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Comparaison n’est pas raison.

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Les GAFA, ces firmes technologiques américaines au pouvoir économique et financier,… quasi illimité, sont une formidable source d’inspiration. C’est en déroulant mon fil d’actualité sur Facebook justement que m’est venue l’idée de cet éditorial. Un post sur le sempiternel comparatif entre pays africains et asiatiques sur le retard ou la stagnation des uns et l’accélération des progrès des autres.

Beaucoup de vérités, certes. Mais si je devais apporter quelque chose sur ce parallèle dissonant, je dirais sans l’ombre d’un doute que les dix pays de l’Asie du Sud Est (Asean) sont des exemples à méditer. Car ils ne cessent de nous étonner, de montrer la voie. C’est très intéressant de benchmarker sur leurs modèles économiques réussis. Mais également sur d’autres pays non membres de ce club, notamment la Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan et la Chine.

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A y regarder de près, force est de constater que tous ces pays, – exceptée la Chine de Deng Xiaoping, le concepteur et l’architecte d’un “Pays deux systèmes”,- ont bénéficié massivement de l’aide venue d’ailleurs, particulièrement américaine. Des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars d’investissements, de la technologie à profusion, de la formation haut de gamme, des marchés nationaux ouverts aux échanges avec le reste du monde, … ont accompagné leur transformation économique et sociale. Car au sortir de la deuxième guerre mondiale, vu la lutte idéologique féroce entre l’Est et l’Ouest, c’était soit le parapluie financier et militaro-industriel américain, soit le basculement de la plupart de ces pays dans le camp communiste.

Aussi, ce genre de comparaison pouvait se faire avec l’Europe de l’Ouest, pour qui, sans le Plan Marshall, ne se serait jamais relevée des conséquences de la deuxième guerre mondiale. C’est grâce à cette formidable solidarité entre alliés que les Trente Glorieuses ont été possibles avec d’énormes bienfaits : la demande effective comme jamais dans l’histoire économique et sociale des nations permettant les conditions de mise en place d’une politique de consommation de masse et d’investissement sans laquelle le plan nataliste, le baby-boom, pour repeupler l’Europe dévastée n’aurait pas été possible.

Dans ce concert de redistribution des richesses au niveau international, un seul continent, l’Afrique, est resté « en rade ». C’est à croire qu’il existe un cartel international dont la philosophie est de lui tourner le dos.

Un mode de pensée simple qui dit à propos de ce continent : «N’y venons que pour (nous) apporter des solutions. Celles qui font bien à nos affaires, bien sûr». Voilà le rapport que beaucoup ont à l’Afrique. On y vient souvent pour puiser des ressources brutes qui n’y sont jamais transformées ou très peu. Cette pratique est le prolongement de ce qui se faisait dans bien de domaines. C’est le cas de la politique d’aménagement du territoire qui consistait à ne développer que les seules façades maritimes. Avec pour fonction (objectif) assignée aux infrastructures installées de vider le continent africain de ses richesses via différents ports.

C’est pour cela qu’il est insensé de comparer l’essor économique et social des pays asiatiques à celui du continent noir. Comparaison du genre : «en 1960 la Corée du Sud était au même niveau de développement que le Ghana… ». Ce genre d’observation ne résiste pas à la critique. Non seulement les pays asiatiques ont été protégés contre le communisme. Mieux encore, ils ont été soutenus massivement à tous les niveaux. La Corée du Sud en est un exemple. Quand les Américains quittaient ce pays, ils y avaient laissé quelque 50 000 entrepreneurs, constitués principalement d’ingénieurs et de techniciens de haut vol. Pendant ce temps, les pays africains subissaient les affres du colonialisme. Ceux d’entre eux qui étaient déjà indépendants, leurs premiers dirigeants, trop nationalistes au goût des ex-puissances coloniales, principalement la France, sont assassinés comme Patrice Lumumba au Congo, ou renversés comme Modibo Keita, au Mali, et Kwame Nkrumah au Ghana emprisonnés ou poussés à l’exil. Ils sont remplacés par des chefs d’Etat fantoches, sans principe, à la solde de l’ancien colonisateur. Comme le rappelle l’historien et politologue camerounais Achille Mbembe, professeur à l’Université du Witwatersrand (Johannesburg), dans une interview récente : «pourquoi, au terme de notre long commerce avec la France, nous sommes-nous retrouvés avec des États qui ne disposent pas de leurs monnaies propres, dont les armées sont chapeautées par des états-majors étrangers, dont le gros de la classe dirigeante possède des passeports étrangers,…». Dans ce schéma, toute stratégie de développement durable est tout simplement impossible. On connaît la suite dans le délitement économique et social que nous continuons de vivre.

Si d’un côté on a aliéné les uns, les autres se sont appuyés sur une multitude de facteurs pour se dégager non seulement de la tutelle étrangère mais en tirer largement profit. Cela explique les succès des économies extraverties asiatiques. En cela, elles ont été aidées par une forte insertion dans les échanges de valeurs internationales et les perspectives qui vont avec. L’Amérique et ses alliés ont largement contribué à ce succès.

L’Afrique a, quant à elle, besoin des mêmes égards non seulement pour son industrialisation mais surtout d’un réel appui à sa jeunesse très portée sur le numérique, domaine où son talent est réel. Ce n’est possible qu’avec la confiance placée en l’Afrique comme ce fut le cas en les pays asiatiques. N’est-ce pas ?

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