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Afrique-Engrais : des financements pour rattraper les retards

La situation est particulièrement alarmante en Afrique, où les chiffres de la faim sont les plus élevés au monde. Comme solution, l’agriculture intelligente reste un passage obligé. Encore faudrait-il que le taux d’utilisation d’engrais sur le continent, le plus faible au monde même si depuis 2008, évolue énormément. Les entraves à cette faible utilisation sont nombreuses, le financement en tête.

Le premier forum ouest-africain sur le financement des engrais, organisé à Abidjan du 30 septembre au 1er octobre 2019 par la Banque africaine de développement (BAD), le Mécanisme africain de financement du développement des engrais et l’Association des professionnels de l’engrais d’Afrique de l’Ouest (West Africa Fertilizer Association -WAFA), a livré des pistes. Les détails.

 

Dossier réalisé Par Mouhammadou Diop & Marie-Jeanne Traoré

Engrais

820 millions de personnes n’ont pas eu assez à manger en 2018, contre 811 millions l’année précédente : des chiffres en augmentation pour la troisième année consécutive. Selon la nouvelle édition du rapport annuel des Nations unies sur l’alimentation : “L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde”, publié le 15 juillet dernier, de tels résultats mettent en avant l’immense défi que représente la réalisation de l’objectif “Faim Zéro” d’ici 2030. 

Des efforts ont été faits concernant la réduction du nombre d’enfants souffrant d’un retard de croissance et du nombre de bébés présentant une insuffisance pondérale à la naissance. Mais ces progrès se font à un rythme encore trop lent, ce qui rend les objectifs de nutrition de l’agenda 2030 hors de portée encore. 

Les dirigeants de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), du Fonds international de développement agricole (Fida), du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), du Programme alimentaire mondial (Pam) et de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) ont insisté sur l’importance d’avoir des actions plus audacieuses, non seulement en termes de portée mais aussi de collaboration multisectorielle, face à ces tendances préoccupantes. 

Dans de nombreux endroits où la croissance économique accuse un retard, la faim augmente, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire et ceux qui dépendent fortement du commerce international des produits de base. Le rapport annuel de l’Onu a également constaté que l’inégalité des revenus augmente dans de nombreux pays où la faim est en hausse. Il est alors difficile pour les personnes pauvres, vulnérables ou marginalisées de faire face aux ralentissements et aux crises économiques. 

Une progression lente en Afrique

La situation est particulièrement alarmante en Afrique, où les chiffres de la faim sont les plus élevés du monde. Ces derniers continuent d’augmenter, lentement mais régulièrement, dans presque toutes les sous-régions. En Afrique de l’Est en particulier, près d’un tiers de la population (soit 30,8 %) est sous-alimenté. Outre le climat et les conflits, les périodes de récessions et de crises économiques sont à l’origine de cette hausse. Depuis 2011, près de la moitié des pays touchés par l’augmentation de la faim, en raison notamment d’un ralentissement ou d’une stagnation économique, se trouvent en Afrique. Le plus grand nombre de personnes sous-alimentées (plus de 500 millions) vivent en Asie, principalement dans les pays d’Asie du Sud. Ensemble, l’Afrique et l’Asie représentent la plus grande part de toutes les formes de malnutrition, avec plus de neuf enfants sur dix concernés par un retard de croissance, et plus de neuf enfants sur dix souffrant d’émaciation dans le monde.

Sur le continent, si les alertes des Ong et des organisations internationales se multiplient en Afrique de l’Est, elles le sont aussi en Afrique de l’Ouest où la sécheresse ainsi que les guerres sans fin provoquent des situations d’urgence. Et pourtant, il faut savoir qu’on produit assez pour nourrir tous les habitants de la planète. Mais ceux qui en ont le plus besoin sont toujours privés des moyens de produire ou d’acheter des vivres. Pour la Banque africaine de développement (BAD), et depuis l’élection du nouveau président Akinwumi Adesina, l’agriculture est devenue la priorité pour le continent africain. L’objectif : faire de l’agriculture un atout pour le développement de l’Afrique. “Aucune région du monde ne s’est développée sans transformer son secteur agricole”, affiche l’institution bancaire panafricaine, qui martèle ce même message depuis plus d’une année. Et les initiatives, les solutions, voire les moyens, commencent à suivre.

