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Invité du mois : Isabelle Bebear, Directrice des Affaires internationales et européennes de Bpifrance

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Bipfrance, la banque publique d’investissement de l’Etat français, et Proparco, une filiale de l’Agence française de développement (AFD) des entreprises, lancent sur le continent africain un 4ème véhicule : Averroès Africa. Un fonds doté de 100 millions d’euros et destiné à favoriser le développement du capital-investissement sur les 54 marchés en Afrique. A en croire Isabelle Bebear, la Directrice des Affaires internationales et européennes de Bpifrance, «l’équipe d’Averroès Africa aura à cœur de maximiser l’impact de ses investissements en matière environnementale, sociale et de gouvernance, en ligne avec les engagements pris par Bpifrance et Proparco». En tout cas, la vocation affichée de ce nouveau véhicule est de mobiliser et orienter des capitaux publics et privés vers des secteurs parmi les plus dynamiques et porteurs d’impact du continent.

Isabelle Bebear livre dans cette interview les ambitions de Bpifrance en Afrique.

 

«70% du fonds Averroes Africa servira à investir dans des fonds de capital-développement, multisectoriels et panafricains»

 

AFRIMAG : Bpifrance vient de lancer avec son partenaire Proparco son 4ème fonds de fonds pour l’Afrique, baptisé Averroès Africa. En termes de stratégie d’investissement, qu’est-ce qui a changé comparée aux trois opérations précédentes ?

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Isabelle Bebear, Directrice des Affaires internationales et européennes de Bpifrance

Isabelle Bebear, Directrice des Affaires internationales et européennes de Bpifrance

Isabelle Bebear : Notre stratégie d’investissement a évolué avec le marché africain. Nous avons commencé à investir en Afrique du Nord en 2002, car c’était la région du continent la plus développée en matière de capital-investissement. C’est en lançant le troisième fonds, Averroès Finance III, que nous avons décidé d’élargir notre thèse d’investissement à toute l’Afrique, en misant sur des fonds multisectoriels et panafricains. Nous nous sommes aussi intéressés au très fort développement de la tech en Afrique en investissant dans notre premier fonds de capital-risque africain, Partech Africa. Au travers de ces investissements, nous sommes ainsi indirectement présents dans plus de 40 pays aujourd’hui.

 

Qui sont les cibles de ce fonds ? Et pourquoi ce choix ?

Pour Averroes Africa, notre 4e fonds, nous maintenons la même thèse d’investissement, avec une taille cible de 100 millions d’euros. Nous investirons des tickets de 5 à 15 millions d’euros dans chaque fonds avec une ouverture sur les 54 pays du continent. Globalement, au moins 70% du fonds servira à investir dans des fonds de capital-développement, multisectoriels et panafricains. Mais compte tenu de l’évolution du marché africain, nous prévoyons d’investir jusqu’à 30% du fonds dans des fonds de capital-risque et ou des fonds sectoriels.

Au-delà de la performance financière, l’équipe d’Averroès Africa aura à cœur de maximiser l’impact de ses investissements en matière environnementale, sociale et de gouvernance, en ligne avec les engagements pris par Bpifrance et Proparco. L’équipe cherchera également, comme pour les véhicules prédécesseurs, à générer des flux d’affaires entre les entreprises africaines en portefeuille et les entreprises françaises soutenues par Bpifrance et désireuses de saisir les opportunités offertes par le marché africain.

 

Bpifrance est plus connue en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne qui intéresse pourtant de nombreuses entreprises françaises ? Comment l’expliquez-vous ?

Nos interactions avec les pays d’Afrique du Nord sont anciennes, mais si vous interrogez les acteurs économiques d’Afrique de l’Ouest vous noterez que nous y sommes de plus en plus visibles, grâce à nos investissements dans des fonds, mais aussi notre action de conseil aux gouvernements qui veulent créer des outils de financement et d’accompagnement comme Bpifrance, ou encore grâce à nos financements en crédit export que nous accordons de plus en plus sur cette zone aux acheteurs de produits ou de services français. L’Afrique de l’Est et du Sud nous connaissent moins bien. Nous tâchons de progresser dans cette géographie qui est aussi à fort potentiel de développement notamment pour nos entreprises clientes françaises. A cet effet, nous venons d’ouvrir un bureau au Kenya. Deux représentants de Bpifrance y sont installés.

