fbpx

Tournée de Mohammed VI : l’ère nouvelle de la diplomatie

Pinterest LinkedIn Tumblr +

Mohamed VI et Ibrahim Boubacar Keita, président du Mali* La diplomatie prend un autre visage. Désormais, l’économie sera au cœur de la coopération

* Les nations africaines doivent se prendre en charge avant de compter sur des partenaires historiques

* En une dizaine de jours, au Mali et en Côte d’Ivoire, plus de 40 conventions ont été signées donnant lieu à l’implantation de plusieurs entreprises marocaines dans ces pays

tinmar 970

Le message subliminal

Dans ce même discours, qui fera date, Mohammed VI semble diffuser un message subliminal, envers ses partenaires, pas seulement ses hôtes, mais aussi le Sénégal et la France. Aux Sénégalais, qui figent leurs relations sur l’acquis culturel et historique, il est désormais crucial de donner aux échanges et à l’investissement la place qu’ils méritent. Mais, malheureusement le pays compte toujours sur sa diplomatie légendaire pour espérer convaincre ses partenaires. « Quand un investisseur arrive au Sénégal, il est souvent accueilli par des juristes qui apprécient difficilement les projets qui leur sont soumis avec l’œil d’un entrepreneur », confie ce chef d’entreprise marocain. « De plus, on a l’impression que dans plusieurs domaines, même le patronat prend des allures de syndicat professionnel et de lobby qui défendent un intérêt immédiat », ajoute-t-il. Dans ces conditions, il est difficile de favoriser une diplomatie économique qui attire les investisseurs privés.

“Au moins je suis revenu sain et sauf. Ce qui est déjà beaucoup”, a-dit François Hollande au revenant de sa visite en Algérie en décembre 2013. Et à son arrivée au Mali en mars 2013, il s’exclamait : « c’est le plus beau jour de ma vie ». C’est tantôt, une plaisanterie de mauvais goût, tantôt un excès d’émotion que la presse retient de ses visites sur le continent.

Alors que, quand Mohammed VI se rend en Afrique, le ton n’est pas le même. Pour sa tournée auprès de ses pairs, chefs d’Etat, c’est toute une armada de chefs d’entreprises qui l’accompagne. Les contrats pleuvent pour les opérateurs qui ont l’honneur d’être du voyage.

Les étapes malienne et ivoirienne de la tournée de Mohammed VI ne font pas exception à cette règle. En plus, c’est comme si le roi du Maroc titillait les anciennes puissances coloniales, en particulier la France, en affirmant clairement que, sans prétendre vivre en autarcie, l’Afrique doit se prendre en mains.

L’un des moments forts de cette visite restera le discours que le roi Mohammed VI a prononcé à Abidjan devant les hommes d’affaires des deux pays, lors de l’ouverture des travaux du forum d’affaires maroco-ivoirien.

“Aujourd’hui comme hier, les relations diplomatiques sont au cœur de nos interactions », a-t-il affirmé, mais elles sont appelées à « s’adapter aux nouvelles réalités ». Et d’ajouter que : « auparavant la diplomatie était au service de la consolidation des relations politiques. Aujourd’hui, c’est la dimension économique qui prime. » Du coup, il ne fallait pas s’étonner de voir que « cette tournée africaine » comme l’appelle la presse marocaine ait une profondeur économique.

Mohamed VI remet 10.000 exemplaire du Saint Coran au MaliPartenariat multisectoriel

Ainsi au Mali, ce ne sont pas moins de 17 conventions multisectorielles qui ont été signées, touchant des secteurs vitaux de ce pays en reconstruction. Elles touchent notamment à l’engagement et à la protection réciproque des investissements, la non-double imposition et la lutte contre l’évasion fiscale. Dans le même temps, certaines entreprises ont eu leur lot de contrat ou d’accord dans les services aériens, l’industrie, l’élevage, la santé, les finances, la formation professionnelle, les télécommunications, les hydrocarbures, les mines, ou encore l’alimentation en eau potable.  

Dans la foulée, le groupe d’Anas Sefroui a lancé la construction de sa cimenterie au Mali. Ce pays, faut-il le rappeler, était alimenté depuis plusieurs décennies par le ciment produit dans les pays limitrophes, notamment le Sénégal qui compte trois cimentiers.

