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Extraction : L’orpaillage clandestin continue de miner l’Afrique de l’Ouest

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L’exploitation des ressources naturelles, et notamment des gisements d’or, représente une part très importante des recettes fiscales de nombreux États ouest-africains. Si le métal jaune est principalement exploité de manière industrielle, l’orpaillage artisanal, souvent illégal, s’intensifie depuis quelques années.

Polluante, l’exploitation sauvage des filons alimente tous les trafics et occasionne des pertes considérables pour les caisses publiques. Elle représente un défi de taille pour les responsables politiques et les organisations internationales qui se doivent de mieux réguler cette activité.

Un phénomène tentaculaire aux conséquences désastreuses

Malgré les multiples tentatives de différents pays, ONG et sociétés privées, l’Afrique de l’Ouest est confrontée à un triste constat : l’orpaillage illégal continue de croître. Selon les dernières estimations – même s’il est toujours difficile de calculer précisément ce qui cherche à se dérober à la loi – plus de 600 mines illégales seraient, par exemple, opérationnelles au Burkina Faso. Entre 300 et 350 au Mali, et plus de 1 000 en Côte d’Ivoire, où la production ne fait que croître (+59% entre 2018 et 2020) pour l’exploitation légale selon le Groupement Professionnel des Miniers de Côte d’Ivoire). À noter qu’en 2016, 22 tonnes d’or ont été clandestinement exportées hors du territoire ivoirien, occasionnant un manque à gagner colossal pour les autorités. Au-delà des pays mentionnés ci-dessus, l’orpaillage illicite fait également de nombreux dégâts au Sénégal, en Mauritanie ou encore au Ghana.

SITE D'ORPAILLAGE CIV

Site d’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire

Certes, les activités d’orpaillage clandestin représentent des emplois (informels) et des gains faciles pour de nombreuses communautés, mais le revers de la médaille est trop coûteux. Alors que l’Afrique de l’Ouest tend à augmenter ses recettes fiscales et encourager la formalisation de ses marchés de l’emploi, l’orpaillage clandestin sape les efforts des autorités. Si les pertes financières sont impossibles à évaluer précisément, elles se calculent certainement en dizaines milliards de dollars.

Des organisations criminelles à l’œuvre

Par ailleurs, ces sites illégaux profitent à des organisations criminelles. Pour opérer en toute quiétude, ceux qui les gèrent ont massivement recours à la corruption et au blanchiment d’argent. Ces activités illégales trainent dans leur sillage d’autres phénomènes criminels comme les trafics et la prostitution posant localement de réels problèmes de sécurité.

On constate également que les personnes qui travaillent sur ces sites font régulièrement l’objet de violations des droits humains (travail forcé, violences sexuelles, travail des enfants, etc.). Selon l’OCDE en 2018, plus de 10.000 enfants travaillaient dans les mines d’or illégales au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Les organisations terroristes savent aussi profiter des filons. En vivant dans le pays et en rackettant les populations locales, elles financent leurs luttes contre les gouvernements. Ces groupes terroristes savent faire feu de tout bois et les gisements d’or sont une manne dont ils savent tirer profit en “taxant” une large partie de la production.

Dernière conséquence néfaste de l’orpaillage sauvage : son impact désastreux sur l’environnement et la santé. Les orpailleurs font un usage intensif du mercure qu’ils chauffent pour amalgamer les paillettes en respirant au passage les vapeurs toxiques. Ledit mercure se déverse ensuite dans le sol et les cours d’eau, contaminant tout l’environnement pour plusieurs générations. Pourtant, il suffit d’un alambic pour récupérer le métal toxique et éviter qu’il ne contamine la zone et empoisonne le sang des chercheurs d’or, mais cette pratique n’est malheureusement que très rarement employée.

Des activités qui nuisent au climat des affaires

Non seulement cette pollution met en danger l’eau et la terre dont les communautés ont besoin pour nourrir leur bétail et irriguer leurs champs, mais elle engendre également des litiges majeurs avec les mines industrielles.

SITE D'ORPAILLAGE BURKINA

Site d’orpaillage clandestin au Burkina Faso

Les orpailleurs clandestins exploitent les filons sans autorisation, menant souvent à des litiges avec des entreprises locales ou étrangères qui se sont vues remettre par les autorités un permis minier en bonne et due forme. En plus d’avoir des pratiques beaucoup plus saines et responsables pour nos sols, les entreprises minières industrielles investissent massivement dans la sécurité de leurs employés afin d’éviter tout accident. Par ailleurs, les royalties reversées représentent une manne financière cruciale pour les pays du Sahel ou du Golfe de Guinée. En tolérant toujours les pratiques d’orpaillage illégal, les Etats risquent de voir leurs investisseurs formels prendre la fuite. Nombreux sont en effet ceux qui hésitent avant d’investir sur le continent à cause du risque de confrontations avec les orpailleurs.

Le 16 mai dernier, au Burkina Faso, des orpailleurs, qui occupaient illégalement la mine Gold Operation, ont agressé huit employés présents sur le site avant d’incendier plusieurs véhicules. La mine qui appartient à une filiale du groupe canadien Endeavour Mining a subi de nombreux préjudices matériels, sans compter le traumatisme chez les employés victimes des exactions.

Suite à ce fâcheux incident, les investisseurs , étrangers comme locaux, y regarderont probablement à deux fois avant de lancer une nouvelle activité dans le pays.

 

Des règlementations embryonnaires, à développer en urgence

S’il est inconcevable de mettre fin aujourd’hui à l’orpaillage artisanal, du fait de son importance sociale et économique, il est nécessaire de mieux encadrer l’activité. Ainsi, en Mauritanie par exemple, le gouvernement a mis en place la société MAADEN, qui encadre et assiste localement l’activité minière artisanale et semi-industrielle en veillant à l’application de mesures de sécurité des activités d’exploitation sur les sites miniers, en contribuant à la protection de l’environnement et en supervisant la commercialisation de l’or produit.

Cet organisme permet que les orpailleurs puissent exercer en toute sécurité. Si l’initiative est louable, la règlementation y demeure toutefois insuffisante et les pratiques d’orpaillage toujours très polluantes. Ce type d’initiatives doit tout de même être encouragé et “inspirer” les autres pays de la sous-région. Le concours des organisations régionales comme la CEDEAO est également primordial pour créer un cadre législatif commun en s’inspirant des bonnes pratiques mises en place par des pays qui, comme la Côte d’Ivoire, ont adopté des stratégies ambitieuses afin de réguler ce secteur et d’endiguer progressivement toutes les conséquences néfastes à son développement.

               Par Anas Ben Slimane, journaliste de terrain

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