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Mamadou Diarrassouba, Directeur général de Digitale Finances : L’impact disruptif de Digitale Finances

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Le monde de la finance, dite traditionnelle, est confronté depuis longtemps à une profonde transformation marquée par une sorte de défiance vis-à-vis des banques. Une défiance accentuée par la crise financière de 2008 marquant l’attrait croissant du public pour les offres de solutions numériques portées par les fintechs qui, elles, offrent de nouvelles modalités d’accès et de fourniture de services financiers. Pour autant le match n’est pas gagné. En Côte d’ivoire par exemple, «les fintechs représentent à la fois des opportunités et des défis», fait remarquer Mamadou Diarrassouba, Directeur général de Digitale Finances. Est-ce la technologie qui détient la clé du problème ou plutôt un cadre réglementaire dédié à la nouvelle finance ? Car aucune startup fintech ne peut compenser les lacunes systémiques accumulées toutes ces années, par un avantage de qualité ou de coûts. Interview.

 

AFRIMAG : On assiste à l’émergence des fintechs en Afrique. Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer Digitale Finances ?

Mamadou Diarrassouba, Directeur général de Digitale Finances : L’impact disruptif de Digitale Finances

Mamadou Diarrassouba, Directeur général Digitale Finances

Mamadou Diarrassouba : Oui en effet, les fintechs se multiplient sur notre continent car elles ont su, à mon sens, identifier les besoins mal desservis par les acteurs de la banque et des finances classiques. Les fintechs sont à la recherche des nouveaux marchés liés à de nouveaux usages. Notre initiative s’inscrit bien sûr dans ce cadre, c’est-à-dire identifier les insuffisances de ces acteurs mentionnés en sus et essayer de trouver des solutions sur mesure pour chacune des parties prenantes.

En effet, après plus de 13 années passées dans les assurances, le corporate et le retail banking, il était indubitable pour nous d’essayer de nous adapter aux nouvelles habitudes de consommation dans ce monde qui change à vive allure et encore plus dans ce contexte de crise sanitaire sans précèdent.

Au début des années 2000, les Telcos (entreprises de Télécommunication) ont su très rapidement trouver des solutions adaptées aux diverses mutations en intégrant au numérique divers services financiers de base et sans contrainte documentaire.

Parce que les banques et établissements financiers n’ont pas suivi du fait de diverses contraintes règlementaires ou organisationnelles, il était indispensable pour nous, de repenser la banque et les services financiers, ce qui a motivé la genèse de Digitale Finances.

En plus d’être une «Paytech», Digitale Finances se veut être une fintech qui saura se démarquer des autres à la lecture de la panoplie des besoins qu’elle couvre mais aussi pour la pluralité des secteurs d’activités qu’elle couvre : banques, microfinances, compagnies d’assurances, SGI et Asset Management ou tout type d’organisation.

Digitale Fiances donnera un véritable coup de pied au conservatisme ambiant des milieux financiers. Loin de s’opposer aux banques traditionnelles, elle essaiera de cohabiter en harmonie avec les poids lourds du secteur de la finance au service d’un objectif qui les réunit : le client.

Qui est Digitale Finances ?

Digitale Finances est une startup qui évolue dans le domaine de la finance technologique (fintech) et qui souhaite par le truchement de ses projets, révolutionner, voire repenser les services financiers en Côte d’Ivoire et dans la sous-région, avec un fort impact sur le taux d’inclusion financière. Elle propose à ses clients, particuliers, PME, entreprises et institutionnels sa marketplace bancaire/financière «Digitale Services» ; son offre de terminaux de payement électronique physiques multi-usage «Digitale Pay» ; Son application Web et mobile gratuite «Trouve Ton GAB» ; Sa carte bancaire prépayée «Digitale Card».

Digitale Finances est en outre intégrateur de solutions d’entreprises et intervient pour le compte de divers acteurs du monde bancaire ou financier mais sait aussi s’adapter à tous les secteurs d’activité.

Digitale Finances a développé une Marketplace d’intermédiation bancaire et financière baptisée «Digitale Services». En quoi consiste ce service technologique innovant. Quel est son objectif ? 

