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Gouvernance : Pour lutter contre le changement climatique, attaquons-nous à la corruption

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Par Jim Anderson, Spécialiste principal en gouvernance, Banque mondiale

                         

Il est courant de considérer les priorités de développement comme des rivales dont chacune doit attirer à elle les gros titres et l’attention du public. Pourtant, les objectifs de développement sont bien souvent complémentaires.

Ainsi, le combat contre le changement climatique est le grand enjeu de notre époque, mais il a en réalité plus à gagner qu’à perdre de la résolution d’autres défis. C’est le cas de la lutte contre la corruption. Derrière les gros chiffres (a) qui circulent sur le coût de ce fléau, il y a les dommages concrets de la corruption : des investissements mal ciblés et des projets mal conçus, au détriment des dépenses nécessaires pour atténuer les effets de l’élévation du niveau de la mer et de la désertification. Les véritables coûts de la corruption résident dans la lenteur et l’inadéquation des réponses aux catastrophes naturelles, dont la fréquence augmente en raison du changement climatique. Les véritables coûts de la corruption se traduisent par un affaiblissement des marges de manœuvre budgétaire pour répondre aux besoins urgents tels que la crise climatique.

Il n’est pas surprenant que certains des secteurs si essentiels pour lutter contre les dérèglements du climat soient également connus pour leur exposition aux risques de corruption.  Les industries extractives (a), dont les coûts et les profits sont importants, sont depuis longtemps dans le viseur des défenseurs de l’environnement et de la lutte contre la corruption. L’ampleur de la rente tirée de l’exploitation des matières premières, l’éloignement des sites d’extraction et les déséquilibres de pouvoir entre les décideurs et les populations touchées par ces activités sont autant de facteurs qui créent un terrain propice à la corruption. Mais, au-delà du risque de captation des profits par les compagnies minières et les dirigeants kleptocrates, la corruption permet aussi de se soustraire plus facilement à la réglementation et à la restauration des sites, ce qui conduit à des dommages environnementaux et à une surexploitation des ressources. Selon le premier rapport d’évaluation des services de renseignement des États-Unis consacré au changement climatique (a), les pays dont les revenus dépendent des combustibles fossiles «peinent à diversifier leurs sources de revenus d’exportation en raison d’intérêts politiques puissants, d’une corruption endémique et de l’absence d’institutions économiques et juridiques».

La corruption sape d’autres efforts d’atténuation du changement climatique. La filière de la sylviculture durable (a), par exemple, doit se frayer un chemin au travers des méandres de la corruption (a), que ce soit au niveau des concessions, des services de répression, des douanes et des marchés étrangers, ce qui entraîne perte de revenus et gabegie (a). Les sources d’énergie renouvelables telles que le solaire sont prometteuses (a), à condition que la corruption ne détourne pas les subventions, ne gonfle pas les coûts et ne compromette pas leur efficacité.

Enfin, la corruption peut être un obstacle qui entrave l’action collective (a). Là où la politique et le monde des affaires sont étroitement imbriqués, les intérêts qui s’opposent aux modifications de la réglementation, de la fiscalité et à d’autres mesures nécessaires pour lutter contre le changement climatique tirent avantage de la frontière floue entre légalité et illégalité.

Même dans les pays qui luttent efficacement contre la corruption, les tentatives pour influencer les politiques climatiques sont inévitables et souvent couronnées de succès.  Mais dans les endroits où la corruption est mal maîtrisée, cette influence peut s’épanouir sans entrave. L’inégalité des capacités de lobbying (a), les pratiques de pantouflage et rétro-pantouflage et les conflits d’intérêts sont autant d’obstacles aux taxes sur le carbone (a). Et la mainmise sur l’État par des entreprises dominantes du secteur de l’énergie carbonée peut rendre plus difficile le développement d’autres sources, plus respectueuses du climat. Tous ces phénomènes ne se limitent pas à quelques cas dont le frein aux progrès serait minime, comme le confirme un coup d’œil à l’atlas corruption et climat (a) de Transparency International.

Si la lutte contre les diverses formes de corruption et de mainmise sur l’État peut être utile, certaines questions qui figurent déjà en bonne place sur l’agenda de la lutte contre la corruption sont étroitement liées au changement climatique. On peut ainsi espérer que l’élan mondial en faveur de la transparence de la propriété effective (a) et de l’élimination des sociétés-écrans (a) aura des retombées positives sur le climat. En outre, la prise en compte du risque de corruption dans la conception des projets de lutte contre le changement climatique (a) peut permettre de progresser vers ces deux objectifs.

Les comportements humains sont la cause du changement climatique. Certains types d’agissements peuvent en outre aggraver le problème et le rendre encore plus difficile à résoudre, comme ceux qui enfreignent les règles, à savoir la corruption.  Les initiatives visant à modifier ces comportements, à prendre en compte les risques et à tirer parti de l’expérience (a) pour trouver des modalités pratiques de lutte contre la corruption et la mainmise sur l’État (a) ne peuvent que favoriser les efforts destinés à combattre le changement climatique.

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