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Développer le tourisme africain par les investissements étrangers : l’exemple de Zanzibar

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Le nom et la place qu’on donne à un ministère est une bonne indication de son importance et son orientation politique. Ainsi le Ministère du tourisme tanzanien s’appelle « Ministère du Tourisme et des ressources naturelles« , celui du Maroc s’appelle « Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire au Maroc ». Quant à la responsable du tourisme en France, premier pays touristique du monde, ce n’est qu’une « Ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme » rattachée au Ministère des Finances.

Mais surtout, le Ministère du Tourisme de Tanzanie s’appuie sur des structures non gouvernementales pour relayer son action.

Le tourisme est une industrie essentielle pour la Tanzanie

La Tanzanie est confrontée aux mêmes problématiques que le reste du continent africain (souveraineté alimentaire, impact du réchauffement climatique et crise actuelle) avec un principal produit d’exportation très fragile : le tourisme (les services n’emploient que 10% de la population mais représentent 39% du PIB, juste derrière l’agriculture, qui emploie, par contre, 80% de la population).

Nature, réserve et grands parcs ou tourisme culturel

La Tanzanie est présente sur deux segments très différents : les réserves et les grands espaces naturels, avec, entre autres, le Parc du Kilimandjaro, et le tourisme culturel et balnéaire, qui se concentre sur Zanzibar.

Ces deux secteurs s’adressent théoriquement à des clientèles différentes, mais sont complémentaires et les deux activités peuvent se combiner en deux semaines, avec un safari puis un séjour à Zanzibar, sur les deux côtes de l’ile.

Les grands parcs sont le moteur de l’industrie touristique, qui fait de la Tanzanie le 9° pays du continent africain en terme de visiteurs. C’est aussi la source majeure d’arrivée de devises, alors que la balance commerciale du pays est lourdement déficitaire.

Les axes de la politique touristique

Maintenir l’activité à tout prix

La Tanzanie fait partie des pays qui n’ont pas appliqué de fortes restrictions de déplacement pendant la crise du COVID. Elle en a tiré les bénéfices avec un P.I.B. qui continue à croître régulièrement (autour de 5% par an, avec une perspective à 5,6% pour 2023 selon la Banque Africaine de développement) et une courbe des visiteurs qui n’a pas fléchi.

Favoriser les investissements étrangers

Un des gros défis du pays, c’est la qualité de son infrastructure, entre autres pour les transports et l’ensemble des prestations touristiques.

L’exemple de Zanzibar : développement et risques

Depuis le début des années 2000 toute la Tanzanie se développe en accueillant les investissements étrangers. Cela se fait à travers un organisme original la Zanzibar Association of Tourism Investors – ZATI, qui est un organisme non-gouvernemental et non-politique. Une sorte du Tourisme privé qui ferait à la fois du lobbying auprès du gouvernement et de l’intermédiation pour les investisseurs étrangers.

Zanzibar est un endroit unique en Afrique, tant au point de vue culturel qu’économique. Connue depuis l’Antiquité pour sa culture et sa richesse, cette ancienne plaque tournante du commerce entre l’Afrique et l’Arabie a même profité des débuts européens en Afrique avec le commerce des épices. Mais surtout, l’île n’est devenue africaine que récemment, lors de la création de la Tanzanie. Auparavant, elle était moyen-orientale, appartenant au sultanat d’Oman jusqu’au XIX° siècle, avant de passer sous protectorat anglais.

Elle attire donc une clientèle touristique très variée, avec des anglo-saxons ou des voisins du Golfe qui aiment à venir se délasser pour passer une semaine de vacances dans l’ile, soit dans le cadre d’un séjour dédié à Zanzibar, soit après leur safari sur le continent.

Un développement touristique qui profite relativement peu à l’ile de Zanzibar

En effet, la plupart des emplois créés par le tourisme sont tenus par des Tanzaniens venus du continent. Depuis que la crise a réduit l’activité touristique, ce personnel plus expérimenté et plus qualifié que les habitants de l’île vient y travailler. Un des objectifs de la Zati est donc la formation.

Le risque administratif rend les investisseurs frileux

A l’inverse, la structure non-gouvernementale de la Zita rend difficile le contrôle des projets des investisseurs, en recherche de rentabilité rapide. Une reprise en main a eu lieu après que l’Unesco a menacé de retirer le site de la « Stone Town » (la ville ancienne) de la liste du patrimoine mondial de l’humanité à cause de la construction trop présente d’un hôtel. Dix ans après, le site est toujours sous surveillance. 

Aussi quand l’hôtel Pennyroyal a été contesté pour les mêmes raisons, le gouvernement a finalement retiré les autorisations alors que l’hôtel était encore en construction. Ce manque de visibilité à long terme inquiète les investisseurs étrangers.

L’arrêt du projet s’est accompagné de l’arrêt de toutes les subventions aux activités locales, comme le festival de musique Sauti az Busara, qui remplit la ville au mois de février. Il a été sauvé par un autre investisseur étranger, à l’origine de la ville verte de Fumba Town.

L’équilibre délicat entre état et privé se met en place

Après son indépendance, Zanzibar est devenu un état marxiste, qui n’a commencé à ouvrir ses portes au tourisme et à l’investissement privé qu’à partir des années 80-90, l’effondrement du bloc communiste renforçant les problèmes de l’île qui avait vu le cours du clou de girofle, sa matière première principale, s’effondrer.

Il est donc normal que des réajustements se fassent, pendant que, peu à peu, infrastructures et projets se développent. L’expérience originale de la Zita a fait ses preuves.

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