L’équation du financement des engrais

Dernier exemple en date, la Bad, le Mécanisme africain de financement du développement des engrais et l’Association des professionnels de l’engrais d’Afrique de l’Ouest (West Africa Fertilizer Association – Wafa) présidée par Moussa Diabaté, qui ont organisé le premier forum ouest-africain sur le financement des engrais, du 30 septembre au 1er octobre 2019, au siège de la BAD à Abidjan. “Dynamiser l’avenir du secteur des engrais” était le thème de ce tout premier forum, présidé par Adesina Akinwumi himself. C’était en présence des ministres de l’Agriculture du Mali, de la Sierra Leone et du Liberia, de Martin Fregene, Directeur Ahai à la Bad et du Commissaire de la Cedeao. Les participants à ce forum représentent la diversité des acteurs de la région de l’Afrique de l’Ouest et de la chaîne de valeur des engrais.  Ainsi, étaient également présents : les organisations régionales, les parties prenantes de la chaîne de valeur des engrais (producteurs, fabricants, importateurs, mélangeurs et distributeurs des 42 membres de l’Association des professionnels de l’engrais de l’Afrique de l’Ouest), les institutions financières telles que les banques commerciales, les institutions de financement du développement et les fonds privés, ainsi que d’autres institutions comme les sociétés œuvrant pour la transformation digitale du secteur agricole ou les organisations non gouvernementales de développement.

Abidjan, le 1er forum ouest-africain sur le financement des engrais

Abidjan, le 1er forum ouest-africain sur le financement des engrais

Une fertilisation appropriée étant essentielle pour parvenir à la sécurité alimentaire et réduire la faim, ce forum ouest-africain sur le financement des engrais visait à soutenir le développement du secteur des engrais. Il faut dire que la création de passerelles solides entre le secteur privé des engrais, les instruments de financement de la Banque africaine de développement et les autres institutions financières pourra faciliter l’accès à des fonds abordables et à des engrais de qualité pour les agriculteurs. “Cette initiative de la Banque africaine de développement et du Mécanisme africain de financement des engrais vient à point nommé, car elle nous rappelle qu’il est urgent de réexaminer nos politiques et nos stratégies en matière de financement des engrais. Le manque de fonds entrave le développement de la chaîne de valeur des engrais en Afrique”, déclare Gaoussou Touré, ministre de la Promotion du riz en Côte d’Ivoire. Selon la Wafa, 3% seulement des prêts bancaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) sont destinés au secteur de l’agriculture. Les taux d’intérêt des banques commerciales sont trop élevés par rapport aux autres types de financement de la région et le processus prend trop de temps pour profiter aux agriculteurs. “De telles difficultés ne peuvent évidemment pas favoriser le développement d’un secteur des engrais solide dans la région et menacent donc la réalisation de nos objectifs régionaux en matière de sécurité alimentaire. Le forum nous aide à dialoguer avec les acteurs financiers pour trouver des solutions qui permettent de débloquer le financement des engrais en Afrique de l’Ouest”, souligne Moussa Diabaté, président de WAFA. Abondant dans le même sens, Josefa Leonel Correia Sacko, Commissaire de l’Union africaine (UA) chargée de l’économie rurale et de l’agriculture, a souligné la nécessité pour les parties prenantes d’accélérer la mise en œuvre de la Déclaration d’Abuja de 2006 afin de réaliser les aspirations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. “Je pense que le forum a contribué dans une large mesure à résoudre les problèmes d’accessibilité financière et d’accès aux engrais de qualité pour les petits exploitants agricoles en Afrique”, a indiqué  la Commissaire. On note que le forum a vécu la présence d’environ 300 participants venant des différents pays de l’Afrique de l’Ouest.

