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Industrialisation : Le Sénégal à la traîne

Alors qu’elle est encore présentée comme le continent le moins développé du monde, l’Afrique n’a toujours pas réussi à amorcer une transformation de son économie pour la faire passer d’une prédominance du primaire au secondaire. Le Sénégal aussi est tombé dans ce travers.

Alors qu’il fut le pays d’Afrique francophone le plus industrialisé dans les premières années de l’indépendance, le pays de la Teranga ne parvient pas à développer des manufactures capables de résorber le chômage et de mettre fin au déficit de la balance commerciale. il continue de vivre grâce aux transferts des Sénégalais résident à l’étranger et qui se montent à quelque 2,2 milliards de dollars US, selon les dernière statistiques disponibles.

Industrie Chimique du Sénégal

Industrie Chimique du Sénégal

Ainsi, au Sénégal, le secteur tertiaire représente déjà 59% du PIB, alors même qu’il ne contribue que très peu à résoudre le chômage. En effet, l’agriculture qui ne représente que 17% du PIB, occupe les deux-tiers (2/3)de la population.

Au niveau secondaire, à côté de l’industrie phosphatière avec les Industries chimiques du Sénégal, quelques grandes unités de transformation agroalimentaire et dans les matériaux de construction représentent l’essentiel du secteur. Le Sénégal est très fier de la part de l’industrie dans son PIB, puisqu’elle représente 23,50% du PIB, soit le double de la moyenne du continent. Mais, en poussant l’analyse, on ne tarde pas à se rendre compte des faiblesses du pays dans ce domaine. En effet, l’industrie n’occupe que 18% de la population active. Elle n’est donc pas en mesure de contribuer à une croissance inclusive. D’autant que le capital est presque entièrement détenu par des investisseurs étrangers. La plupart des Sénégalais pouvant accéder aux sources modernes de financement préfèrent investir dans le commerce.

Ainsi, la production d’engrais et d’acide phosphorique est entre les mains de la société Indorama de l’homme d’affaires Sri Prakash Lohia. Actuellement, Indorama possède 78% du capital des ICS ( Industries Chimiques du Sénégal), contre 15% seulement pour l’Etat. Dans le secteur des matériaux de construction, outre le groupe nigérian DangoteCement qui possède la troisième cimenterie installée dans le pays. Alors que la Sococim Industries est détenue à 100% également par le groupe Vicat à travers plusieurs de ses filiales. Il reste les Ciments du Sahel, unique entreprise du secteur dont l’actionnaire majoritaire est un Sénégalais d’origine libanaise et natif de Rufisque, en l’occurrence LatfallahLayousse. On peut en dire autant de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) qui appartient au Français Claude Mimran.

Certes, actuellement des industriels sénégalais essaient de prendre les devants. C’est le cas notamment de BabacarNgom actionnaire majoritaire de SEDIMA laquelle s’est imposée dans la minoterie, la production d’aliments de bétail et de volaille et l’’industrie avicole. SerigneMboup du Groupe CCBM en s’alliant avec le Coréen Samsung a mis en place une unité de montage de produits électroménagers de cette marque.

Il faut dire que les industries sénégalaises publiques ont tendance à changer de mains pour être rachetées par des capitaux étrangers, c’est parce qu’elles sont confrontées à des problèmes de gouvernance, aux mouvements syndicaux, mais aussi aux influences politiques. Et de telles situations ne s’arrangent pas forcément quand les entreprises sont reprises, ce qui fait qu’on assiste à une véritable valse d’actionnaires, comme c’est le cas de la Sonacas qui a plusieurs fois changé de main ou encore des ICS qui sont passées de l’Etat aux investisseurs indiens, avant que les Indonésiens ne viennent à la rescousse.

Par exemple, concernant la Sonacos devenue Suneor après son rachat par le groupe Advens en 2005, elle a vécu des difficultés financières qui l’ont amené à être rachetée par l’Etat pour sauver toute une filière au poids politique considérable. En effet, cet huilier a toujours été incontournable du fait que des centaines de milliers de cultivateurs lui vendent leur récolte d’arachide. L’Etat refilera la patate chaude à Ibrahim BiboBourgi qui ne tardera pas à recéder l’entreprise à l’Etat deux ans plus tard.

Cette année, on a entendu à plusieurs reprises les autorités sénégalaises se plaindre de ne pas trouver de débouchés pour la production arachidière qui a atteint des niveaux records. Cela a été le cas, lors de la visite du président turc Erdogan, ainsi que d’une délégation d’homme d’affaires chinois que le président MackySall, lui-même, a été obligé de supplier pour acheter les graines.

Néanmoins, le sous-secteur de l’énergie qui a longtemps été le talon d’Achille traditionnel de l’économie sénégalaise est en voix de résoudre ses difficultés. En effet, le Sénégal a été confronté à la fois à une cherté de l’énergie, notamment de l’électricité et des coupures récurrentes. Du coup, l’activité économique est souvent affectée par les problèmes liés à l’énergie, bien qu’il y ait une nette amélioration. En effet, la Sénélec qui a le monopole de la distribution de l’électricité semble sortie de la zone rouge. L’année dernière, elle a même été bénéficiaire. Et au niveau investissement, elle a réalisé des pas de géants, notamment avec la remise à niveau des anciennes centrales et à la mise en service d’autres comme celle de TaibaNdiaye (87 MW) et de l’extension de celle de Cap des Biches (50 MW). La réhabilitation des capacités de production de SENELEC doit se poursuivre à travers la mise en service de la centrale à charbon de Sendou 1 à non loin de Dakar et d’AfricaEnergy à Mboro, à 120 km de la capitale, avec des capacités respectives de 125 MW et 270 MW.

Compte tenu des retards pris, l’effort de rattrapage consécutif à cette croissance risque toutefois d’être insuffisant pour pouvoir stimuler plus avant le développement des autres secteurs industriels. La contrainte énergétique pèse fortement sur la croissance, encore aujourd’hui.

Il faut dire que les politiques menées par les gouvernements successifs n’exploitent pas tout le potentiel du pays. Aujourd’hui, par exemple, avec un salaire minimum de 52.500 Fcfa et 62% des «15-60 ans» ne travaillant pas, le Sénégal pouvait être l’un des pays les plus compétitifs dans toutes les industries à fort potentiel de main d’œuvre. Or, à ce jour, aucun effort n’est fait pour développer la confection, l’industrie de sous-traitance automobile, l’électronique ou encore l’offshoring informatique afin de créer de la valeur. Actuellement, d’autres pays sont en passe de relever le défi, comme l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda voire la Côte d’Ivoire et le Ghana.

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