable et décisive, toujours sur le plan institutionnel. Il y a juste quelques années, pouvions-nous prévoir qu’une banque marocaine comme Attijariwafa Bank allait être leader dans mon pays, le Congo-Brazzaville. Si elle est arrivée en tête c’est parce qu’elle s’est adaptée, elle a appris à apprécier la solvabilité d’une clientèle purement africaine. Elle sait mieux que ses concurrentes occidentales ce dont une petite commerçante d’Abidjan a besoin et elle est capable d’accompagner les plus grands projets du continent.

En parcourant le Congo, de Brazzaville à Oyo au nord, on se rend compte qu’il y a beaucoup à faire notamment dans le domaine agricole. Quels conseils donner aux jeunes pour les exhorter à se mettre à leur propre compte ?

Au Congo, il est vrai que tout le monde veut travailler pour le compte de l’État. Mais le secteur public n’est plus en mesure d’offrir un emploi à tous les jeunes diplômés.

Cependant, je vous retourne la question, parce que je me demande si ce n’est pas à vous de répondre à cette question. Concrètement, la presse à un véritable rôle à jouer en vulgarisant l’action des entreprises. Nous chefs d’entreprise devons être cependant attractifs tout en nous montrant en exemples pour les jeunes.

Regardez l’énergie que certaines personnes dépensent pour être députés, le temps et l’argent que d’autres consacrent à la politique. C’est ce même engouement que nous devons avoir pour l’entreprise. Je vous donne l’exemple d’un jeune Américain fraîchement diplômé de l’université. Si vous l’interrogez à la fin de ses études, il y a fort à parier qu’il ne sera pas capable de vous donner le nom de trois chefs d’État ou de ministres. Cependant il sera en mesure de vous citer le nom de Bill Gates, d’un Mark Zuckerberg, voire d’un Carlos Ghosn.

Mais, je reviens pour dire qu’évidemment vous qui êtes dans le secteur de la presse devez contribuer à vulgariser le secteur privé et à y donner goût aux jeunes diplômés, voire à la création de leur propre entreprise.

Je suis économiste de formation, mais je peux vous assurer que la Banque mondiale et le FMI ne sont pas ceux qui connaissent le mieux l’Afrique. Il me semble qu’il faut que nous allions vers des modèles locaux nouveaux. Il faut créer des agences de notation qui vont avoir du contenu.

Bioexpress

Paul Obambi qui figure parmi les 50 managers africains est à la tête de l’un des plus grands groupes privés d’Afrique centrale, si ce n’est du continent. Il étend tranquillement ses tentacules vers de plus en plus de secteurs, achetant tour à tour de grandes entreprises dans le secteur de la publicité et de l’affichage ou encore dans les mines, les télécoms, etc. Aujourd’hui, Sapro est le premier groupe privé congolais et est présent dans divers secteurs, notamment le pétrole où elle est à la fois dans le raffinage au Congo et la distribution en République démocratique du Congo. Les mines de fer où elle vient de racheter le sud-africain Exxaro. Dans le domaine industriel, elle possède une unité de peinture, une autre de PVC, une usine d’eau, les lubrifiants industriels. Dans les secteurs des services, notamment dans la logistique avec Transfo où elle est associée avec Boloré. C’est le plus grand opérateur du port de Pointe-Noire. Il offre ainsi des services de transit maritime et d’aconage. Sapro a racheté en 2016 Global Outdoor Systems, leader sud-africain de l’affichage, présent dans 22 pays. Dans l’immobilier, le groupe a désormais plusieurs réalisations dans le bâtiment et les travaux publics et des immeubles financiarisés. Sapro est également associé à Lica Mobile présent dans plusieurs pays dans les télécoms.

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