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Politique monétaire : Pourquoi le Franc Guinéen se déprécie ?

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La monnaie nationale de la Guinée vient d’avoir 61 ans ( 1er Mars 1960- 1er Mars 2021). Symbole de la souveraineté depuis l’accession à l’indépendance , le FG reste exposé à une inflation sans précédent. Notre équipe a décidé de situer les contours ainsi que les enjeux du côté de Conakry.

 

Louceny Labe, gouverneur de la Banque centrale de Guinée

Louceny Labe, gouverneur de la Banque centrale de Guinée

Tout d’abord,  la Banque de la République de Guinée – BRG- est créée le 29 février 1960 par l’ordonnance PRG no 010. A l’époque , elle avait des fonctions d’Institut d’émission, de banque commerciale et de banque de développement. La BRG se transformera en BCRG (Banque centrale de la République de Guinée) à partir du 27 juillet 1961 par le Décret n°276/PRG/61.

Le 1er mars, la monnaie guinéenne voit le jour avec la dénomination franc guinéen (GNF ou FG). Un choix qui s’expliquait par la rupture fracassante du pouvoir révolutionnaire d’alors avec la France qui tenait à être la tutelle des ex-colonies. Au fil du temps, le produit premier de la BCRG  connaîtra plusieurs reformes d’émission dont la dernière date de 2018 avec l’arrivée de nouveaux billets.


Il faut noter que le déficit commercial est passé de 500 milliards FG en 2019 à 2000 milliards FG en 2020. Pourtant plusieurs entités gèrent le secteur monétaire notamment le ministère du budget, celui des finances, le Trésor et la BCRG. Ledit déficit contribuera à créer des tensions, parce la Guinée a eu recours à des endettements dont les intérêts et le principal doivent être réglés en GNF.

Le Gouverneur de la Banque centrale affirmait qu’en 2018, avait été maintenu le taux directeur de son institution à 12,5%, et du coefficient de réserve obligatoire à 16%. Une stratégie permettant de préserver les acquis en matière de stabilisation macroéconomique : l’inflation reste maintenue à un chiffre, en dépit de certaines tensions dues notamment aux hausses des salaires.

A défaut de ne pas coordonner comme il faut l’activité des banques primaires, la BCRG voit des PME s’en sortir avec des intérêts financiers à deux chiffres, près de 15% voire plus.

Un marché parallèle 

Comment inciter à faire des virements au niveau des banques primaires quand ces transactions tournent autour de 1,5% du montant à virer ? Cela favorise un marché informel massif qui décide de la convertibilité du GNF par rapport aux devises étrangères.

Si 5000 CFA font 85000 FG, 100 euros coûtent 1.150.000 FG en ce début d’année 2021. Les cours dictés par la BCRG ne sont pas du tout suivis, du fait qu’elle ne dispose point d’une importante réserve de devises. Pari  conséquent, elle n’a aucune influence réelle sur le marché. Cela s’expliquerait par les statuts de la Banque Centrale qui ne lui confèrent aucune autonomie, car rattachée à la Présidence.

Le poids des entreprises minières 

Pour remédier à la volatilité du Franc Guinéen, il faut une offre forte de devises. Mécanisme qui pourrait obliger les entreprises minières à rapatrier leurs fonds dans le circuit local. Il est important de préciser que ce secteur est le principal levier de l’économie bien que l’administration aux affaires depuis 2010 se focalise désormais sur l’agriculture.

Siège de la Banque centrale de Guinée

Siège de la Banque centrale de Guinée

La relecture des statuts de la BCRG s’impose. A titre d’exemple l’article 28 stipule : «la Banque centrale consent des avances à l’Etat, tous concours confondus jusqu’à concurrence de 20% des recettes budgétaires constatées au cours de l’année budgétaire écoulée». La reconduction de ce taux à 10% est raisonnable pour contenir les charges. 

Sans une politique de production locale, pour diminuer dans le temps, la dépendance par rapport à l’importation liée à la forte  consommation, la tension sur le GNF sera persistante et affectera régulièrement le panier de la ménagère.

Malgré, une forte hausse des exportations de la bauxite, plébiscitée par le gouvernement, la valeur du GNF a baissé. De la fin de l’année 2020 au premier trimestre 2021, 1 euro est passé de 10 000 FG à 12 500 FG, soit une perte de 25%. Avant la pandémie à coronavirus, les bulletins du secteur des mines affichaient les chiffres suivants pour 2019 : l’exportation annuelle de Bauxite a tourné autour de 58 millions de tonnes avec un cours de 52 USD en moyenne la tonne, alors que la production en or tournait autour de 414 kilo onces et 357 kilo onces pour l’exportation artisanale. Le diamant s’évaluait autour de 270 carats.

D’importantes entrées en devises, qui, malgré tout provoquent encore là fébrilité du GNF. Ainsi, sans une politique de production locale, permettant de diminuer dans le temps, la dépendance par rapport à l’importation liée à la consommation, la déprécation du FG affectera régulièrement l’économie, les bourses des ménages ainsi que la distribution des retombées des ressources naturelles.

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