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Vigilance sauce soja

Comment les ONGs vont-elles mobiliser le devoir de vigilance ? Les entreprises françaises importatrices de soja provenant d’Amérique latine viennent d’en avoir un avant-goût.

Pierre-Samuel Guedj

Pierre-Samuel Guedj
Président d’Affectio Mutandi.

Le 27 mars 2018 France Nature Environnement, Mighty Earth et Sherpa ont adressé des lettres d’interpellation à une vingtaine d’entreprises, parmi lesquelles Carrefour, Auchan, Système U, Casino, Bigard, Sodexo ou Lactalis. S’appuyant sur les résultats d’une enquête internationale – Quand la déforestation s’invite à notre table – qui révèle les impacts de la déforestation massive de la culture du soja en Argentine et au Paraguay, les ONGs révèlent la gravité des impacts environnementaux, sanitaires et sur les droits de l’homme.

Objectif, signifier aux entreprises visées leurs attentes de démonstration des dispositifs de vigilance mis en place pour identifier, prévenir, atténuer et remédier aux atteintes graves établies. Sont particulièrement visées la pollution de l’eau, les atteintes au droit à la santé ou l’accaparement des terres. Cette interpellation qui intervient symboliquement le 27 mars 2018, date d’anniversaire de la promulgation de la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et donneuses d’ordre, illustre l’usage qui en sera fait par les parties prenantes les plus attentives. Elle montre aussi l’intention de leur part de connecter ces nouvelles exigences avec les droits du consommateur à disposer d’informations sur les conditions de fabrication des produits commercialisés en France.

L’équation se confirme. Les mobilisations reposeront sur un triptyque duplicable à toutes les filières exposées à des risques ESG graves : une enquête fouillée sur les impacts + une lettre d’interpellation + une campagne digitale.

Autant d’éléments qui posent les fondamentaux d’une exigence de démonstration renforcée, alors que les premiers plans de vigilance publiés révèlent très largement une approche de stricte compliance.

Cette première opération concernant la filière soja confirme une attente d’extra compliance. Elle enseigne en particulier :

– combien les entreprises ne doivent pas limiter leur démarche à leurs relations commerciales directes ;

– que ces parties prenantes attentives n’attendent pas une perfection immédiate mais l’annonce de calendriers de mise en place de démarches crédibles ;

– que les réponses convaincantes reposeront aussi sur des démarches mutualisées, permettant aux entreprises importatrices d’augmenter leur sphère d’influence sur les filières exposées ;

– l’exigence de traçabilité qui ouvre la perspective de mobilisation des nouvelles technologies telles que la BlockChain, tout au long de chaines d’approvisionnement complexes.

– le rôle décisif que jouera la mobilisation du digital autant du côté des parties prenantes attentives que des entreprises dans la pédagogie de leurs démarches de vigilance.

 

Par Pierre-Samuel Guedj

Président d’Affectio Mutandi

Président de la Commission RSE du CIAN – Conseil Français des Investisseurs en Afrique

 

Affectio Mutandi est la première agence conseil en stratégies sociétale, normative et réputationnelle sur les enjeux ESG. A la confluence des parties prenantes, elle articule RSE, Communication corporate & de Crise, Affaires publiques, Compréhension des enjeux juridiques et Relations avec les ONG.

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