Dressant l’état des lieux, il  a été retenu, comme Pme, a contrario de la définition classique qui prend en compte le chiffre d’affaires, tous les  distributeurs qui peuvent au moins traiter environ  un camion d’engrais, soit 40 tonnes par jour. Lorsqu’on se positionne sur ce segment d’activité, il est apparu donc que cela concerne le secteur non organisé étant entendu que le secteur organisé tel que  le coton est couvert par des grosses entreprises qui, elles, n’ont pas de difficultés de lever de fonds, de structurer  des financements. Partant de ces deux principes, après un tour des expériences, il est apparu qu’il y avait des faiblesses de financement bancaire direct à cause des  surfaces financières faibles ou des faibles niveaux unitaires de transaction ou de l’absence de garantie du  secteur d’activité peu ou pas très connu par les banques ou vice versa des produits bancaires peu ou pas connus des distributeurs. De ce fait, des importateurs accordent des délais de paiement aux distributeurs dont certains parviennent à obtenir des traites avalisées et d’autres pas. Conséquence : les grossistes importateurs sont en risque direct sur ce segment de distributeur.

Dans certains pays comme le Ghana par exemple, l’Etat subventionne le prix d’achat à hauteur de 50% sauf que les opérateurs n’ont pas de certitude quant à l’encaissement des 50%, ce qui fait que le risque est entièrement supporté par les importateurs. Au Togo, il a été noté des mécanismes de financement de bons de commandes avec intervention d’organismes étatiques qui facilitent les transactions. Face à cet état des lieux, quels sont les voies et moyens pour renforcer la sécurisation des financements en direction des distributeurs, la réduction des coûts finaux pour les agriculteurs et  quel rôle pourrait jouer la Wafa dans le suivi et la facilitation des transactions ?  Sur ces trois problématiques, il a été noté que des produits bancaires de financement étaient disponibles tels que les cautions, les financements de bons de commandes, les facilités de caisse, éventuellement pour ceux qui ont ce besoin des couvertures de change, de l’escompte de  traite et même du crédit-bail pour les équipements pour les transporteurs et camionneurs.

Mais  l’accès à ces produits financiers était très limité du fait de la faible sécurisation et des connaissances limitées de part et d’autre des banques et des opérateurs. Pour cela, un support est attendu de la part des institutions financières internationales comme la Bad et éventuellement les organismes professionnels comme le Wafa. Aussi, il a été noté que certaines normes réglementaires au niveau de la Cedeao pourraient avoir un impact sur le renchérissement des coûts finals provenant des décisions prises au niveau du contrôle de poids à l’essieu. Le fait de réduire le volume transporté,  in fine accroit le coût  unitaire de l’engrais à la  livraison. Pour dynamiser ce secteur, il a été recommandé d’aider au renforcement des capacités  des banques pour mieux appréhender les problématiques du secteur (organiser des publications sectorielles régulières, des statistiques disponibles et actualisées pourraient aider les banques à mieux appréhender les enjeux et  mieux connaitre ce secteur d’activité).

Au niveau des distributeurs, il y a également une nécessité de renforcer les capacités en matière de gestion comptable financière et  de gestion de risque et les aider dans la production d’état financier fiable et le montage de dossier de financement (les acteurs eux-mêmes peuvent s’organiser pour mettre en place des sessions de renforcement des capacités). Au niveau de la sécurisation des financements bancaires, il a été recommandé que pour accroitre les volumes de transaction, des regroupements de commandes en vue d’alléger la mise en œuvre des stocks management agrement.

Il faut également promouvoir le recours aux instruments de partage de risque disponibles, privilégier l’approche par des financements structurés qui impliquent tous les acteurs de la chaine de valeur qui se regrouperait  autour d’un Off taker qui a pour rôle d’acquérir la récolte produite avec la bonne utilisation de la semence et de l’engrais et qui assure la  vente et  garantit le débouclage de toutes les positions que chacune des parties aura prises. Il faut aussi envisager dans certains montages, le recours à l’assurance-crédit dans les pays où il en existe et où il n’en existe pas, encourager les assureurs à mettre en place les produits de ce type-là. L’Assurance-crédit pouvant profiter aux entreprises  qui font des financements en direct ou des délais de paiements ou au profit des banquiers qui distribuent des produits de financement. 

