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Grand entretien avec Roger Sahyoun, Président SOMAGEC Group

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Le rejet des eaux usées en mer ne devrait s’effectuer qu’après épuration des matières flottantes. Pourtant, beaucoup de villes côtières importantes ont été dotées d’un réseau d’égout arrivant vers un émissaire qui aboutissait sur une plage non fréquentée, dans une crique ou dans un amas de rochers. Cette solution est inacceptable.

Aujourd’hui, dans les pays soucieux de préserver l’environnement, le rejet d’eau n’ayant subi aucun traitement est tout simplement interdit en mer. La technique actuelle s’oriente vers des ouvrages sous-terrains entraînant les eaux usées traitées vers le large en des points éloignés. Sur ce créneau depuis 2004, le Groupe SOMAGEC qui est impliqué sur la plupart des projets de conduites en mer, est en train d’exporter son expertise sur le continent. Roger Sahyoun, Président du Groupe SOMAGEC, éclaire sur ces ouvrages pas comme les autres et les perspectives de ces types de projets en Afrique où on voit de plus en plus les bailleurs de fonds et les gouvernements mettre l’accent sur les projets environnementaux visant à équiper les villes par des systèmes d’assainissement modernes. Entretien.

tinmar 970

AFRIMAG : Le Groupe SOMAGEC a développé une ingénierie de classe mondiale dans les émissaires. En témoignent les nombreux ouvrages qu’il a exécutés au Maroc et en Afrique. Où vous vous situez dans ce domaine par rapport à ce qui se fait par les grands ténors au niveau mondial ?

Roger Sahyoun, Président SOMAGEC Group

Roger Sahyoun, Président SOMAGEC Group

Roger Sahyoun : SOMAGEC est une entreprise spécialisée dans les travaux maritimes. Elle a construit sa renommée au fil des années pour devenir aujourd’hui un acteur principal et incontournable en Afrique pour la réalisation des projets en mer de grande envergure. Cette connaissance de la mer, a été acquise au travers de nombreuses expériences au Maroc et en Afrique. Les conditions météorologiques marines le long des côtes Atlantique du Royaume, connues par leur caractère rude, ont poussé l’entreprise à développer une ingénierie avec des méthodes adaptées permettant de mener les projets dans de bonnes conditions de sécurité et de maîtrise de la qualité. Les projets de conduites en mer font partie de cette famille d’ouvrages maritimes pour lesquels les opérations doivent être bien préparées en amont et menées avec une grande précision lors de la réalisation. C’est avant tout un grand travail d’ingénierie qui permet de faire aboutir une solution et atteindre les objectifs fixés. La variété des projets et des sites de réalisation avec des contraintes spécifiques à chaque site poussent également à un développement en amont de l’ingénierie pour le choix de la solution optimale. Il n’y a pas de solution unique et la méthode faisable sur un site ne l’est pas sur un autre. Forte de son ingénierie de projet développée à travers différentes expériences, SOMAGEC a su être précurseure dans la proposition et la réalisation de solutions innovantes adaptées aux contextes des projets et des sites. Ce développement de l’ingénierie a pu être réalisé en partie grâce à un partenariat que SOMAGEC a su mettre en place et fidéliser au fil des projets avec des entreprises internationales spécialisées chacune dans son secteur, réunies pour apporter chacune son savoir-faire dans une partie ou une composante du projet. Ainsi, des solutions de réalisation de la partie d’atterrage (zone de surf) du projet par des techniques d’ouvrages souterrains (micro-tunnelier, forage dirigé) ont été développées avec succès par SOMAGEC et ses partenaires sur des projets d’envergure réalisés au Maroc. On peut même affirmer que pour certains projets la méthodologie adoptée constituait une première à l’échelle mondiale.

Quels sont les grands ouvrages que le Groupe SOMAGEC a réalisés jusque-là ?

SOMAGEC a commencé à développer son savoir-faire sur les projets de conduites en mer au Maroc en 2004. Le premier projet fut celui de l’émissaire en mer de Mzar au sud d’Agadir achevé en 2006. Elle a remporté depuis presque la totalité des projets lancés par les donneurs d’ordre publics ou privés dans les différentes villes du Maroc et ce, en proposant pour chaque projet une approche technique adaptée optimisant la réalisation et sécurisant l’ouvrage. A ce jour SOMAGEC a à son actif la réalisation au Maroc de huit (8) rejets en mer par émissaires longs. Pour chaque projet, la technique mise en place pour la réalisation a été retenue en tenant compte des conditions spécifiques du site. Les ouvrages les plus spectaculaires en termes de technique et de taille restent les émissaires réalisés avec une partie au micro-tunnelier sous-marin prolongée par un tronçon de conduite en mer. Le premier ouvrage réalisé avec cette technique est l’émissaire de Rabat en 2009 (800 ml de tunnel sous la mer prolongés par une conduite en PEHD de 1350 ml avec un diamètre de 1900 mm), ont suivi après l’émissaire en mer de Sidi Bernoussi à Casablanca en 2014 (1000 ml en tunnel et 1200 ml en conduite de prolongement de diamètre 2100mm) et celui de Salé en 2018 (800 ml en tunnel et 1300 ml en conduite de prolongement de diamètre 1800mm).

Dans le domaine des émissaires, quelles sont les approches techniques développées par SOMAGEC au Maroc pour un meilleur impact sur l’environnement en général, marin en particulier ?

