Casablanca, le 31 octobre 2026. Clôturant Octobre Rose et en écho à la Journée mondiale de la sécurité des patients, l’association Les Amis du Ruban Rose et Roche Maroc ont réuni le samedi 31 octobre à l’hôtel Adagio de Casablanca soignants, associations de patients et acteurs de la santé numérique. L’enjeu : sécuriser le parcours de soins en oncologie, là où chaque retard de diagnostic ou traitement interrompu pèse sur la santé des patients comme sur la facture collective.
La rencontre s’inscrit dans un contexte de forte accélération budgétaire. Le budget du ministère de la Santé et de la Protection sociale est passé de 32,6 milliards de dirhams en 2025 à 42,4 milliards dans le projet de loi de finances 2026, soit une hausse de 30 %, avec 8 000 nouveaux postes budgétaires prévus. C’est ce qu’indique la note de présentation du PLF 2026 présentée devant le Parlement.
Une chaîne humaine avant d’être une chaîne de soins
« Derrière chaque retard de diagnostic ou chaque traitement interrompu, il y a un patient et ses proches. Il était essentiel de réunir autour d’une même table ceux qui peuvent, ensemble, lever ces obstacles », a ouvert Mme Latifa Cherif, présidente de l’association Les Amis du Ruban Rose. Diagnostic tardif, interruption des traitements, perte des informations médicales d’un établissement à l’autre : autant de ruptures qui coûtent cher au système. Chaque examen redondant et chaque hospitalisation évitable grèvent la collectivité et réduisent la productivité du pays. Pour Anis El Mekaoui, directeur général de Roche Maroc, la réponse passe par le collectif : « La sécurité des patients est un objectif que nous partageons tous, et elle exige une mobilisation collective. L’innovation, d’où qu’elle vienne, doit être mise à son service. »
Le parcours patient, maillon clé de la sécurité et de l’efficience
Les échanges ont convergé sur un point : la qualité du parcours repose moins sur les protocoles que sur la circulation de l’information et la coordination entre acteurs. Bahija Gouimi, représentante d’une association de patients, a dénoncé l’absence de transparence dans le suivi, une « violence sociale et sanitaire » selon ses termes, et plaidé pour un parcours patient balisé, avec des étapes définies et des indicateurs mesurables garantissant l’équité sur tout le territoire.
La deuxième table ronde a mis en lumière la donnée de santé comme actif stratégique. Le dossier médical partagé, la télémédecine et le télémonitoring servent à sécuriser les parcours et à réduire les coûts cachés de la non-qualité, en évitant les examens répétés et en prévenant les interactions médicamenteuses. Le dossier patient partagé figure d’ailleurs au cœur du PLF 2026, dont la généralisation est prévue l’année prochaine en partenariat avec la CNSS.
« Le numérique en santé ne doit pas être un gadget technologique, mais un véritable bouclier protecteur. Le dossier médical partagé sécurise directement l’acte médical en mettant fin au morcellement des données », a insisté Mme Cherif dans son discours de clôture, avant d’ajouter : « Déclarer un événement indésirable lié aux soins ne doit jamais être vécu comme une source d’inquiétude, mais comme un acte citoyen et professionnel de protection collective. »
L’humain, premier rempart contre les risques
Au-delà des plateformes, c’est la relation de confiance entre soignants et soignés qui structure la sécurité. « La sécurité des soins ne sera jamais une simple question de conformité réglementaire ou de protocoles abstraits. C’est un impératif d’humanité et de dignité », a martelé Mme Cherif. Un patient informé et reconnu comme partenaire de ses soins retourne plus vite à une vie productive.
La journée s’est achevée sur un message aux décideurs : la sécurité des patients conditionne la confiance dans les institutions et la capacité du pays à valoriser son capital humain. « N’oublions jamais ce qui fonde notre mission : la sécurité du patient ne se négocie pas. Elle commence par le bon diagnostic, posé au bon moment, pour engager le juste traitement, au moment décisif », a conclu la présidente de l’association.
Côté réforme, le levier des ressources humaines avance : la loi 33-21 modifiant la loi 131.13 sur l’exercice de la médecine a assoupli les conditions d’accès des médecins étrangers et des praticiens marocains résidant à l’étranger, même si le Conseil de la concurrence relève que le retard d’application des mesures et l’absence d’incitations pour le secteur public freinent encore l’afflux de compétences.

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