Parce qu’emboîter le pas de la transformation digitale nécessite des efforts colossaux et même des efforts du point de vue budgétaire et organisationnel pour les acteurs de l’écosystème bancaire et financier, Digitale Finances a pensé la première Marketplace financière africaine qui proposera l’ensemble des produits et services fournis par les banques, les microfinances, les compagnies d’assurances, les SGI et Asset Management, et même les compagnies de transfert d’argent, etc.

Avec Digitale Services, imaginez-vous sur la rue des banques en ligne, ou sur le e-boulevard des assureurs de la place.

En somme, ce projet consiste au développement et à la mise à disposition d’une plateforme web et mobile sécurisée et moderne, orientée grand public et entreprises et qui simplifiera l’accès à l’ensemble des produits et services bancaires et financiers de base et ce, partout où vous soyez, 7j/7 et 24h/24.

Concrètement, comment les institutions financières-cibles et les particuliers pourraient trouver leur compte dans l’offre de Digitale Sevices ?

En ce que Digitale Service, la première marketplace financière africaine en ligne, se veut être l’intermédiaire financier qui simplifie l’accès aux produits et services proposés par les institutions de microfinances, les banques de détail, les banques de financement, les compagnies d’assurances, les SGI et Asset Management, les compagnies de transfert d’argent, les sites d’achats et de paiements en ligne etc. D’ailleurs l’impact direct de Digital Services pour les bénéficiaires effectifs (particuliers, PME, entreprises et institutionnels) reste l’accessibilité des services bancaires et financiers dans une concurrence saine.

L’usager pourra réaliser son benchmark et par la suite sélectionner le produit ou le service adapté à ses besoins, à son budget mais aussi à sa géolocalisation par exemple. Celui-ci n’aura plus à se déplacer pour se rendre dans l’établissement bancaire ou financier afin d’y réaliser une entrée en relation ou même une transaction. Aussi, il n’aura plus à venir en vacances au pays pour bénéficier des services basiques proposés par nos partenaires.

Pour nos différents paritaires bancaires et financiers, les avantages sont multiples car avec notre offre All-In-One ils pourront disposer d’une place de marché sur notre site de vente en ligne, de la refonte du site internet de l’entreprise et une application mobile. Aussi de la distribution de leurs produits 24h/24 et 7j/7, de la collecte ainsi que le traitement des données avec nos outils de business intelligence et de la réduction drastique des charges d’exploitation avec nos solutions multicanales. D’où mon conseil incessant à nos partenaires d’arrêter leurs investissements non maîtrisés dans le digital pour profiter de la panoplie de solutions sur mesure qu’offre Digital Finances.

Mon second message sera un plaidoyer adressé aux régulateurs. Nous comptons sur la compréhension et la flexibilité de ceux-ci pour la mise en route de la 4eme révolution industrielle, celle du numérique/du digital. La facilitation de certains processus comme la signature électronique ou le KYC en ligne permettra à chacune des parties prenantes d’y trouver pour son compte tout en mettant en avant la satisfaction client et l’impact assez considérable sur l’inclusion financière.

A l’instar de toutes les startups, Digitale Finances cherche à monter en puissance. A quand une levée de fonds en vue d’accélérer sa croissance ?

L’accès au financement est la difficulté majeure que nous rencontrons comme toutes les fintechs. Nous avons tous débuté sur fonds propres.

Aussi, les institutions financières ivoiriennes ne semblent pas accorder une grande crédibilité aux fintechs, au regard de l’asymétrie d’information qui prévaut dans ce domaine novateur. Nous avons encore nos demandes de financement au niveau de plusieurs banques de la place et nous continuons à leur proposer nos services en tant que partenaire et bénéficier ensuite de leur concours financier. Dans l’intervalle, nous continuons de travailler sous fonds propres.

Par ailleurs, nous avons également sollicité plusieurs fonds d’investissement mis en place par les partenaires au développement, mais très souvent, nous nous sommes heurtés à des prérequis ne correspondant pas à la réalité́ de l’écosystème des fintechs ivoiriennes. Nous espérons qu’après la lecture de mes écrits, la tendance sera inversée. Nous restons aussi ouverts à tout modèle de capital-Investissement pour le maintien de notre entreprise.

