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Sénégal : La malédiction du pétrole a déjà frappé

Le monde du pétrole demande des compétences et une expérience dans les négociations des contrats que les dirigeants sénégalais ne semblent pas avoir. Les contrats se suivent et se ressemblent, montrant des erreurs commises çà et là. La Banque mondiale vient d’accorder un prêt de 29 millions de dollars US au pays pour l’aider à mieux négocier ses contrats. Il reste à venir à bout des facteurs d’influences qui poussent aux décisions irrationnelles.

Franck Timis

Frank Timis, président de Timis corporation

En réalité, le Sénégal semble déjà frappé par la malédiction du pétrole, alors que les premières gouttes d’hydrocarbures ne seront puisées du sol que dans trois voire cinq ans. En effet, certains contrats signés montrent clairement un amateurisme des dirigeants. Il y a d’abord le cas du milliardaire roumain Frank Timis qui a bénéficié de permis d’exploration alors que son expérience n’est pas avérée dans le domaine, comme le stipule le Code des hydrocarbures. D’ailleurs, un rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE), récemment rendu public par le journaliste d’investigation Baba Aïdara, pointait l’absence de compétence du groupe de Frank Timis.

 

 

Patrick Pouyanné directeur général de Total

Patrick Pouyanné directeur général de Total

Les inspecteurs Galo Samb et Oumar Sarr de l’IGE ont reçu l’ordre d’effectuer une enquête minutieuse en vertu d’une demande de la présidence de la république le 30 mai 2012. L’entretien avec les responsables de Petrosen a montré que le contrat avec Petro-Tim Sénégal a été signé en janvier 2012 sous le régime d’Abdoulaye Wade et n’est pas passé devant la Commission d’évaluation des contrats d’hydrocarbures. Ce qui est pourtant interdit par les textes en vigueur. De plus, selon les conclusions de l’IGE Petro-Tim n’avait pas les qualifications requises. C’était donc tout naturellement que le contrat signé par l’Exécutif sous Abdoulaye Wade soit annulé par Macky Sall.

Sauf que, quelques mois plus tard, ce même gouvernement accordera à Petro-Tim le contrat précédemment annulé. Cela pose bien sûr des questions dont les réponses sont à trouver dans l’implication du frère du président de la République du Sénégal, à savoir Aliou Sall. En effet, entre-temps, ce dernier a créé une société de droit sénégalais pour le compte de Frank Timis et effectué la demande au nom de cette entreprise dont il est le gestionnaire. Quoi qu’il en soit c’est là le premier couac qui fera perdre des milliards de FCFA à l’Etat du Sénégal.

Puisqu’en réalité Petro-Tim n’était qu’une simple société qui voulait spéculer sur les blocs dont elle était attributaire. Le principe est simple. Une fois devenu attributaire des permis d’exploration et de prospection, le milliardaire roumain a purement et simplement essayé de trouver des partenaires capables de faire le travail à sa place. Au passage, il a gardé 30% des droits en n’ayant pratiquement pas investi le moindre sou. Ce travail d’intermédiaire, c’est justement ce que la société Petrosen est sensé effectuer afin de permettre au Sénégal de conserver le maximum des droits dans l’exploitation de son pétrole.

De l’avis de beaucoup de spécialistes, le Sénégal a très mal géré ce premier dossier. Les derniers développements montrent que le gouvernement n’est pas plus avancé dans ce domaine qu’il y a cinq ans. En effet, beaucoup estiment qu’à présent que les réserves se confirment les termes de négociations peuvent changer. Au lieu de se contenter de garder 10% pour la compagnie nationale Petrosen, il est possible d’en exiger plus. Le pays avait également supprimé le ticket d’entrée pour les compagnies désirant prospecter, comme le font tous les Etats n’ayant pas de ressources avérées. Aujourd’hui, même si aucune goutte de pétrole n’est encore sortie du sous-sol dans un but commercial, le Sénégal est présenté comme l’un des meilleurs potentiels de la sous-région dans le secteur. Les conditions d’accès doivent donc changer et ce n’est pas encore le cas.

Thierno Alassane Sall

Thierno Alassane Sall, ex-ministre sénégalais de l’Energie

Dans les salons de Dakar, il se dit que c’est le fait d’avoir exigé que le français Total revoie son offre financière qui a fait limoger l’ex-ministre de l’énergie Thierno Alassane Sall. Le ministre congédié, Total a signé dans la foulée un contrat d’exploration, prospection et exploitation d’une durée de 45 ans. Pour la petite histoire, Thierno Alassane Sall a été limogé du gouvernement par décret présidentiel, le jour de la signature des deux importants accords pétroliers entre Patrick Pouyanné, le PDG du groupe français Total et l’Etat du Sénégal portant sur la concession de deux blocs d’exploration au large de Dakar. L’information a été rendue publique en milieu de journée à travers un bref communiqué de deux paragraphes signé par le porte-parole du gouvernement Seydou Guèye. Il faut dire qu’en dépit des instructions du Président Macky Sall et l’approbation de sa part d’un protocole lors de sa visite d’État en France, Thierno Alassane Sall, connu pour son franc-parler et réputé travailleur et dont le passage à la tête du département de l’Energie a coïncidé avec d’importantes découvertes dans l’offshore sénégalais, a refusé de signer les deux contrats liant le Sénégal au groupe pétrolier français. Finalement, c’est le chef du gouvernement, Mahammed Boun Abdallah Dionne qui a récupéré le portefeuille de l’Énergie et du développement des énergies renouvelables, en attendant un éventuel remplaçant, qui a signé les deux contrats avec le groupe pétrolier français.

Contrat léonin

Autant dire qu’il s’agit d’un vrai contrat léonin dont a bénéficié cette société qui symbolise encore les mauvaises pratiques de la Françafrique. Evidemment, à ce niveau, il ne s’agit pas seulement de compétence. Certains n’hésitent pas à douter de la probité des dirigeants sénégalais qui doivent mettre en avant les intérêts de leur pays même si certains observateurs se demandent encore pourquoi l’ex-ministre de l’Energie a tenu coûte que coûte à donner les contrats à Kosmos.

Quoi qu’il en soit ce prêt de la Banque mondiale est arrivé au bon moment. Il permettra sans doute d’accompagner une autre initiative du gouvernement sénégalais qui a consisté à mettre en place le Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz qui est censé être un think-tank devant aider à préserver les intérêts du pays. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

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