Pour la réduction des coûts finaux, il a été préconisé de réfléchir aux moyens pour réduire les intermédiaires  de la filière. Dans ce sens, le recours aux solutions mobiles pour les paiements et  les encaissements pourrait être une des voies de  solutions. Aussi, il faut réfléchir aux solutions logistiques qui pourraient favoriser la baisse du coût unitaire, à travers la réduction des tracasseries routières. 

Aujourd’hui, tout indique que le manque de financement dans l’agriculture est un cercle vicieux : les producteurs n’étant pas en mesure de réaliser pleinement leur potentiel, ils produisent beaucoup moins que ce qu’ils pourraient, de sorte que la création totale de valeur est réduite. Cela affecte les opérateurs actifs au niveau des intrants, qui vendent moins de semences, d’engrais et de produits chimiques ; les transformateurs, qui ont moins de produits à traiter ; les négociants, qui ont moins de produits à vendre ; avec des répercussions sur les marchés et la consommation et, finalement, sur les tendances inflationnistes. L’effet net sur l’économie générale est une réduction du PIB. Un élargissement de l’accès au financement des pauvres financièrement exclus, engagés dans l’agriculture, crée des emplois, génère de la croissance économique, soutient les efforts de réduction de la pauvreté et renforce la cohésion sociale, contribuant ainsi à accroître le PIB et à améliorer la situation de l’économie en général.

Il faut dire que les nouveaux défis sont particulièrement importants en Afrique subsaharienne, où les petits exploitants défavorisés et les micros, petites et moyennes entreprises sont singulièrement soumis aux contraintes du côté de l’offre. Du point de vue sectoriel, ces nouveaux défis sont plus sérieux dans l’agriculture, la principale source de recettes d’exportation pour de nombreux pays africains et la plus grande source de revenus pour leur population. Selon les estimations, 70% des habitants de l’Afrique travaillent à plein temps dans l’agriculture, tandis que beaucoup d’autres en dépendent pour une partie des revenus de leur ménage. 200 millions d’Africains vivent en état d’insécurité alimentaire. Au cours des 25 dernières années, la croissance économique en Afrique subsaharienne a avoisiné une moyenne de 3% par an. Toutefois, la croissance par habitant pour cette région dépendant de l’agriculture a été inférieure à 1% par an au cours des vingt dernières années, contre 2% en Asie et presque 3 % en Amérique latine.

Les exploitants agricoles ont travaillé dur, plus de personnes se sont engagées dans l’agriculture, mais la productivité n’a pas augmenté. L’essentiel de la croissance agricole en Afrique subsaharienne est lié à l’accroissement de la superficie des terres exploitées, plutôt qu’à l’augmentation de la productivité. Au rythme actuel, on estime que l’Afrique ne sera pas capable de nourrir la moitié de sa population en 2020. Toutefois, avec l’augmentation des prix des céréales alimentaires et la tendance croissante à l’inflation dans le monde, l’agriculture bénéficie actuellement d’un regain d’intérêt. Une attention accrue est actuellement accordée à l’utilisation dans l’agriculture, d’approches basées sur des chaines de valeur intégrées en vue d’augmenter l’efficacité du secteur.

Renforcement de la chaine de valeurs

Depuis un peu moins de trois ans, la BAD s’est inscrite dans cette logique avec l’adoption d’un document  “Nourrir l’Afrique : stratégie pour la transformation agricole de l’Afrique, 2016-2025”. Une stratégie sur 10 ans qui vise à cibler15chaînes de valeur prioritaires et nécessitera des investissements colossaux en centaine de milliards de dollars US. Cette stratégie vise à éradiquer la faim et la pauvreté rurale en Afrique à l’horizon 2025. Pour ce faire, elle mise sur une transformation fondée sur un développement à grande échelle de l’agriculture en tant qu’activité commerciale à forte valeur ajoutée, stimulée par le secteur privé et soutenue par le secteur public, et qui recourt à des mécanismes de financement innovants, indique un communiqué de la BAD. Atteindre de tels objectifs exige d’accroître la productivité, la valeur ajoutée et les investissements en infrastructures, de mettre en place un environnement favorable à l’industrie agroalimentaire, de catalyser les flux de capitaux et de préserver le caractère inclusif et durable de l’agriculture et sa capacité à fournir une alimentation de qualité, et ce, de manière coordonnée.

