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Présidentielle 2019 : L’opposition mauritanienne prise au piège de la participation

L’opposition mauritanienne livrera encore bataille, lors de la présidentielle de juin 2019, sans avoir le choix des armes. Le pouvoir poursuivra son agenda jusqu’au bout…

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) conserve finalement sa composition actuelle. Majorité et « opposition dialoguiste ». Les cinq candidats qui s’opposent à celui du pouvoir, le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani, doivent donc faire avec. « L’offre » du ministre de l’Intérieur de porter le nombre des membres du Comité de pilotage à 11, en favorisant l’entrée de 3 éléments de l’opposition radicale, n’était, finalement, qu’une manœuvre du pouvoir pour gagner du temps. Il faut une femme, avait dit le ministère de l’intérieur et de la décentralisation, comme s’il savait, d’avance, que le Forum national pour la démocratie et l’unité(Fndu) allait refuser cette exigence pourtant fort simple.

6 candidats mauritanieIl n’y aura pas, non plus, d’observateurs étrangers. Le ministre de la Culture, de l’artisanat et des relations avec le parlement, porte-parole du gouvernement, avait déclaré que l’État ne va pas dépenser l’argent des mauritaniens sur des étrangers ! Pourtant, l’Union européenne dont le représentant à Nouakchott a rencontré le président de la Ceni, en compagnie de deux experts envoyés par Bruxelles, se dit prête à observer la présidentielle du 22 juin 2019 si la Mauritanie en exprime le désir. Lors des élections municipales, législatives et régionales de 2018, l’UE avait noué un partenariat avec le Forum national des droits de l’homme (Fonadh),  un regroupement de plusieurs organisations de la société civile réputées parmi les plus sérieuses pour observer les élections en son nom.

Pour finir ce tableau pas vraiment à l’avantage de l’opposition, l’impression des bulletins de vote à été confiée à une société appartenant au président de l’Union du patronat mauritanien (Unpm), l’homme d’affaires Zeine El Habidine Ould Cheikh Ahmed, celui-là même dont l’un des nombreux immeubles sert de siège au candidat du pouvoir pour lequel il bat ouvertement campagne ! Alors, que reste-il pour l’opposition? Boycotter? On parlera sans doute d’une « démission », d’un aveu d’impuissance, alors que, pour exiger un minimum de transparence, il fallait, d’abord, agir en aval. Coordonner entre les différents candidats, quand l’opposition avait manqué l’opportunité de présenter un candidat unique face à celui du pouvoir.

À quelques semaines de la présidentielle, le « piège » se referme donc sur une opposition qui ne peut plus faire marche arrière. Embarquée dans une course à la présidence dont les règles lui échappent, il ne lui reste plus alors qu’à espérer une bonne « tenue » de la Communication électorale nationale indépendante Ceni) dont le président, l’ancien ministre et diplomate, Mohamed Vall Ould Bellal, ne cesse de répéter que l’institution qu’il dirige a mis de côté l’appartenance de ses membres à des partis politiques dès l’instant qu’ils ont prêté serment et décidé d’œuvrer uniquement pour la tenue d’élections libres et transparentes.

Cette offre de garantie s’est traduite par la rencontre avec les six candidats, au siège de la Ceni, et l’échange d’informations sur l’état des préparatifs ainsi que la prise en compte de leurs remarques et suggestions pour l’organisation d’une présidentielle « convenable ».

Reste que le rapport de forces est en train de s’équilibrer, à mesure que l’échéance approche. La probabilité très forte que le candidat du pouvoir passe au premier tour n’est plus présente que dans les calculs de ses soutiens les plus engagés et qui se recrutent, pour la plupart, dans la garde politique rapprochée du président sortant. Ce qui fait douter ceux qui ont quitté le camp de l’opposition pour rejoindre le « candidat du consensus » de la possibilité, voir la volonté tout simplement, de favoriser une rupture en douceur avec la gestion jugée « chaotique » du président Aziz entre 2009 et 2019.

Les derniers évènements liés à la vente par la Snim de la mine de Fdérik à une société australienne, et les rumeurs qui circulent sur la possibilité de voir la société de production de sucre de Foum-Gleita (Gorgol) subir le même sort, renforce cette idée que le pouvoir agit comme s’il voulait mettre dans l’embarras son propre candidat !

On doute cependant que cela suffise pour empêcher Ould Ghazouani porté par les trois pouvoirs que sont l’Argent, la tribu et le savoir (l’élite qui a toujours fait allégeance au régime) d’accéder à un pouvoir vu par la majorité actuelle comme un « héritage » à  protéger.

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