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Cobalt, vers une traçabilité blockchain

Le prix du cobalt a été multiplié par 3,7 en deux ans, un record pour une matière première dopée par les marchés de la téléphonie mobile et surtout des voitures électriques.

La République Démocratique du Congo (RDC) qui détient la moitié des réserves mondiales de cobalt, a entrepris de réformer les modalités d’imposition des sociétés minières étrangères afin d’assurer que le pays tire mieux profit de ses ressources naturelles.

A cette réforme du code minier censée répondre à la problématique de répartition des richesses dans la filière du cobalt, s’ajoute d’importantes questions de traçabilité sociale et environnementale. Le récent rapport d’Amnesty International « Time to recharge » révèle qu’aucune des 29 entreprises interrogées n’assure son devoir de vigilance en adéquation avec les standards internationaux.

La chaîne d’approvisionnement du cobalt présente de graves risques sociaux et environnementaux, notamment de risques de pires formes de travail des enfants (cf. MW 01/02/16 – Cobalt, conflit de vigilance dans l’industrie électronique…). Leur prise en compte s’est notamment traduite par la création de la «Responsible Cobalt Initiative» sous l’impulsion de la chambre de commerce chinoise des métaux, minerais et produits chimiques et de l’OCDE, dont les géants Apple et Samsung sont notamment membres.

L’OCDE attentive à la notion de risque grave requiert des fondeurs et raffineurs de cobalt d’exercer leur devoir de vigilance sur l’amont de la chaîne d’approvisionnement. Afin de permettre cette traçabilité, un projet pilote est en cours en RDC utilisant la technologie blockchain, en mesure de garantir aux clients finaux une influence exemplaire, jusqu’à la mine.

Le but est de retracer toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement depuis la mise sous sac du cobalt à la mine jusqu’à la fonderie en passant par les divers intermédiaires, grâce à une « étiquette digitale » cryptographiée.

La technologie blockchain (cf. MW du 21/04/2016 – La révolution des blockchains, enjeux éthiques), utilisée à l’origine en matière de bitcoin, permet de conserver sur un registre informatisé les caractéristiques et informations du produit à chaque étape de la chaîne de valeur et en même temps de sécuriser ces données puisque le système de la blockchain est décentralisé. Là réside le grand avantage de cette technologie car chaque « nœud » de la blockchain détient toutes les informations enregistrées.

L’industrie du diamant y recourt déjà, même si la chaîne d’approvisionnement de ce minerai est moins complexe que celle du cobalt, 5 étapes contre 12. Sans compter qu’une des questions sensibles réside dans le risque de mélange du cobalt avant que l’étiquette digitale ne soit apposée, point de départ de la traçabilité…

Le recours à la technologie blockchain au sein de la filière du cobalt :

  •  illustre le potentiel des nouvelles technologies pour produire des données ESG fiables relatives à des chaines de valeurs complexes ;
  •  ouvre des perspectives intéressantes d’implication effective de parties prenantes de terrain dans le dispositif de vérification et suivi des données ;
  •  ne règle toutefois pas la question de la certification de la mine d’où est extrait le cobalt. Il y a fort à parier qu’IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance) se saisisse rapidement de la question afin d’articuler certification et traçabilité.

Les MutatioWatch citées sont disponibles sur demande. Plus d’information sur MutatioWatch, la note de veille sur les mutations normatives et sociétales liées aux enjeux ESG/RSE sur demande.

Par Pierre-Samuel Guedj
Président d’Affectio Mutandi
Président de la Commission RSE du CIAN – Conseil Français des Investisseurs en Afrique

Affectio Mutandi

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