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Grand entretien : Andrew Alli, Président-directeur général de l’Africa Finance Corporation

Onze ans après sa création, Africa Finance Corporation (AFC) a atteint largement ses objectifs. L’institution financière panafricaine qui a fait de la lutte contre le déficit en infrastructures de l’Afrique son credo, suscite l’adhésion des Etats africains.

Andrew Alli, Président-directeur général d’AFC, revient sur les succès de l’institution qui a déjà investi plus de 4,5 milliards de dollars US dans des projets en Afrique.

«L’AFC a déjà investi plus de 4,5 milliards de dollars US dans des projets en Afrique»

AFRIMAG : En mars, le Malawi est devenu le 18ème Etat membre de l’Africa Finance Corporation (AFC) et quelques mois auparavant, c’était au tour du Bénin de rejoindre son tour de table. Comment expliquez-vous cet engouement des Etats africains ?

Andrew Alli, Président-directeur général de l’Africa Finance Corporation

Andrew Alli : Nous avons travaillé très dur au cours de ces dix dernières années pour faire d’AFC une institution panafricaine de classe mondiale. Aujourd’hui, les investissements que nous avons réalisés dans plus de 28 pays parlent d’eux-mêmes et les États africains en tirent profit. Ils apprécient notre expertise et notre engagement à catalyser les investissements dans les infrastructures sur le continent africain, et ils veulent que nous fassions plus.

A ce rythme, pouvons-nous dire qu’il viendra un moment où tous les Etats africains seront membres de l’AFC ?

Notre objectif est certainement d’avoir tous les Etats africains comme membres. L’AFC a été créé pour trouver des solutions typiquement africaines aux défis d’infrastructures africains. À mon avis, le continent a besoin d’organisations comme AFC – dirigées localement, avec des normes internationales – qui placent la durabilité au cœur des opérations.

Quels sont les avantages pour un Etat d’appartenir à l’AFC ?

Il y a un certain nombre d’avantages à être membre de l’AFC.

Premièrement, l’approche à long terme d’AFC : les investissements dans les infrastructures en Afrique exigent des investisseurs qu’ils adoptent une vision de longue période. C’est en partie pour cette raison que de nombreuses institutions traditionnelles, en particulier les sociétés de capital-investissement, se sont éloignées de ce secteur. Cela rend l’offre d’AFC très attrayante.

Deuxièmement, contrairement à d’autres institutions, AFC s’engage à investir dans des domaines où d’autres investisseurs ne le font pas. Par exemple, en 2017, nous avons investi dans Alufer Mining pour développer ses actifs de bauxite en Guinée Conakry, devenant ainsi l’un des premiers investissements majeurs dans le pays après la crise d’Ebola. En ce sens, les pays africains savent qu’avec AFC, ils sont aux côtés de partenaires crédibles.

Troisièmement, en plus d’être membres, les États africains peuvent également devenir actionnaires, comme c’est le cas pour les Républiques du Ghana et du Nigeria. L’actionnariat d’AFC est particulièrement attrayant pour ses États membres, étant donné notre forte performance en matière de rendement compétitif. AFC n’a jamais fait de perte dans aucune des années depuis sa création.

En février dernier, le Ghana qui était déjà membre de l’AFC, est devenu actionnaire. Quelle est la différence entre Etat membre de l’AFC et Etat actionnaire de l’AFC ?

AFC existe par traité entre les pays. Pour être membres, les États doivent adhérer à sa charte. Lorsque AFC a démarré ses activités, il a été aussitôt capitalisé avec 1 milliard de dollars US, donc il n’y avait pas d’urgence de lever des financements supplémentaires. L’objectif était d’aider à combler le déficit infrastructurel de l’Afrique. L’une des caractéristiques uniques de l’AFC en tant qu’organisation multilatérale est sa délimitation entre la structure d’adhésion et la structure d’actionnariat. Alors que la société autorise la propriété du secteur privé, seuls les États souverains peuvent être à la fois membres et actionnaires. En tant qu’institution financière internationale, l’adhésion des pays à l’AFC est importante pour pouvoir accéder à son statut multilatéral. Devenir membre de l’AFC est ouvert aux États africains, généralement par l’intermédiaire de leurs banques centrales, des fonds souverains, des fonds de pension de l’État ou d’institutions similaires. C’est également possible à partir d’institutions financières de développement régionales et sous – régionales, d’actionnaires institutionnels des secteurs privé et public, de banques privées, de compagnies d’assurance, de fonds de pension et autres sociétés.