Après le marché ivoirien, Digitale Finances envisage-t-elle d’étendre ses activités dans la zone de l’UEMOA ?

Oui, nous comptons étendre nos activités sur tous les pays francophones de la sous-région ainsi qu’à ceux du Maghreb et ce, d’ici à 2025.

Nous réalisons en ce moment des études de marché ainsi que des due diligences pour la signature de MOU et ou la signature avec des fintechs des pays de présence. Les marchés anglophones seront notre next step (la prochaine étape).

Justement, beaucoup estiment que les fintechs sont l’avenir à la fois des nouvelles technologies en Afrique et de la Finance. En revanche, c’est dans les pays anglophones qu’elles se développent le plus rapidement. Qu’est-ce qui l’explique?

Je suis d’avis avec vous, les fintechs se développent le plus rapidement dans les pays anglophones. Prenons le cas du Nigeria par exemple, ce pays est l’une des plus grandes puissances économiques en Afrique, mais également le plus peuplé. De plus, il fait partie des trois hubs fintechs basés sur le continent. Les revenus fintechs atteindront environ 543 millions de dollars US d’ici 2022, grâce à la plus grande pénétration (et utilisation) des smartphones. Selon le rapport de la GSMA, sur l’économie mobile 2019, le Nigeria compte 100 millions d’abonnés uniques, et ce chiffre devrait atteindre les 125 millions en 2025.

Le pays compte également 126 millions d’utilisateurs actifs d’Internet.

Le Nigeria a une forte culture entrepreneuriale ; il obtient un score élevé́ en ce qui concerne l’indice de création de startups sur le continent. Si l’Afrique du Sud est en tête du classement, le Nigeria se démarque de leaders régionaux tels que le Ghana et le Kenya, et dépasse des pays tels que l’Inde, l’Indonésie et le Mexique.

L’écosystème des fintechs se concentre essentiellement à Lagos et à Abuja, marquant une importante fracture géographique et sectorielle dans l’utilisation des services financiers numériques. Lagos est un hub très actif avec des incubateurs dynamiques, un centre financier de classe mondiale, des sociétés de capitaux et des fintechs. Abuja, qui est la capitale politique, a développé un hub qui attire de plus en plus d’acteurs.

L’Etat nigérian et le régulateur ont mis en place une règlementation assez souple ainsi qu’une politique d’accompagnement des fintechs.

En côte d’Ivoire, les fintechs représentent à la fois des opportunités et des défis pour améliorer l’accès aux services financiers sécurisés ainsi que leur utilisation.

Cependant, l’amélioration de l’inclusion financière et l’essor de l’écosystème fintechs en Côte d’Ivoire dépendra notamment de réformes juridiques, réglementaires et institutionnelles encadrant le paiement numérique, mais également d’un secteur privé inclusif, du renforcement des compétences managériales des fintechs, et d’un accès abordable et transparent aux plateformes partagées.

L’Etat ivoirien pourrait également avoir un rôle phare à jouer dans la définition d’une stratégie pour l’économie numérique qui tienne compte des besoins des fintechs, à savoir l’accès aux interfaces (Codes QR, USSD, API), les normes de cybersécurité et l’interopérabilité. Enfin, l’adoption d’un décret sur la numérisation des paiements gouvernementaux pourrait élargir les opportunités et renforcer la place des fintechs dans l’écosystème des services de paiement en Côte d’Ivoire.

Comment les startups des pays francophones peuvent-elles faire pour rattraper leur retard et surtout capter les importants fonds de capital-investissement intéressés par l’Afrique ?

Malgré́ l’afflux de nouveaux acteurs dans l’écosystème des fintechs ivoiriennes, l’accès au financement aux premiers stades de leur développement constitue un défi.

Aussi, les banquiers locaux ne financent que ce qui est tangible et croient de moins en moins aux Startups/Fintech car impossible pour elles de se projeter à moyen et long terme.

Ainsi pour ma part, le programme fintech de Bali serait la solution. C’est un schéma directeur permettant d’accompagner les pays dans leurs discussions de politique intérieure au sujet des avantages et risques inhérents aux fintechs. Ces considérations sont assorties de recommandations qui pourraient servir de guide à l’élaboration d’une politique de soutien au développement des fintechs dans les pays francophones.

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