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Tournée africaine de Mohammed VI : Offensive diplomatique à l’Est

Rwanda, Tanzanie, Ethiopie. Ce sont les trois pays visités, mi-octobre 2016, par le Roi Mohammed VI. Le choix du souverain marocain et le timing sont loin d’être fortuits. En mettant plein cap sur l’est du continent, il complétait un périple africain entamé en 2015 dans des pays de l’Afrique de l’ouest et du centre pour porter aussi loin que possible la diplomatie économique marocaine.

Le Roi Mohammed VI et le Président de la République de Tanzanie, John PombeMagufuli

Arrivée de SM le Roi Mohammed VI à Dar es Salam pour une visite officielle en Tanzanie

Avec la visite du Roi Mohammed VI au Rwanda, en Tanzanie et en Ethiopie, le Maroc rompt donc avec la loi de la proximité économique. Forte de son milliard d’habitants et son taux de croissance régulier, l’Afrique est un véritable gisement d’opportunités pour les entreprises marocaines en quête de développement. Le dossier du Sahara et le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, trente-deux ans après avoir claqué la porte, ont constitué également les temps forts de cette visite dans ces pays qui pèsent lourd, depuis quelques années déjà, dans la balance économique et diplomatique de l’Afrique. L’un des objectifs de cette visite était également de faire bouger les lignes sur la question du Sahara et du retour du Maroc au sein de l’UA soutenu par 28 des 54 pays de l’Union.

La composition de la forte délégation accompagnant le souverain marocain dans sa tournée ne laissait planer aucun doute sur le caractère économique et diplomatique de sa portée : son cousin Moulay Ismail, ses deux conseillers, Fouad Ali El Himma et Yassir Zenagui, et six ministres du gouvernement actuel : Salaheddine Mezouar et Nasser Bourita, respectivement ministre des Affaires étrangères et ministre délégué, Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, Mohamed Boussaïd, ministre des Finances, et Ahmed Toufik, ministre des Habous et des affaires islamiques.La portée stratégique de la visite du Roi au Rwanda, en Tanzanie et en Ethiopie se trouve être, justement, cette volonté de faire bouger les positions sur la question du Sahara, que le Maroc considère comme liée à celle de la reconnaissance de son intégrité territoriale à l’intérieur de l’organisation panafricaine. Donc sans concession. Les interlocuteurs du souverain marocain lors de cette visite l’ont sans doute entendu de vive voix. Pas de doute aussi que Paul Kagamé, qui a longtemps lutté pour la cohésion du Rwanda, et le Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn, faisant face à la plus grave crise politique dans son pays depuis son arrivée au pouvoir en 2012, sauront apprécier le discours d’union face aux dangers qui guettent l’Afrique que prône Mohammed VI. Jusque-là favorables, sans raison évidente, aux thèses du Polisario et de son protecteur algérien, ils seront ébranlés dans leur conviction que la dislocation des Etats, du genre de celle qui a donné au Sud Soudan une indépendance empoisonnée, n’est pas une solution pour l’Afrique.

La diplomatie économique

Pourtant, le Maroc dispose d’un atout de poids. La diplomatie économique qui lui a réussi dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest et du centre peut contribuer à rapprocher ses vues politiques avec les pays anglophones visités. Ce n’est qu’une question de temps et le périple du Roi constitue un prélude pour une compréhension mutuelle. Le Président rwandais, Paul Kagamé, qui a rendu visite au Roi du Maroc en juin dernier, a compris la nécessité de se rapprocher d’un Maroc dont le leadership africain n’est plus à démontrer. Les positions de Kigali contre l’interventionnisme occidental épousent la même vision du Maroc pour un monde apaisé. Les deux pays se retrouvent également dans leur compréhension des grands chantiers économiques et des réformes sociales qu’il faut mener dans leurs pays respectifs et en Afrique, de manière générale. Reste que le Maroc doit déployer de grands efforts pour effectuer une réelle percée dans ces pays éloignés géographiquement mais d’un potentiel économique certain. L’inauguration, en mars dernier, d’un premier vol régulier de la Royal Air Maroc reliant Casablanca à Nairobi (Kenya) est de bon augure. Les hommes d’affaires du Royaume pourraient plus facilement venir, voir et décider. Certes, le Maroc est désormais le premier investisseur africain dans la zone CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) mais l’Afrique de l’est anglophone lui résiste encore. La politique de rapprochement que dicte la perspective de retour du Maroc dans l’UA peut donc fort bien changer la donne des échanges économiques avec ces pays suivant le principe en vogue du « win-win » (gagnant-gagnant).

Cette volonté d’allier politique et économie est à l’avantage du Maroc dont le secteur privé est à l’avant-garde des « conquêtes » en Afrique. Sans surprise, on retrouve sur la liste des accompagnateurs du souverain marocain au Rwanda, en Tanzanie et en Ethiopie, des capitaines d’industrie marocains prêts à considérer ces pays de l’Afrique de l’est comme un «bon risque ». C’est le cas notamment d’Attijariwafa Bank, principale banque privée du Maroc, contrôlée par la holding royale SNI, qui a annoncé au deuxième jour de la visite qu’elle finalisait l’acquisition de la Cogebanque (Compagnie générale de Banque), la troisième banque rwandaise.

L’homme d’affaires marocain Othman Benjelloun s’allie à la banque rwandaise de développement, à travers, la Bank of Africa, pour rééditer une opération déjà menée avec succès en Côte d’Ivoire : la construction de 6 000 logements sociaux dans la capitale rwandaise. La moisson est donc fructueuse. En tout, 19 accords bilatéraux signés au Rwanda, 22 conventions et accords bilatéraux à Dar Es-Salam et d’autres à Addis-Abeba. En Tanzanie, la plupart de ces accords se présentent d’ailleurs sous forme de mémorandums d’entente à transformer, à terme, en des accords dans les hydrocarbures, les énergies renouvelables, les mines, le transport aérien, l’agriculture, la pêche maritime, les engrais, le tourisme, la banque et l’assurance, la santé…

Dans un pays de près de 50 millions d’habitants affichant une croissance annuelle de 7%, ces accords constituent le prélude à des échanges commerciaux porteurs. Le Maroc est également réconforté par le soutien sans ambages du gouvernement tanzanien à son projet de réintégration de l’UA. Après le soutien de Paul Kagamé, celui du Président tanzanien, John Pombe Magufuli sonne comme une victoire de la diplomatie marocaine et la réussite de la visite du Roi Mohammed VI dans cette région d’Afrique où il faut désormais batailler ferme pour préserver et consolider les acquis.

Diplomatie marocaine Mohammed VI

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