Lors de son lancement, les parts d’AFC ont été divisées en deux catégories : État membre et actionnaire d’équité. L’intention était d’encourager les pays à devenir membres et de conférer à la Société un statut de créancier privilégié. En effet, alors que les Etats africains ont des budgets serrés, la demande d’un investissement en capital aurait retardé le processus de mise à disposition d’un statut de créancier privilégié. Le statut est critique en termes de réduction des risques de financement de projets, en particulier dans les marchés émergents d’Afrique, qui sont souvent perçus comme des investissements à haut risque.

Une décennie après sa création, nous redoublons d’efforts pour encourager les États membres à souscrire des actions. Nous travaillons en étroite collaboration avec Kreditanstalt für Wiederaufbau (KFW Development Bank ou KFW) pour établir et mettre en œuvre un programme d’aide financière souverain, destiné à financer la souscription et le paiement des actions AFC, par les pays africains membres de l’AFC. Nous estimons qu’à ce stade, pour que nous puissions augmenter notre contribution au développement économique de l’Afrique, les pays africains, en tant que parties prenantes de la Société, devraient également devenir actionnaires.

Aujourd’hui, quels sont les Etats africains actionnaires d’AFC ?

Les Républiques du Nigeria et du Ghana sont actuellement actionnaires d’AFC. Les autres pays membres incluent : le Bénin, le Cap-Vert, le Tchad, la Côte d’Ivoire, Djibouti, le Gabon, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry, le Kenya, le Libéria, le Malawi, le Rwanda, l’Ouganda, la Sierra Leone et la Zambie.

Fondé en 2007, AFC était détenu à ses débuts à une grande majorité par des institutions et entreprises nigérianes, notamment la Banque centrale du Nigeria. Quelle est actuellement la structure de son tour de table ?

AFC a été créé au Nigeria. Son objectif est de faire face au déficit important en infrastructures de l’Afrique.

Avec un déficit d’investissement de 68 à 108 milliards de dollars US par an, le manque d’infrastructures fiables (qui est généralement un catalyseur pour la croissance, l’industrialisation et le développement économique) continue d’entraver les progrès socio-économiques du continent. Africa Finance Corporation a été créé en 2007 alors que la Banque centrale du Nigeria dirigeait un partenariat public-privé avec la vision d’être la première institution financière africaine, dans le but de financer le développement des infrastructures africaines. Nos pères fondateurs croyaient en la nécessité pour l’Afrique de jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le déficit d’infrastructures. Le président Olusegun Obasanjo, alors président de la République fédérale du Nigeria, le professeur Charles Soludo, alors gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, qui a joué un rôle déterminant dans la création de l’AFC, a reconnu que le capital et l’expertise du secteur privé devaient être stimulés. Et l’investissement dans les infrastructures africaines doit être une priorité. C’est pourquoi nous sommes majoritairement détenus par des investisseurs du secteur privé, tout en maintenant des liens étroits avec les gouvernements qui sont essentiels pour que les projets que nous développons puissent démarrer et être durables.

Notre portefeuille est directement aligné sur les secteurs que nous croyons être les plus critiques pour la croissance à long terme de l’Afrique, mais ces investissements ne sont pas faits uniquement à des fins de développement. En raison de l’orientation commerciale de notre secteur privé, ces investissements doivent être rentables, durables et générer un dividende de développement. Je suis fier de dire qu’à AFC, nous avons progressivement amélioré notre rentabilité au cours de la dernière décennie. La Société a réalisé un bénéfice global total de plus de 170 millions de dollars US en 2017.

