Voilà un secteur d’activité qui attire toutes les convoitises, et c’est d’ailleurs assez justifié. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale il n’a fait que croitre de manière régulière jusqu’à tangenter les 5 milliards de passagers et pas loin de 1.000 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an tout en devenant de plus en plus fiable à tel point qu’en 2023 un seul accident mortel a été déploré et encore il était dû à une très grossière faute de pilotage

Au fond le transport aérien est plus qu’un moyen de gagner de l’argent, il est probablement le plus puissant des médias car il est le seul à pouvoir amener les personnes à se rencontrer physiquement d’un bout à l’autre de la planète. Alors que nombre d’analystes avaient prévu son déclin pour des tas de raisons plus ou moins bonnes : le développement des réseaux sociaux, le coût du carburant, l’encombrement de l’espace aérien, que sais-je, le transport aérien poursuit sa croissance pour le plus grand bonheur des nouvelles couches de populations qui rêvent de l’utiliser.
Profits tirés par certains dirigeants politiques
Et cette puissance économique et médiatique fait beaucoup d’envieux et de profiteurs qu’ils soient à l’intérieur même du système ou à sa périphérie. Citons dans le désordre les contrôleurs aériens et les pilotes de certaines compagnies, les hommes politiques, certains dirigeants dans le secteur d’activité, les fonds d’investissement et j’en oublie certainement. Il faut dire que la tentation est grande de mettre la main sur de gros, très gros pots de vin ou même de petits avantages. Un avion coûte en moyenne 100 millions de dollars et entre le prix catalogue et le prix payé il y a une très grande marge dans laquelle peuvent s’engouffrer nombre d’intermédiaires. Ce n’est un secret pour personne que beaucoup de dirigeants politiques ou seulement opérationnels aient profité largement des facilités permises par cette activité.
À cause de la recherche effrénée du profit, Boeing perd ses fondamentaux
L’exemple le plus choquant vient sans conteste du premier constructeur, Boeing, le géant qui s’est cru tout permis dès qu’il a été dirigé par des représentants des fonds d’investissement ses principaux actionnaires. La recherche effrénée du profit a conduit cette belle entreprise à perdre ses fondamentaux qui étaient de construire les meilleurs et plus fiables avions pour ne plus devenir qu’une machine à distribuer des dividendes justifiés ou non. C’est ainsi que les capacités de recherche et développement si fondamentales pour un constructeur aérien ont été dilapidées pour servir plus de 50 milliards de dollars aux actionnaires. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la sous-traitance a été massivement utilisée afin de minimiser les coûts sans que les investissements soient faits pour contrôler jusqu’au travail d’assemblage laissé à des sous-traitants alors qu’il s’agit du fondement même de l’activité d’un constructeur. Il faudra des années et une énergie colossale pour remonter la pente et redevenir le constructeur mythique qu’il n’aurait dû cesser d’être.
Mais le cas de Boeing pour exemplaire qu’il soit ce n’est pas le seul exemple des profiteurs qui rôdent autour du transport aérien. Que penser de la classe politique d’un certain nombre de pays qui se servait allègrement de leurs compagnies nationales pour placer tel ou tel copain sans se préoccuper de leurs capacités managériales ? Comment qualifier les demandes incessantes de billets gratuits ou de sur-classement dont les transporteurs sont l’objet de la part de personnalités gouvernementales ? Qui est la cause de la disparition de grandes compagnies aériennes comme Alitalia ou Air Afrique si ce n’est les responsables politiques qui en plus de placer leurs protégés, ont usé et abusé de déplacements gratuits pour eux-mêmes ou leurs proches ?
Et puis il y a au sein même des compagnies aériennes des dérives mégalomaniaques de la part de leurs dirigeants qui ont mené les transporteurs à la liquidation comme le SR Group en Suisse ou Kingfisher en Inde ou seulement à leur quasi disparition comme cela aurait pu arriver à Etihad. La bagarre pour devenir plus gros que le voisin a entrainé nombre de dérives commerciales pour afficher des tarifs prédateurs, sans aucune relation avec les coûts dans le seul but de conquérir par ce biais des parts de marché et donner ainsi des références tarifaires stupides aux clients. Je note d’ailleurs que cette religion d’accès à la concurrence peut amener des réglementations excessives comme celles édictées par Bruxelles dans le cadre du rapprochement entre des compagnies où il faut maintenant non seulement céder des créneaux horaires dans les grandes plateformes aéroportuaires, mais en même temps trouver les transporteurs capables de combler les trous horaires ainsi créés.
Au fond, si le transport aérien est devenu la cible de nombreux profiteurs, et je mets les écologistes qui ont choisi ce secteur économique parce qu’il est très médiatisé dans le lot, c’est parce qu’il est bon pour la collectivité et qu’il n’a pas fini de nous étonner.




![Tribune- Les profiteurs du transport aérien[Par Jean-Louis Baroux] Et cette puissance économique et médiatique fait beaucoup d’envieux et de profiteurs qu’ils soient à l’intérieur même du système ou à sa périphérie. Citons dans le désordre les contrôleurs aériens et les pilotes de certaines compagnies, les hommes politiques, certains dirigeants dans le secteur d’activité, les fonds d’investissement et j’en oublie certainement. Il faut dire que la tentation est grande de mettre la main sur de gros, très gros pots de vin ou même de petits avantages.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2024/05/Boeing.jpg)
Etats-Unis
![Édito | Transport aérien : la fin de la distinction entre les low-costs et les legacys [Par Jean-Louis Baroux] Il est loin le temps où les compagnies historiques voyaient arriver, avec quelque condescendance pour ne pas dire dédain, les nouveaux entrants qui prétendaient se faire une place dans un univers somme toute assez fermé.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/Low-cost--450x253.webp)


![Édito | Le transport aérien et ses sources de stress (Suite) [Par Jean-Louis Baroux] Les difficultés ne sont pas terminées. La première chose que voit le passager à son arrivée vers la salle d’embarquement est une queue. Sauf à être sur place depuis quelque temps pour prendre les premières positions dans la file, il faudra à notre client aller au fond de la queue et si, par hasard il a payé un accès privilégié, comme d’ailleurs beaucoup le font, il devra trouver où commence la file des prioritaires, laquelle est souvent aussi longue que la normale.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Avion--450x216.jpg)

