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BAD, la résilience qui dérange

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Courant août 2020, je suis tombé sur un dossier instructif consacré à la Banque africaine de développement (BAD). Le dossier barre la Une d’une revue économique d’un pays africain. Je n’ai pu m’empêcher de le lire d’un trait de bout en bout. Instructif et édifiant sur certains aspects. Il l’est assurément. Particulièrement sur l’éclairage par le rappel et les contingences qui ont émaillé l’histoire de l’institution panafricaine, devenue incontournable au décollage économique du continent. Le fameux take-off, expression anglaise si chère aux développementistes.

Pour mieux saisir le caractère résilient de la BAD, largement évoqué dans le dossier, j’ai fait appel à un ami, un ancien représentant-résident dans l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest. Néophyte que je suis sur les premiers pas de la BAD, je n’ai pas été déçu. En effet, l’ami en question m’apprend qu’à ses débuts, la construction de la Banque a été laborieuse. En témoignent les rôles joués par les conseils d’administration qui se sont succédé et qui n’ont pas aidé ses premiers présidents à mettre en place de véritables stratégies gagnantes.

En dépit de ce contexte interne peu amène, cet outil devenu indispensable au développement du continent africain est resté résilient. C’est pour cela, il est difficile de comprendre la motivation “des lanceurs d’alerte”. Cherchent-ils à saborder ce parcours, qui mérite notre respect en tant qu’Africains, au profit des forces occultes qui veulent continuer à contrôler le destin du continent à travers l’une de ses organisations les plus crédibles ? Je reste coi !

tinmar 970

A n’en pas douter, il faut situer les griefs de l’administration Trump contre la BAD et sa gouvernance (Akinwumi Adesina pour ne pas le nommer) à ce niveau. Mais là où le bât blesse dans ces accusations, c’est qu’on sort du cadre rationnel, donc de l’analyse économique et financière stricto sensu pour nager dans l’idéologie et la doctrine trumpiennes (influencer les lanceurs d’alerte pour nuire à la BAD est un des faisceaux de l’accusation). D’ailleurs, en s’attaquant à la gouvernance de la Banque sans aucune preuve en dehors des supputations de certains esprits chagrins, les Etats-Unis et ses affidés veulent maintenir l’Afrique dans la dépendance à travers le chaos et la médiocrité. Canaux à partir desquels le continent si riche de son histoire, de ses atouts humains, de ses matières premières,…a été manipulé.

La voie la plus rapide et directe pour réussir ce funeste projet de dépendance continue est de frapper au cœur l’une des rares institutions panafricaines qui marche et qui fait honneur à nous Africains. Les ennemis de l’Afrique feignent d’oublier qu’aujourd’hui, les peuples partout sur le continent sont en éveil. Il va falloir désormais prendre en compte cette donnée fondamentale.

Malgré sa notation triple AAA, on veut casser la BAD pour annihiler tous les efforts entrepris jusque-là, singulièrement ses cinq grandes priorités déclinées par l’actuel Ceo, réélu avec 100% des voix dont celle des Etats-Unis, vilipendé par certains pays membres non africains pour l’écarter d’un second mandat. Ces priorités dénommées «High 5» sont : «Nourrir l’Afrique», «Eclairer l’Afrique», «Industrialiser l’Afrique», «Intégrer l’Afrique» et «Améliorer la qualité de vie des Africains». Pour sûr, cette stratégie mise en place avec l’aide de son leadership est un succès. Puisqu’avec une telle vision, l’Afrique est en train de prendre son destin en main. Et ce n’est pas bon pour les grognards qui ne voient en elle qu’un continent où la seule règle possible reste le partage léonin.

Dieu merci ! L’Afrique d’aujourd’hui n’a rien à avoir avec cette Afrique des années 1980. Un exemple concret. Il y’a 25 ans le PIB de l’Union européenne était de 20 fois supérieur à celui de toute l’Afrique. De façon plus explicite et détaillée : la production de richesse dans les 27 pays de l’UE était de 15908 milliards de dollars en 2018, et pour l’ensemble du continent africain, à la même date, de 2334,18 milliards de dollars. Soit un multiplicateur légèrement inférieur à 7. Nous sommes donc sur une progression géométrique décroissante fulgurante !

Entre temps les pays africains ont réalisé beaucoup de progrès. Il n’y a qu’à voir comment un pays comme le Maroc s’est développé sur ces 20 dernières années. Et ce, dans bien de domaines. L’Ethiopie des grandes famines a remonté la pente en trois décennies. Qui pouvait croire au miracle éthiopien ? Alors qu’en 1985 les musiciens au faîte de leur gloire émouvaient le monde entier avec leur démarche caritative en chanson, We are the world, dont les recettes (63 millions de dollars) étaient destinées aux enfants malnutris éthiopiens. Le Nigeria de la grande corruption naguère endémique est en train de faire son aggiornamento. Il est aujourd’hui la première économie des 54 pays du continent, en PIB, devant l’Afrique du Sud à l’industrie diversifiée et puissante. Les pays de la moitié Est de l’Afrique notamment le Kenya, la Tanzanie, l’Ethiopie, le Rwanda, l’Ile Maurice, l’Egypte, montent en grade grâce à l’agrobusiness, au numérique, au tourisme, …bref aux services.

Dans la deuxième moitié Ouest du continent, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali (en dépit des attaques terroristes qui frappent ce dernier pays)… continuent à faire des émules en matière de croissance économique. Et le Maroc, que l’on situe aisément dans ce couchant du continent, a fini de montrer ses capacités à attirer l’investissement direct étranger tout en réinventant son orientation industrielle qui est allègrement passée d’une base textile et agroalimentaire vers l’automobile, l’aéronautique, …

C’est justement toute cette Afrique qui gagne que symbolise aujourd’hui la BAD, tout en l’accompagnant grâce à des dizaines de milliards de dollars injectées chaque année dans son économie.

Our BAD is not bad, Mr. Donald Trump !

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