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Mauritanie : vers des élections à haut risque

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Les élections en Mauritanie sont calées sur le mois de mai 2023. Elles auront lieu, probablement, sans le parti RAG, du député Biram Dah Abeid, Président de l’Initiative pour la Résurgence d’un Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) et des FPC (Forces progressistes du Changement, ancien FLAM) recalés par le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation.

Mais il est évident que les leaders de ces formations politiques « rebelles » sauront trouver un cheval de Troie pour être représentés à la future assemblée nationale augmentée d’une vingtaine de députés, dont une liste nationale des jeunes de 11 sièges,  et aux Conseils municipaux qui passent de 216 à 235, suite à la création de nouvelles préfectures (moughataa) et de nouvelles communes rurales.

Le ton chaud des prochaines élections municipales, régionales et législatives est déjà donné par l’ancien Président Mohamed Ould Aziz qui rue dans les brancards, depuis plusieurs mois, refusant une mort politique voulue par un pouvoir décidé à faire sans lui, depuis qu’il a déjoué, fin 2019, sa tentative de retour en force par le biais du parti au pouvoir, l’Union Pour la République (UPR), transformé, aujourd’hui, en parti « El Insaf » (Équité).

Ould Abdel Aziz dont les qualités de baroudeur politique sont connues – et reconnues – a «loué» les services du parti « Ribat » du Dr. Saad Louleid, un ancien lieutenant de Biram Dah Abeid que l’ex-Président avait tout fait pour déconnecter de la mouvance IRA, pour  pouvoir aujourd’hui rassembler ses partisans et mener une guérilla politique contre le pouvoir de Ghazouani.

C’est à travers cet instrument de fortune qu’Aziz, toujours sous le coup d’un procès pour détournement de biens publics portant sur des centaines de millions de dollars, selon les révélations d’une enquête menée sur un an par une commission parlementaire, veut prouver qu’il reste toujours populaire. Sorti, il y a quelques mois, d’un contrôle judiciaire, avec assignation à une résidence surveillée, Mohamed Ould Abdel Aziz risque aujourd’hui la prison. Son dossier est à nouveau largement évoqué par la presse locale qui parle de l’imminence de son procès.

Le RAG de Biram Dah Abeid reste populaire

C’est cette ambiance électrique qui fait craindre à certains observateurs de la scène politique mauritanienne des élections agitées,  surtout que l’on évoque, à tort ou à raison, une alliance de circonstances entre « l’armée » électorale d’Aziz (à l’image de la fronde parlementaire qu’il avait suscitée contre l’ancien président, feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi), le parti RAG de Biram Dah Abeid qui conserve une certaine aura populaire, malgré les défections et les débauchages provoqués par le pouvoir, et les FLAM (Front des Africains de Mauritanie) qui continuent à dénoncer une « mainmise arabo-berbere » sur le pouvoir en Mauritanie.

Pour faire face à un tel « péril » jugé d’extrémistes par ceux qui tirent leur force du pouvoir de la tribu et d’allégeances politico-idéologiques douteuses, le Président Ghazouani compte sur une majorité jusque-là soudée conduite par le parti El Insaf, et une opposition traditionnelle en manque de repères parce que ses vieux leaders (Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah) n’aspirent plus à rien, sauf à entretenir l’aura d’une lutte politique acharnée contre la dictature féroce de Taya, entre 1984 et 2005, et les coups de force d’Aziz (en 2005 et 2008). Certes, il y a  également l’UFP (Union des forces de progrès), parti de gauche toujours animé par le  duo Mohamed Ould Maouloud et Lo Gourmo, en froid avec la célèbre députée Kadiata Malick Diallo, tout comme on peut aussi  compter pour qualité non négligeable sur les islamistes du parti « Tawassoul », mais la force de frappe du pouvoir reste intacte au vu des accommodements réussis dernièrement par les concertations politiques menées sous la houlette du ministère de l’Intérieur.

Et la Ceni dans tout ça ?

Recomposée quasiment à l’identique de celle de 2018, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est un patchwork politique qui n’a rien d’indépendant, les partis ayant désigné eux-mêmes leurs « représentants » ! Et les absents (partis non convoqués ou non reconnus par le ministère de l’Intérieur) auront toujours tort ! Aux yeux d’une opinion publique nationale largement acquise aux thèses du pouvoir.

Partie avec un soupçon de soumission politique à l’Autorité, ne serait-ce que celle des formations politiques (de la majorité et de l’opposition) qui en ont désigné les membres, la  nouvelle Ceni aura cependant les moyens de sa politique : 8 milliards d’ouguiyas (217 millions de dollars) pour mener à bien sa « mission ». A titre de comparaison, c’est 16 fois le budget alloué par Aziz à la Ceni qui lui avait permis, entre 2014 et 2019, de gagner les élections générales (municipales, législatives, régionales et présidentielle), de dissoudre le sénat et de préparer la relève politique (alternance) qu’il combat aujourd’hui avec acharnement !

C’est sur les épaules de cette Ceni,  pilotée par un ancien ministre de l’Intérieur, qui a passé un temps à l’opposition après la chute de Maaouiya, et comprenant des hommes de valeur, comme le célèbre constitutionnaliste Mohamed Lemine Ould Dahi et l’ancien ambassadeur de la Mauritanie à Dakar et à Washington Bilal Ould Werzeg, que repose l’organisation d’élections libres et transparentes. Elle aura, comme principale défi, de gérer le dossier des candidatures dont certaines seront, nécessairement, par défaut.

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