15 chaînes de valeur prioritaires 

La stratégie de transformation définit 15 chaînes de valeur prioritaires pour des produits de base, en fonction de zones agro-écologiques précises, le but étant d’atteindre l’autosuffisance pour certains produits comme le riz, le blé, le poisson, l’huile de palme, l’horticulture et le manioc ; de gravir les échelons des chaines de valeur pour les produits principalement destinés à l’exportation comme le cacao, le café, le coton et les noix de cajou ; d’assurer la sécurité alimentaire au Sahel grâce au sorgho, au mil et à l’élevage ; et d’exploiter le potentiel de la savane guinéenne pour la production de maïs, de soja et de bétail.

engrais chimiquesLa stratégie “Nourrir l’Afrique”  estime qu’il est possible d’inverser la situation d’un continent qui dépense chaque année 35,4 milliards de dollars US pour ses importations de denrées alimentaires, alors qu’il héberge près de 65 % des terres arables sous-exploitées dans le monde. A noter que conduire ce programme de transformation à l’horizon 2025 exigerait 315milliards de dollars à 400 milliards de dollars d’investissements, avec un retour sur investissement annuel de 85 milliards de dollars dans l’hypothèse d’un financement intégral, selon la BAD. Depuis, cette dernière s’est engagée à investir 24 milliards de dollars elle-même et à mobiliser des financements supplémentaires au moyen de prises de participation (fonds propres et quasi-fonds propres) et d’instruments de crédit et de risque, afin de catalyser les investissements à grande échelle en provenance du secteur privé ainsi que les cofinancements des donateurs traditionnels et des nouveaux acteurs. 

Financement de la chaine de valeur agricole : Le rôle crucial des fournisseurs d’intrants agricoles

Les fournisseurs d’intrants agricoles jouent un rôle crucial dans le financement de la chaine de valeur agricole, car, en plus de fournir aux exploitants des semences, pesticides, engrais et équipement agricole (machines), ils agissent également comme des instruments de vulgarisation en leur communiquant des informations techniques. Leur contribution  financière est vitale dans l’accompagnement de la chaine de valeur agricole, et leur capacité et qualité déterminent largement la qualité et la quantité du produit final. Comme tout négociant, le fournisseur d’intrants agricoles est un acteur motivé par le profit et le désir d’accroître le volume de ses ventes. Le renforcement de ses capacités garantira que les agriculteurs bénéficient de conseils adaptés. Pour les petits exploitants agricoles, le fournisseur pourrait bénéficier d’un appui de l’agrégateur (transformateur), afin de garantir qu’ils reçoivent des qualités et quantités adéquates d’intrants. Les initiatives des bailleurs de fonds et les programmes de crédit peuvent également aider les agriculteurs à se procurer les différents produits apportés aux terres et aux cultures et les fournisseurs de ces produits à améliorer leur activité. Dans certains cas, un fournisseur d’intrants agricoles peut être également revendeur, en livrant les intrants et vendant ensuite le produit. Bien entendu, dans ce type de situation, le fournisseur jouera un rôle majeur vis-à-vis du producteur et pourra s’approprier une plus large part de la valeur, n’en laissant qu’une plus petite au producteur primaire.

 

SYMPHOS 2019 : Ouverture sur les engrais spéciaux et les fertilisants du futur

L’Université MohammedVI Polytechnique accueille du 7 au 9 octobre 2019 la 5ème édition du Symphos (Symposium international sur l’innovation et la technologie dans l’industrie des phosphates). Cette rencontre est placée sous le thème : “Les technologies innovantes et disruptives pour une industrie du phosphate durable.” Le Symphos 2019 introduit de nouveaux dispositifs : la digitalisation, l’intelligence artificielle et l’économie circulaire.