 

La France qui semble perdre du terrain en Afrique subsaharienne au profit d’autres pays africains comme le Maroc, le Nigeria, l’Afrique du Sud ou d’ailleurs : la Turquie, l’Inde, la Chine…, est-elle appelée à revoir sa stratégie ?

Je ne partage pas ce regard négatif sur la position de la France en Afrique. L’Afrique se développe, elle attire donc de nombreuses entreprises et c’est une excellente nouvelle. Mais la France reste un partenaire commercial important pour l’Afrique. Nous sommes le 2e pays européen exportateur vers le continent, en particulier dans les secteurs des énergies renouvelables, du numérique et de la ville durable. Les IDE français en Afrique ont aussi été multipliés par 10 entre 2000 et 2017 et représentent le 3e stock le plus important, après le Royaume-Uni et les États-Unis. En 2017, 30 % des IDE étaient destinés à l’Afrique du Nord, alors que l’Afrique subsaharienne était en progression : + 6 points entre 2014 et 2017. Nous n’avons pas à rougir de ce bilan, même si nous pouvons bien sûr toujours faire mieux.

Par ailleurs de nombreux groupes français, plus de 1 100, sont implantés en Afrique avec plus de 2 109 filiales, ce qui fait de la France l’un des premiers employeurs d’Afrique subsaharienne: près de 470 000 emplois directs et indirects résultent de la présence économique française. La concurrence internationale est certes très forte, mais la démarche de relation gagnant – gagnant proposée par la plupart des entreprises françaises est un énorme avantage comparatif. L’importance de ces partenariats devrait donc grandir, avec une recherche d’impact positif sur les sociétés. La plupart des entreprises françaises mettent en place des programmes de formation professionnelle en interne à destination de leurs employés. Elles ont à cœur de respecter les normes mises en place au niveau international, notamment environnementales, sociales et de sécurité, et de promouvoir les bonnes pratiques en matière de qualité.

Le désengagement de grands groupes français en Afrique subsaharienne n’explique-t-il pas en partie le retrait des banques françaises dans cette région et inversement ?

De manière générale, il me semble que beaucoup d’arbitrages en défaveur de l’Afrique sont liés à une perception erronée du couple risque/rentabilité sur le continent. Nous sommes plusieurs acteurs, comme le CIAN et le Medef International, à tenter d’informer, convaincre et surtout accompagner les entreprises sur le terrain pour leur faire connaître le véritable potentiel de cette zone. Concernant les banques, il faut bien admettre que leur chiffre d’affaires par pays pèse très peu dans leur chiffre d’affaires global. L’entrée en vigueur de la ZLECAf va néanmoins dans le bon sens pour attirer ces acteurs financiers dans le futur. La Société Générale qui est très développée sur le continent sera en première position pour profiter de cette évolution.

 

La ZLECAF entre en vigueur officiellement le 1er janvier 2021. Est-ce une bonne nouvelle par rapport à votre stratégie d’investissement en Afrique ?

Oui bien sûr, car la Zone de libre-échange continentale africaine représente une vraie opportunité pour stimuler la croissance. 
Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, la ZLECAf pourrait rapporter à l’Afrique 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires soit une hausse de 7%. La libéralisation des tarifs douaniers, de même que la réduction des barrières non tarifaires comme les quotas et les règles d’origine, devraient permettre d’augmenter les revenus, tout comme les mesures de facilitation du commerce qui limiteront les formalités administratives, abaisseront les coûts de mise en conformité pour les sociétés commerciales, et faciliteront l’intégration des entreprises africaines dans les chaînes logistiques mondiales. La création d’un marché à l’échelle du continent exigera néanmoins une action volontariste de la part de tous les dirigeants africains. Il faudra pour cela adopter des législations permettant aux marchandises, aux capitaux et aux informations de circuler librement et facilement à travers les frontières. Les pays qui y parviendront pourront attirer les investissements étrangers et stimuler la concurrence, facteurs d’augmentation de la productivité et de l’innovation des entreprises nationales. Bpifrance se présente pour accompagner les entreprises françaises qui s’inscriront dans ce mouvement.

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