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Mauritanie : Conférence de presse de l’ex président Aziz, dits et non-dits

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Aziz,  l’ex président mauritanien impliqué dans une affaire de biens mal acquis encore au stade de l’enquête préliminaire,  a finalement organisé la conférence de presse que tout le monde attendait. Le cadre (son magnifique palais) laisse penser que les hôtels n’ont pas voulu accueillir cette sortie médiatique pourtant autorisée par le ministère de l’Intérieur qui a sans doute voulu démentir les partisans d’Aziz parlant de la crainte d’un déballage qui permettrait à l’ex président de répliquer aux «attaques» dont il est la cible de la part du pouvoir.

Lors de cette sortie médiatique donc, l’opinion publique nationale est restée sur sa faim. Certes, Aziz a parlé mais il n’a pas répondu aux questions essentielles : l’origine de son immense fortune, son implication supposée ou réelle dans les sulfureux dossiers ressortis par la commission d’enquête parlementaire (CEP), la fondation Rahma et les vrais points de divergence entre lui et son « ami » le président Ghazouani. Des dits qui ont charrié plus de non-dits.

Pour se défendre, Aziz a plus parlé le langage de ses opposants (anciens) qu’il n’a donné d’arguments pouvant prouver les «dérives» dont il accuse le Nouveau Pouvoir : la démocratie est «en danger» parce que – maintenant ? – on arrête plus facilement les opposants. Il a été retenu 7 jours par la police des crimes économiques pour être interrogé moins de vingt minutes ! Le parti «Al Wihdawi» que certains de ses proches ont voulu intégrer est «persécuté» !

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Aziz a surtout cherché à donner une connotation politique à ce qui est désormais l’affaire des biens mal acquis. Il a parlé de «guerre de succession» entre ses partisans et ceux de l’actuel président pour s’assurer la maîtrise du parti Union de la République (UPR), SON parti qu’il a créé. Il prête à sourire quand il dit que l’un des points de divergences entre lui et Ghazouani est, justement, ce statut de «Chef» du parti que lui avait accaparé, de fait, durant toute la décennie 2009-2019, et qu’il a contesté, dès les trois premiers mois, à son successeur ! De son point de vue de président «sortant», le parti ne doit s’identifier à une personne ! Un faux-fuyant puisque, lui-même, avait toujours décidé à la place des instances de l’UPR, même quand il a jugé nécessaire de le «décapiter» en remplaçant son bureau exécutif par un Directoire dont le président, l’ancien ministre Seyidina Ali Ould Mohamed Khouna, est l’un des rares responsables qui lui sont restés fidèles.

Parlant de la Commission d’enquête parlementaire (CEP), l’ancien président dira qu’elle est «illégitime» parce que fomentée, à desseins, par députés de l’opposition. Mais il oublie que la CEP est majoritairement constituée par les élus de l’UPR sans lesquels rien ne peut se faire à l’Assemblée. Tawassoul, le parti des islamistes mauritaniens, et l’UFP (la gauche) sont ainsi accusés par Aziz d’avoir conspiré pour prendre une sorte de revanche politique.

Le dossier de la gabegie, le plus attendu de tous, a été seulement effleuré. Esquivé même, Aziz préférant réchauffer son discours sur les «réalisations» de la décennie et SA propre lutte qui, aujourd’hui, apparait n’avoir été qu’un travestissement. «Tous les projets sont passés par le conseil des ministres et par le parlement. Pourquoi n’ont-ils pas été remis en cause alors ?», s’interroge Aziz, qui sait pourtant que dans un pays comme la Mauritanie où la démocratie est formelle, «le Chef a toujours raison». L’ancien président parle de «chasse aux sorcières» prétextant qu’une investigation sur le degré de corruption en Mauritanie ne doit pas seulement porter sur SA décennie. Elle doit aussi voir l’avant et l’après. Il évoque ainsi les banques et entreprises publiques liquidées par un ancien président (allusion à Maawiya) ; il parle de cette première année Ghazouani où les députés, censés veiller sur les intérêts du peuple, ont appliqué la maxime «charité bien ordonnée commence par soi-même», en majorant leurs salaires de 250.000 ouguiyas (530 euros), alors, selon l’ex président, ils dégraissaient l’Assemblée de quelques centaines d’employés touchant entre 40.000 et 60.000 UM !

La «contre attaque» azizienne continue par l’évocation de cette première année «mal barrée» au cours de laquelle le budget de l’Assemblée a augmenté de 30,9% et celui de la Présidence de 80%. Mais Aziz oublie de préciser que, concernant cette dernière, il s’agit plutôt de la transformation de l’Agence Tadamoun en «Délégation Générale à la Solidarité Nationale et à la Lutte contre l’Exclusion ‘‘TAAZOUR’’ dotée d’un budget conséquent de 200 milliards d’anciennes ouguiyas (400 millions d’euros).

Se réfugiant derrière une «immunité» présidentielle post fonction, non reconnue par d’éminents constitutionnalistes mauritaniens, Aziz refuse de répondre aux questions des journalistes sur l’origine de sa fortune. «Je suis riche», se contente-t-il de répéter, «et les sources de l’enrichissement sont connues. C’est à une enquête non dirigée d’apporter les preuves que j’ai pris une seule ouguiya des caisses de l’Etat, ou ordonné à un ministre de contrevenir à la loi».

Evoquant la vente d’une bonne partie du patrimoine foncier urbain de l’Etat, Aziz justifie l’opération par la nécessité de relooker le visage de la capitale. «La vente aux enchères est une opération fluide et c’est au plus offrant que les terrains ont été cédés. Et si quelques-uns de mes proches ont remporté des lots, cela n’a rien d’anormal».

Mais les questions qui ont le plus embarrassé l’ancien président Aziz sont celles concernant l’affaire dite «Ghanagate», souvent évoquée par ses opposants, et l’affaire Senoussi du nom de cet ex-barbouze de Kadhafi remis aux Libyens en septembre 2012.

S’exprimant pour «la première fois» sur ce qui était une arnaque de grande voltige, Aziz dira qu’il en était la victime (avec son ami Ghazouani) et qu’il s’agissait d’un «petit montant de 400.000 USD) récupéré par la suite (avec les intérêts ?), quand les autorités mauritaniennes ont réussi à mettre la main sur les malfaiteurs au Sénégal, en Gambie et au Mali, d’où a été ramené Omar El Yemeni, principal instigateur du «Ghanagate», libéré ensuite quand il a «payé» !

Senoussi, lui, a été remis aux révolutionnaires libyens «sur avis du Haut Conseil de la Fatwa», déclare l’ancien président, qui évite de parler de la «rançon» de 200 millions de dollars US évoquée en 2016 par le Premier ministre libyen devant le parlement de son pays.

Ces sombres affaires renvoient-elles à la fortune de l’ancien chef de l’Etat mauritanien qui s’obstine à en révéler l’origine, se suffisant à dire «qu’aucune ouguiya ne vient des caisses de l’Etat» ? C’est à l’enquête en cours de donner des réponses aux nombreuses questions que la conférence de presse d’Aziz a occultées.

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