SYMPHOS 2019Les technologies innovantes et disruptives pour une industrie du phosphate durable, ont été au cœur de la cinquième édition du Symphos 2019 du 7 au 9 octobre à l’Université Mohammed VI Polytechnique de  Benguérir (UM6P). Cette édition a procédé à une véritable radioscopie de l’innovation autour de l’industrie des phosphates à travers les nouvelles solutions et tendances en matière de valorisation de la roche et de ses dérivés. La recherche et les perspectives de développement du secteur sont également mises en avant par des rencontres et échanges qui ont réuni quelque 1000 participants, constitués de grands acteurs mondiaux de l’industrie des phosphates et dérivés tels que les producteurs, des bureaux d’étude et d’ingénierie, des fabricants et fournisseurs d’équipements,… des cabinets de conseil et associations de l’industrie phosphatière et du secteur agricole, des universitaires et scientifiques.

Ils viennent d’une quarantaine de pays. Pour marquer le tempo, un intervenant du Groupe OCP a bien cadré dans un panel le nouvel objectif de l’industrie du phosphate : “la digitalisation du processus d’extraction de la roche phosphatée, aidée en cela par l’intelligence artificielle, permettra d’améliorer significativement la nouvelle méthode de produire. L’industrie du phosphate ne peut pas échapper à cette évolution technologique”.

Le Groupe OCP et l’UM6P qui co-organisent cet événement, ont choisi de l’inscrire dans la continuité des quatre éditions précédentes (2011, 2013, 2015 et 2017). Cette 5ème édition s’est ouverte davantage sur la biotechnologie et l’agriculture de demain, les engrais spéciaux et les fertilisants du futur, l’optimisation des ressources… Un choix qui n’est pas fortuit puisque le Groupe OCP, friand de technologie, a compris que l’innovation constitue un des principaux leviers pour une exploitation raisonnée et pérenne des réserves phosphatières. Ce qui témoigne de son engagement pour une agriculture durable et prospère à travers le monde. Il fait ainsi de l’Afrique son défi, d’abord pour assurer la sécurité alimentaire du continent qui compte au moins 60% des terres arables répertoriées dans le monde.

L’Afrique subsaharienne, par exemple, possède le taux d’utilisation d’engrais le plus faible au monde, soit entre 10 et 15 kg à l’hectare, ce qui impacte négativement les rendements agricoles. Cela représente environ 10% de la moyenne mondiale. La bonne nouvelle est que depuis 2008, on constate une augmentation de l’utilisation des engrais. Mais, les résultats restent très éloignés des objectifs ambitieux fixés en 2006 par les chefs d’États africains, soit 50 kg à l’hectare. Aujourd’hui, cette région est à moins du tiers de l’objectif. Autrement dit, l’Afrique subsaharienne représente 2% de la consommation mondiale d’engrais pour 20% de la population mondiale. C’est dire les enjeux en matière de sécurité alimentaire. Les principaux pays consommateurs outre l’Afrique du Sud (pays qui est dans la moyenne mondiale) sont surtout l’Ethiopie, le Nigeria et le Kenya. Les autres marchés sont peu développés pour des raisons de prix, mais surtout de logistique et de formation.

Gain de productivité…

Le continent africain gagnerait doublement à développer la consommation d’engrais pour augmenter le rendement de ses sols. Mais qui dit Afrique dit une diversité de sols et à chaque terre ses spécificités et les producteurs ont désormais la responsabilité de trouver des solutions permettant d’accroître le rendement des surfaces d’une manière plus efficace. En fédérant la communauté mondiale des phosphates pour partager expertises, compétences et expériences, Symphos vise un double objectif : contribuer à faire émerger les idées de demain, à même de relever les grands défis de la préservation des sols et des ressources, pour une agriculture durable et tirer des leçons en stratégie mises en œuvre dans d’autres secteurs.

Agriculture Développement Engrais OCP Symphos

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