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Présidentielle américaine : Les «trumperies» gagnantes de Donald

La présidentielle américaine a tenu toutes ses promesses. Elle a été à la mesure de ce pays qui ne cesse d’étonner par sa vitalité mais aussi par ses paradoxes.

Trump, sera bien le 45ème président des États-Unis d’Amérique. Il aura eu raison de toutes les prédictions. Celles des instituts de sondage mais aussi des puissants médias qui avaient pris fait et cause pour Hilary Clinton. On ne peut comprendre ce que j’ai qualifié de “tsunami Katrina”, à la veille de la présidentielle américaine, sans revenir sur le parcours initiatique de la dame Clinton.

donald trumpEt d’abord cette erreur monumentale qu’elle a traînée comme un boulet à son pied. Son péché originel : avoir servi dans l’administration Obama après s’être présenté contre lui aux primaires de 2008. Ce sont les erreurs commises en tant que secrétaire d’État qui ont alimenté la critique du candidat Trump et de son camp contre l’ex first lady. Le milliardaire avait vu juste en bâtissant sa stratégie de conquête de la Maison Blanche sur le passé récent de Hilary Clinton. Mais aussi sur son présent. Ses erreurs. Comme, Sarkozy, le fait d’avoir été au sommet du pouvoir est apparu d’abord comme un sérieux handicap. On ne « trumpe » pas les électeurs deux fois. Hilary et Sarkozy, dont les parcours sont similaires, l’ont appris à leurs dépends.

Mais que l’on ne s’y méprenne pas : l’Amérique de Trump ne sera pas particulièrement différente de celle d’Oboma. Les élections ont comme particularité d’accentuer les singularités. Les attitudes étaient adaptées, non adoptées. Le président Trump le prouve aujourd’hui en revenant sur la plupart de ses déclarations de candidat. Le mur entre les Etats-Unis et le Mexique ne sera probablement pas construit ; Hilary Clinton ne sera pas poursuivie pour ses mails compromettants. Les questions liées au climat, aux immigrés et aux relations économiques avec l’Europe seront examinées en fonction de l’intérêt des USA mais aussi de la « raison » diplomatique. Trump sera donc, finalement, un président comme les autres. Il commettrait, probablement, plus d’erreurs d’appréciation qu’un Obama ou un Reagan, mais il ne provoquera pas une troisième guerre mondiale. Ses premières déclarations d’après élection et ses choix pour composer son équipe montrent la rupture entre le jeu des élections et le sérieux de la gouvernance de la première puissance du monde.

Il faut cependant retenir une chose : la gouvernance Trump, dans les quatre prochaines années, façonnera l’Amérique. Contrairement aux craintes de certains, les modifications interviendront de l’intérieur. Elles seront intimement liées au tempérament de feu d’un homme qui a réussi dans les affaires en saisissant au vol toutes les opportunités qui se sont offertes à lui. Son tort sera de vouloir appliquer cette méthode de « trumperie » à la gouvernance de l’Amérique.

Certes, il dispose d’une confortable majorité au Congrès mais il doit -aussi- tenir compte des incompréhensions qui ont failli l’empêcher de passer devant Hilary. Le sens de la mesure dont ont fait preuve les représentants du peuple, quand la notoriété des Etats-Unis était en jeu, servira de garde-fou aux choix stratégiques de Trump. Et qu’on ne s’y trompe pas. Le nouveau président est bien conscient de cette donne. Les questions de politique intérieure permettront à Trump de marquer sa différence avec Obama (sur le plan de la politique de santé, par exemple, ou de la fiscalité) mais les Etats auront également leur mot à dire, comme dans le passé.

Donald Trump aura son « style » de gouvernance. Il suscitera même peut-être une nouvelle doctrine (le «trumpoutinisme») mais il ne pourra changer les constantes d’une Amérique résolument tournée vers l’Europe et l’Asie. L’on considère que ses relations avec Vladimir Poutine seront plus apaisées grâce à une « même lecture du monde » : lutte contre l’islamisme, priorité à l’armée, repli national, culte de l’homme providentiel. Mais l’on retrouvera constamment, dans ses prises de position et dans ses actes posés les principales critiques portées à la présidence Obama et au Système, de manière générale. A savoir que l’Amérique a fait fausse route en voulant exporter sa «démocratie occidentale». En plus de créer le chaos au Proche-Orient, cela lui a coûté très cher financièrement. L’Amérique s’est décrédibilisée, coupée de ses amis (l’Egypte et Israël), compromise avec ses ennemis (Chine, Iran, Cuba). Résultat: le pays a été affaibli. Son combat, à lui, dans les prochaines quatre années sera de « rendre sa grandeur à l’Amérique ».

Trump ne cache pas ses intentions : Pour être grande et crédible, l’Amérique doit se remilitariser (Barack Obama, affirme-t-il, a coupé partout: bouclier antimissiles, armes nucléaires, aviation, marine, soldats, cyberdéfense). Le plan de relance de l’Amérique devrait donc signifier le retour triomphal du lobby militaro-industriel comme moteur économique («c’est le meilleur investissement qu’on puisse faire», dit Trump). Quant aux alliés qui bénéficiaient jusqu’ici du bouclier américain (OTAN, Asie de l’Est), ils vont devoir passer à la caisse.

Pour Donald Trump, ce sont les règles américaines qui vont désormais régir la conduite du pays. Fini les histoires de «valeurs universelles» ou «la fausse musique de la globalisation». Tout cela au nom de la paix ? Nous avons besoin de croire aux «trumperies» de Donald pour comprendre l’Amérique qui l’a élu.

Donald Trump Politique américaine

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