Les méthodes traditionnelles de pose de conduites en mer sont basées sur le principe de tranchées dans la zone de l’estran jusqu’à la fin de la zone de déferlement. Il s’agit de travaux lourds où il faut soit ouvrir la tranchée suffisamment large pour éviter sa re-fermeture sous l’effet des houles soit construire une digue provisoire en mer pour battre un double-rideaux de palplanches à l’intérieur duquel la conduite sera posée.

Ces méthodes ont bien évidemment des conséquences sur le milieu marin dans la zone traversée comme la destruction des récifs, l’impact direct sur la faune et la flore marines, les mouvements de terres, etc…
Les nouvelles approches développées par SOMAGEC et mises en place au Maroc sur plusieurs projets consistent à faire appel aux techniques des ouvrages sous-terrains pour le franchissement de la zone de déferlement (zone de surf) avec selon les cas soit tirage de la conduite à l’intérieur d’un forage dirigé (émissaires El Jadida et Agadir Anza) soit fonçage de la conduite par micro-tunneling (émissaires de Rabat champ de tirs, de Casablanca Sidi Bernoussi et de Salé).

Ces méthodes sont maintenant éprouvées et leur efficacité sur le plan environnemental a été démontrée. Elles conservent les fonds marins intacts dans la zone traversée. Mis à part la réduction de l’impact environnemental pendant les travaux, il est important de signaler qu’un projet de dépollution dans sa globalité intégrant le traitement et le rejet par émissaire en mer, a un impact important après sa mise en service. Il permet de supprimer la multitude de rejets directs dans le milieu naturel d’eaux usées brutes polluant la côte et améliore ainsi les conditions d’hygiène et de santé des populations concernées. Il permet également de préserver les ressources halieutiques et de favoriser le développement des projets touristiques et d’animation le long de la côte.

Et que peut-on dire de l’expérience marocaine en Afrique dans les conduites en mer ?

Un projet de conduite en mer constitue un maillon dans la chaîne d’un projet global. Il peut s’agir soit d’un projet de dépollution de la côte où les différents rejets parasites sont collectés vers un site de traitement et d’épuration suivi par un rejet par un émissaire marin comme cela a été le cas dans la plupart des grandes villes marocaines, soit d’un projet de prise d’eau de mer ou rejet de saumure pour une usine de dessalement soit encore d’une prise d’eau de mer ou d’un rejet d’effluents pour des besoins industriels comme le refroidissement des installations d’une centrale électrique, ou autres.

Les perspectives sont donc nombreuses pour ce type d’ouvrage en Afrique où on voit de plus en plus les bailleurs de fonds et les gouvernements mettre l’accent sur les projets environnementaux visant à équiper les villes par des systèmes d’assainissement modernes.

SOMAGEC a eu l’occasion d’exporter ce savoir-faire vers d’autres villes Africaines et a réalisé en 2013 un rejet par émissaire marin à l’aval de la station d’épuration dans le cadre du projet global d’assainissement liquide de la ville de Bata en Guinée Equatoriale.

Nous participons également à d’autres projets en cours qui sont au stade d’études ou d’appel d’offres au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Au Maroc, maintenant que les grandes villes côtières sont presque toutes équipées de systèmes de dépollution et les rejets marins sont déjà réalisés, SOMAGEC poursuit son développement dans la réalisation des ouvrages de prises d’eau de mer dans le cadre des projets de dessalement lancés par le Royaume.

Le dernier émissaire que le Groupe SOMAGEC a livré courant 2019 est celui de Salé. Comment a-t-il été réalisé et quelle nouveauté avez-vous intégré à cet ouvrage par rapport à ceux qui l’ont précédé ?

L’émissaire en mer de Salé livré en octobre 2019 fait partie du système de dépollution de la façade atlantique Salé-Bouknadel mis en place par la REDAL (Groupe Véolia).

Cet ouvrage à l’aval de la station de prétraitement a pour objectif d’évacuer les eaux traitées en mer à une distance de 2,1 km de la côte et à une profondeur voisinant les 25m. Il est dimensionné pour un débit de 5,2 m3/s correspondant environ à 1,6 millions d’habitants.

Le site de départ de l’émissaire de Salé situé en haut d’une falaise rocheuse à plus de 35m au-dessus du niveau de la mer a nécessité l’adoption de la technique de tunnel pour le franchissement de la zone de déferlement. L’ouvrage a comporté les parties suivantes :

  • Un puits de chute de 10,6 m de diamètre descendu à une profondeur de 35m par apport au terrain naturel et réalisée à l’aide d’une paroi moulée ancrée à 44 m sous le niveau du terrain naturel pour assurer une coupure étanche au fond du puits.
  • Une conduite en béton armée de diamètre intérieur 1900mm mise en place par fonçage à partir du puits sur 800 ml à l’aide d’un micro-tunnelier sorti en mer à la cote -14 mZH.
  • Une conduite en PEHD de diamètre extérieur 1800 mm de 1,3 km, fabriquée en Norvège en trois tronçons tractés en mer jusqu’à la zone de préfabrication au port de Mohammedia où ils ont été confectionnés, assemblés puis acheminés sur site à Salé et mis en place en prolongement de la partie tunnel en deux opérations de coulage : un tronçon de 853 ml et un autre de 427 ml comprenant la
    zone des diffuseurs sur 254 ml atteignant la profondeur -28 mZH.

Le puits de départ du tunnel était dans le cas du projet de Salé bien plus profond de ceux réalisés auparavant et ceci pour répondre aux contraintes topographiques du site. La conception à Salé a également tiré des enseignements des expériences précédentes avec l’utilisation des parois moulées profondes permettant une bonne maîtrise des arrivées d’eau.

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