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Force conjointe du G5 Sahel recherche financements désespérément

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200 terroristes lâchés dans la nature, le 9 octobre dernier, 30 millions d’euros «décaissés», dit-on, par le Mali, la France et l’Italie, serviront à l’achat d’armes de guerre en provenance probablement d’un Etat libyen failli. C’est le lourd tribut payé pour la libération de quatre otages : un dirigeant de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, la Française Sophie Pétronin et deux Italiens. Un rapport de 1 à 50. Une inconséquence ? Les avis sont partagés.

Il est évident tout de même que c’est chèrement payé. Non seulement eu égard au versement d’une énorme rançon mais au sang versé, quelques jours après. Une vingtaine de soldats et de civils maliens tués par le Groupe de soutien de l’Islam et des Musulmans (GSIM), dirigé par le Touareg malien Iyad Ag Ghali, l’organisation terroriste qui venait d’effectuer la transaction gagnant-perdant. Certes, les gouvernements se doivent de tout mettre en œuvre pour venir en aide à leurs citoyens en détresse mais pas en agissant dans la précipitation. Ce qui semble avoir été le cas dans cette libération au goût de défaite.

L’échec du G5 Sahel n’est nullement celui des pays qui composent ce cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité, créé lors d’un sommet du 15 au 17 février 2014 par cinq États du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) mais de leur incapacité de faire front, ensemble, à un terrorisme rampant. La zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina ( le Liptako) constituant une infime portion du vaste territoire de 5 097 338 km² commun aux cinq pays devrait pouvoir être sécurisé si, réellement, la force conjointe était opérationnelle.


Le village malien de Farabougou est «pris en otage» pendant plusieurs jours par des présumés terroristes et les forces les plus aguerries (Mauritanie, Tchad) ne réagissent pas ! Pourtant, dans sa Charte, le G5S apparaît comme le pendant politique et économique sahélien de l’opération militaire française Barkhane et est destiné à améliorer la coordination des activités de sécurité et de défense entre les États du G5 Sahel.

Mais pour retrouver trace d’un engagement militaire commun, il faut remonter à décembre 2014. Une première opération militaire conjointe est réalisée entre les forces de l’opération Barkhane, du Niger et du Tchad sur une zone se situant à la frontière entre la Libye d’une part, le Niger et le Tchad d’autre part. Cette opération, dénommé Mangouste, est commandée depuis un poste de commandement tripartite situé au Fort de Madama.

L’échec militaire du G5S est aussi celui de la Force conjointe dont la création a été annoncée le 20 novembre 2015, à N’Ndjamena. Le projet de formation de cette force militaire anti-terroriste reste longtemps lettre morte mais est réactivé le 6 février 2017, sous le nom de Force conjointe du G5 Sahel (FCG5S).

L’Afrique sahélienne en ébullition

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Un budget de 400 millions d’euros

En juin 2017, la France demande au Conseil de sécurité des Nations unies d’approuver le déploiement de la force du G5 Sahel, et donc de lui accorder un financement. La proposition est soutenue par la Russie et la Chine, mais pas par les États-Unis et le Royaume-Uni. L’administration Trump ayant affiché son intention de réduire de manière conséquente la contribution américaine au budget des opérations de maintien de la paix. Un accord est cependant trouvé entre la France et les États-Unis et le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution qui «salue le déploiement» de cette force, mais sans lui délivrer un mandat des Nations unies, sous le Chapitre 7, et donc un financement.

L’argent étant le nerf de la guerre, l’opérationnalité de la force conjointe rencontre alors effectivement des problèmes pour se financer dans la mesure où ses pays membres figurent parmi les plus pauvres du monde. Le budget nécessaire à cette force est estimé à 400 millions d’euros, soit 2,79% du PIB des cinq pays du G5S réunis (58 milliards d’euros).

Les contributions versées ou simplement annoncées montrent que la force conjointe est encore loin du compte.

Selon l’Onu, sur les 415 millions d’euros promis en 2018 par la communauté internationale, un peu moins de la moitié a été déboursée (50 millions d’euros de l’Union européenne, 10 millions d’euros versés par chacun des cinq pays du G5 Sahel, 60 millions de dollars donnés par les USA, 30 millions par les Émirats arabes unis et 100 millions de dollars de l’Arabie saoudite gelés finalement par Riad pour protester contre l’ouverture de la France à l’Iran.

Pour vaincre le terrorisme au Sahel, les pays en première ligne doivent peaufiner leur stratégie de «containment» en sachant d’abord compter sur leurs propres forces. Mener une guerre asymétrique a plus de contraintes qu’un engagement militaire classique mais celle-ci invite également à utiliser les mêmes armes, le même modus operandi qu’un ennemi qui utilise tous les moyens de survie, y compris cette prise d’otages transformée en «sources» principales de financement de crimes transfrontaliers.

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