On cite toujours la Banque africaine de développement (BAD) parmi les adhérents potentiels de l’AFC. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que c’est la mission de la BAD de soutenir et de s’associer avec des institutions comme AFC. Les besoins de notre continent sont énormes pour être résolus par une seule institution. Il est dans notre intérêt de travailler en partenariat pour résoudre les nombreux défis auxquels notre continent est confronté. Bien que la BAD ne soit pas encore actionnaire, nous entretenons un partenariat étroit avec elle. Notamment à travers la mise à disposition d’une ligne de crédit de 200 millions de dollars US pour le cofinancement d’un parc éolien de 26 MW au Cap-Vert et, plus récemment, en tant que partenaires de développement dans la centrale hydroélectrique de Singrobo en Côte d’Ivoire.

A combien s’élève aujourd’hui les financements cumulés de l’AFC dans de projets structurants en Afrique ?

L’AFC a investi plus de 4,5 milliards de dollars US dans des projets en Afrique. Les investissements dans les pays francophones comprennent pour la Côte d’Ivoire le Pont Henri Konan Bédié, la Centrale hydroélectrique de Singrobo, le Port d’Abidjan et la Mine de Boniko.

Pour le Gabon, 140 millions de dollars US ont été investis dans la Zone économique spéciale, créée en 2010 pour accélérer la diversification et le développement économique de ce pays de l’Afrique centrale. Dans cette zone économique se trouve le géant mondial de l’agro-business Olam International.

 Longtemps tourné vers les pays anglophones, AFC investit de plus en plus aujourd’hui dans les pays d’Afrique francophone. Pourquoi ce virage ?

Le mandat d’AFC est d’investir en Afrique, partout où des opportunités viables se présentent. Évidemment, lorsque la Société a commencé ses activités au Nigeria, son expansion était d’abord centrée en Afrique de l’Ouest. Ensuite, nous avons continué sur l’Afrique de l’Est avant de mettre le cap sur l’Afrique australe et l’Afrique du Nord.

Quels sont les projets financés par l’AFC et pour lesquels vous êtes le plus fier ?

AFC accorde la priorité à l’investissement dans des projets et des entreprises susceptibles d’avoir un impact tangible sur les personnes, leurs communautés et l’économie de façon générale, et nous croyons que la clé du prochain chapitre de la croissance en Afrique est d’investir dans des sociétés offrant des services ou des produits industriels. Je pense que si je dois choisir les projets dont nous sommes fiers à AFC, je dirais entre autres :

• L’IPP de Cabeolica Wind Farm au Cap-Vert, qui fournit à un demi-million de personnes 20% de leurs besoins énergétiques tout en apportant simultanément notre contribution au plus grand défi de notre temps : la lutte contre le changement climatique;

• L’investissement de l’AFC dans le Pont Henry Konan Bédié à Abidjan – une étude d’impact a montré comment cette infrastructure moderne permet aujourd’hui aux parents d’élèves ivoiriens de doubler leur temps de contact journalier parent-enfant. Essentiel au développement des enfants – en réduisant significativement le temps de trajet. Aujourd’hui, pas moins de 2 millions de véhicules traversent le pont chaque mois;

• Main One Cable Company, dans laquelle AFC est le principal investisseur en actions, fournit des services de télécommunication innovants, des solutions de réseau et des services internet pour les entreprises en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, Main One fournit une connectivité directe à plus de 10 millions d’utilisateurs, dont plusieurs autres millions indirectement.

• Un accord de 350 millions de dollars américains pour financer un projet de 80 mégawatts de tourbe au Rwanda, ce qui améliorera l’accès à l’électricité pour les trois quarts de la population du pays actuellement hors réseau.

• L’investissement de 25 millions de dollars US dans la société pétrochimique égyptienne Carbon Holdings Ltd. Carbon Holdings opère principalement dans la Zone économique spéciale de Suez. En plus d’exporter des matières premières et des produits finis, la société vise à développer une plate-forme pétrochimique intégrée à grande échelle en Égypte pour tirer parti de la situation géographique stratégique du pays le long du canal de Suez.

Andrew Alli

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