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La transformation numérique de l’Afrique, un enjeu stratégique

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L’Afrique est dans certains domaines, très en avance en terme d’usages numériques. Les applications développées au Kenya pour les vendeurs de bétail qui se connectent via leur smartphone, les suivis épidémiques, les applications d’e-medecine mises en place depuis longtemps sont en avance sur le premier monde, qui peine à mettre en place un suivi efficace des cas de Covid.

En pratique, l’utilisation de l’internet est freinée, le haut-débit est encore un luxe réservé à moins d’un tiers des africains. Des universités enseignent à distance, mais le coût de la connexion internet est très lourd et limite les accès aux ressources documentaires.

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Or les autoroutes numériques sont aussi stratégiques que la nouvelle route de la soie.

Un problème d’infrastructures complexe

Pour résumer, un accès à Internet nécessite de très gros câbles, généralement sous-marins, puis des câbles qui permettent de distribuer l’information numérique à l’intérieur des terres, en minimisant la distance par rapport au câble principal.

Il faut aussi de l’électricité. Et enfin des « clients » disposant d’un abonnement internet. Avec un matériel assez puissant pour charger les sites webs 2.0, de plus en plus gros et gourmands en bande passante.

Tout cela, en Afrique, c’est cher.

2Africa, le câble de la discorde ou de l’inutile ?

Huit sociétés de huit pays différents, dont sept opérateurs et un fournisseur de contenu, Facebook, qui joue aussi dans la cour des équipementiers, avec l’expérience acquise dans la gestion de ses data centers se sont unis pour un projet quasi-démesuré, un câble de 37.000 kilomètres de long autour de l’Afrique.

Ce projet, qui doit faciliter la mise en place de la 5G, a été fortement challengé, ses détracteurs faisant remarquer que seules 20% des capacités du câblage actuel étaient utilisées. Il aurait mieux valu investir dans les infrastructures périphériques, pour faciliter la pénétration d’internet dans les foyers.

Quoi qu’il en soit, cette infrastructure de transport des données n’est qu’une face de la problématique.

L’Afrique doit aussi disposer de ses propres hébergeurs

L’infrastructure de transport est une chose. L’infrastructure d’hébergement est son complément.

En termes d’indépendance étatique, elle est tout aussi essentielle, voire plus.

En effet, la multiplicité et la diversité des acteurs participants au projet 2Africa, leur équilibre géo-politique rend peu probable une décision de coupure de l’accès à un ou plusieurs pays. L’Afrique ne risque pas de ne plus être réceptrice d’information.

Mais très peu de pays africains disposent de leurs propres hébergeurs. Leurs informations sont donc stockées ailleurs, et le risque de coupure politique est beaucoup plus élevé, les hébergeurs étant beaucoup plus disséminés.

Comment rapatrier localement la prestation d’hébergement, qui est devenu, sans que l’on s’en rende compte, aussi essentielle à l’indépendance d’un pays que la maîtrise de sa monnaie ou de ses routes ?

Le « coût climatique » est élevé

On pourrait même parler de risque climatique, tant la problématique de la température est devenue centrale pour les hébergeurs. La localisation physique des serveurs peut être à des milliers de kilomètres du webmaster. Suivant l’exemple de Google en Finlande, Facebook, un des promoteurs de 2Africa, a installé un immense datacenter en Suède, près du cercle arctique. La très faible température de l’air ambiant lui permet de refroidir son centre plus facilement, une économie à la fois écologique et financière.

Deux câbles éthernet sortent du sable

Les conditions climatiques pèsent sur le coût des datacenters

En effet, la température idéale d’une salle serveur est comprise entre 18° et 23°C. Des techniques permettent de faire monter la température aux alentours de 30-34° en utilisant des techniques plus complexes. Néanmoins, c’est aujourd’hui une température maximum, au delà de laquelle le matériel peut tomber en panne, de manière grave.

C’est pour cela que la plupart des pays africains n’ont pas, ou très peu, d’hébergeurs réellement locaux. Au Maroc, par exemple, seuls deux hébergeurs web gèrent des datacenters locaux. Dans un pays encore plus au sud, le Sénégal, la question de comment trouver un bon hébergeur web se pose aussi.

Avec des températures extérieures qui dépassent régulièrement les 40° en été, les pays africains sont condamnés à arbitrer en les coûts et l’indépendance de l’accès à l’information.

Un coût financier indirect

La solution d’héberger à l’étranger veut dire principalement aux Etats-Unis. Comment lutter contre le pouvoir exorbitant des GAFAs, Google et Facebook en tête, quand leur pays d’origine peut, via des sanctions, vous forcer à leur laisser le champ libre ?

La croisade actuelle des Etats-Unis contre Huawei montre qu’il ne s’agit pas d’une simple hypothèse.

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