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Maroc: le dégroupage, un boulet pour le développement des télécoms

Plus de 20 ans après la libéralisation du secteur des télécommunications au Maroc, le dégroupage continue de faire couler beaucoup d’encre. En mai dernier, c’est même la Cour des comptes qui s’est fendu d’un rapport fustigeant la lenteur du dégroupage de la boucle locale, considéré comme «un frein à l’accès aux services télécoms».

Mais avant d’aller plus loin, de quoi parle-t-on exactement ? Pourquoi le dégroupage constitue-t-il, à ce point, un enjeu majeur pour le développement du secteur des télécoms dans sa globalité ?

Introduit en 2005 comme un levier essentiel de régulation du secteur, le dégroupage est une mesure qui invite l’opérateur historique à partager une partie de ses infrastructures avec les nouveaux entrants sur le marché afin qu’ils puissent exploiter, selon des termes bien définis, la boucle locale de cuivre et proposer ainsi des offres concurrentielles concernant le fixe et l’ADSL essentiellement.

Ainsi, plutôt que d’imposer à chaque nouvel opérateur de dupliquer la même architecture de raccordement existante (avec ce que cela implique en termes de travaux urbains et de chantiers sur tout le territoire), le dégroupage fixe les règles pour un partage harmonieux, juste et équilibré de cette infrastructure, financée en grande partie par les pouvoirs publics.

Il y a aujourd’hui 2 millions de foyers déjà équipés ne bénéficiant pas encore du service

internet haut débit ADSL. Or, le dégroupage devient essentiel pour généraliser rapidement l’accès à Internet au niveau national et éviter que le Maroc ne souffre pas d’un sous-développement numérique.

Blocages sur le terrain

Sur le terrain la situation est toute autre. « Malgré leur introduction depuis 2005, la mise en œuvre de certains leviers de régulation, comme le dégroupage, la co-localisation et le partage des infrastructures, connaissent toujours des problèmes opérationnels et tardent à produire les effets escomptés sur le secteur », peut-on notamment lire sur le rapport de la Cour des comptes.

14 ans de blocage et de tergiversations injustifiés qui ont eu un impact extrêmement négatif sur le secteur. « Les réseaux fixe et large bande sont relativement faibles et n’ont pas évolué sur les cinq dernières années, et ce contrairement au mobile », constatent les auteurs du rapport de la Cour des comptes.

Les chiffres officiels confirment d’ailleurs cette réalité. Sous l’effet de la concurrence, le taux de pénétration du mobile dépasse aujourd’hui les 130%. L’Internet mobile représenté 94% des connexions dans le Royaume et les habitudes de consommation explosent.

Mais du côté des connexions fixes et ADSL, le tableau est beaucoup moins reluisant. En 18 ans, le parc des abonnées fixe a presque stagné, passant de 1,5 million d’abonnés en 1999 à seulement 1,8 million d’abonnés en 2017.

Si le Maroc compte plus de 3 millions de foyers raccordés par le cuivre, ce qui représente environ la moitié des foyers nationaux, seuls 1,23 million de foyers bénéficient des services ADSL.

Cette absence de concurrence se ressent également au niveau des prix. Alors que la facture mensuelle moyenne d’un abonné à l’internet mobile est de 17 dirhams, celle d’un abonné à l’internet fixe avoisine les 100 Dirhams !

Un manque à gagner

Le manque à gagner est important mais c’est loin d’être la seule conséquence regrettable du retard accusé dans le processus de dégroupage. Ce dernier empêche également le Royaume d’expérimenter des innovations technologiques majeures comme la VDSL. Il s’agit en effet d’une évolution de l’ADSL classique, et qui permet aux foyers éligibles d’atteindre des vitesses de connexion allant de 30 à 100 Mb/s. La technologie est déjà largement répandue en Europe où 48% des foyers éligibles au Très Haut Débit le sont grâce à la technologie VDSL notamment en raison de sa vitesse de déploiement.

Les exemples, même à l’international ne manquent pas. Malgré les efforts consentis par les opérateurs et l’appui des autorités gouvernementales et locales, la Fibre Optique ne représente aujourd’hui que 11% des foyers raccordés à internet en France par exemple. C’est également le cas pour d’autres pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Autriche et la Grèce où ce taux ne dépasse pas les 10%.

Il est donc illusoire de prétendre généraliser la couverture de la fibre optique aux 7 millions de foyers marocains à court ou à moyen terme, sans généraliser l’accès aux technologies filaires. Celles-ci permettent un raccordement rapide du plus grand nombre au très haut débit et donc au progrès technologique.

Un processus WIN-WIN

En plus d’être une obligation légale et une évidence à la fois économique et urbanistique, le dégroupage bénéficie à tous les acteurs de l’écosystème télécoms. Il permet d’abord au client de disposer d’offres concurrentielles et transparentes concernant le fixe et l’ADSL (offres groupées, tout compris, illimité, télévision IP, etc.). Il peut également changer d’opérateur sans devoir changer de ligne téléphonique dans la mesure où il garde le même lieu de résidence.

Pour les opérateurs téléphoniques, le dégroupage permet de déployer un réseau filaire alternatif et proposer ainsi des offres commerciales intéressantes aux abonnés. Cela permettra notamment de raccorder davantage de foyers et de faire accéder un plus grand nombre au très haut débit.

L’opérateur historique n’est pas en reste puisqu’il bénéficie des redevances provenant de l’usage de son réseau pour les multiples opérations que nécessite le raccordement de nouveaux abonnés (location, connexions louées, etc.).

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