Les banques en première ligne

En Côte d’Ivoire également, le nombre de conventions, le forum d’affaires, et les nombreux investissements projetés ou réalisés sont une autre illustration de cette dimension purement économique. Au total, ce sont en effet quelque 26 conventions qui ont été signées, dont la plupart à effet immédiat. Sur le plan financier, un accord portant sur 50 millions de dollars est établi entre la Banque centrale populaire (BCP) et la société financière internationale (SFI- filiale de la Banque mondiale), représentée respectivement par Mohamed Benchaaboun, P-DG de la BCP et Georgina Baker, directeur à la SFI. L’objectif est de financer le développement de cette banque marocaine sur le continent. Car, faut-il le rappeler, la BCP a acquis l’année dernière, la Banque Atlantique basée en Côte d’Ivoire même et présente dans une dizaine de pays de la sous-région ouest-africaine. Cette même banque a également finalisé et signé son accord de financement de 60 millions de dollars avec la Banque japonaise Sumitomo. Le but poursuivi est le même que le précédent accord.

Le message à la France : Il n’y a plus de chasse gardée

« La coopération, hier basée sur la relation de confiance et les liens historiques, est, aujourd’hui, de plus en plus fondée sur l’efficacité, la performance et la crédibilité. L’efficacité donne toujours ses fruits. Elle est le gage de résultats tangibles, de progrès mesurables et de capacité à répondre aux attentes. Elle garantit la qualité et génère la confiance. La crédibilité veut que les richesses de notre continent bénéficient, en premier lieu, aux peuples africains. Cela suppose que la coopération Sud-Sud soit au cœur de leurs partenariats économiques. Dans son ouverture, l’Afrique continuera à développer ses relations fructueuses avec les pays avec lesquels elle a le plus de relations historiques profondes et le plus d’affinités. Mais, bien qu’ils constituent des atouts certains, ces liens, à eux seuls, ne suffisent plus. Ils demandent, désormais, à être accompagnés par une action crédible et un engagement constant. Il n’y a plus de terrain acquis, pas plus qu’il n’y a de chasse gardée. Ce serait une illusion de croire le contraire. Ce serait, également, une illusion de croire qu’il y a des petits et des grands projets. »

Toujours dans le domaine bancaire, Attijariwafa bank et la BMCE Bank, ont pu nouer un partenariat concret pour le financement du Trésor public ivoirien, notamment par la levée de fonds sur le marché de capitaux régional. Ces deux banques se sont également engagées, à travers leurs filiales respectives, à faciliter l’accès des PME au financement bancaire et à soutenir des projets à dimension économique et sociale. Dans ce cadre, par exemple, plusieurs opérateurs et institutions marocaines sont parties prenantes pour la réalisation d’un village de pêcheurs.

Dans la foulée, les groupes immobiliers marocains ont également décroché de juteux contrats. C’est le cas notamment de Palmeraie développement et d’Addoha qui sont engagés dans la production de logement sociaux. Pas moins de 18.000 unités résidentielles sont donc prévues par ces deux opérateurs. Ils rejoignent ainsi le groupe Alliances qui avait décroché des contrats pour 12.000 logements similaires. C’est dire que dans les prochaines années, ces groupes marocains produiront quelques 30.000 unités. Et, ils risquent fort de les construire avec l’une des cimenteries d’Anas Sefroui, qui est également l’actionnaire majoritaire d’Addoha. En effet, Ciments de l’Afrique Côte d’ivoire (Cimaf-CI) est déjà présent dans une unité de production d’une capacité d’1 million de tonnes par an.

Toujours sur le plan industriel, la pharmacie qui est l’un des points forts du Maroc était du déplacement, représenté notamment par Cooper Pharma, dont le président Jawad Cheikh Lahlou a signé un contrat avec le ministre ivoirien de la Santé. Cooper Pharma compte réaliser une unité industrielle de production de médicaments dans la région d’Abidjan.

Dans de nombreux autres domaines, comme les mines, les nouvelles technologies de l’information, des conventions ont également vu le jour. C’est dire qu’à tout point de point, le discours du roi du Maroc a connu une application concrète de ce qu’il entend désormais par diplomatie.

 

 

Partager.

Répondre