Près d’un établissement de microfinance (EMF) sur deux au sein de la Cemac (48 %) est jugé « très fragile » par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), selon son rapport annuel 2025 publié vendredi 23 octobre. Dans l’ensemble, leur situation prudentielle demeure préoccupante malgré le renforcement des fonds propres, s’inquiètent les autorités de régulation.
Des vulnérabilités structurelles
Les principales vulnérabilités portent sur la couverture des immobilisations, la division des risques, les engagements envers les apparentés et la couverture des risques, tandis que le rapport de liquidité enregistre une légère amélioration. L’analyse du profil de risque met en évidence une fragilité structurelle du secteur, constate la Commission bancaire.
Le rapport de la Cobac indique que seuls 17,9 % des établissements de la microfinance sont considérés comme « globalement sains », contre 12 % classés « fragiles ». Les principales faiblesses concernent le modèle d’affaires, la rentabilité, le risque de crédit, les opérations ainsi que la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Le contrôle interne et la gestion des risques figurent également parmi les domaines à améliorer.
Un risque de crédit en forte hausse
Le risque de crédit retient particulièrement l’attention. Au 31 décembre 2025, les créances en souffrance des établissements de microfinance de la Communauté atteignent 236,8 milliards FCFA, contre 177,8 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 59 milliards (+33,2 %) !
Un résultat net en chute libre
La dégradation de la situation financière des établissements se traduit également par une forte contraction de leur résultat net agrégé, qui s’établit à 2,4 milliards à fin 2025, contre 22,5 milliards en 2024, soit une baisse de 89,4 % en un an.
Cette évolution intervient alors que le produit net financier demeure quasi stable, à 147,6 milliards, contre 148,9 milliards FCFA un an auparavant. La Cobac attribue principalement le recul du résultat à la hausse de 47 % des dotations nettes aux provisions destinées à couvrir le risque de crédit. Ces provisions permettent aux établissements de prendre en compte les pertes potentielles sur les prêts accordés. Leur augmentation pèse sur le résultat comptable et reflète notamment le coût des difficultés de remboursement des emprunteurs.
Des normes prudentielles bafouées
Le non-respect des normes prudentielles constitue une autre source de préoccupation des autorités de régulation : 39 % des établissements déclarants ne respectent pas le ratio de couverture des immobilisations. Cette norme vise à garantir que les ressources mobilisées sont suffisantes pour financer les immobilisations.
La division individuelle des risques pose également problème : 36 % des établissements ne respectent pas la limite réglementaire applicable à leur exposition envers un même client ou groupe de clients. Par ailleurs, 32 % ne respectent pas la norme relative aux engagements envers les apparentés, qui encadre les opérations avec les personnes ou entités liées à l’établissement. Enfin, 26 % présentent un ratio de liquidité inférieur au minimum réglementaire.
Pour faire face aux difficultés de certains établissements, la Commission bancaire de la Cemac les a placés sous administration provisoire.










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