Le laboratoire américain Moderna a annoncé mercredi 19 août que son vaccin anticancéreux personnalisé à base d’ARN messager (ARNm) avait réduit le risque de récidive et de propagation du mélanome lors d’un essai clinique de phase avancée. Une première pour ce type de traitement, qui a fait bondir le titre Moderna jusqu’à 160 % et ajouté près de 40 milliards de dollars à sa capitalisation boursière. Si les autorités réglementaires donnent leur feu vert, des milliers de patients opérés d’un mélanome à haut risque pourraient en bénéficier dès l’année prochaine.
Une première dans l’immunothérapie
Développé avec Merck, le vaccin, baptisé Intismeran, a été testé en association avec le Keytruda, immunothérapie de référence contre le mélanome. Les résultats intermédiaires de l’essai, publiés mercredi 19 août 2026, montrent que le traitement a atteint son objectif principal de réduction des récidives et son objectif secondaire de prévention de la propagation des tumeurs, par rapport au Keytruda seul. Les deux laboratoires n’ont pas livré de données détaillées, qui seront présentées lors d’un prochain congrès médical.
C’est la première fois qu’un vaccin anticancéreux à ARNm obtient un résultat positif en phase avancée, et la première fois qu’un traitement ajouté au Keytruda fait mieux que cette thérapie seule. Le principe : entraîner le système immunitaire du patient à combattre les tumeurs en ciblant des mutations spécifiques détectées dans ses propres cellules cancéreuses. « C’est la première fois que nous observons des améliorations réellement significatives sur les plans clinique et statistique par rapport aux inhibiteurs de points de contrôle comme le Keytruda », a déclaré Stephen Hoge, président de Moderna, qualifiant le résultat d’« historique ».
Des approches similaires sont actuellement testées contre les cancers du poumon, du sein et du pancréas. « Ce résultat positif nous fait véritablement entrer dans la prochaine phase de l’immunothérapie. C’est là que tout commence », a réagi Karen Knudsen, directrice générale du Parker Institute for Cancer Immunotherapy, évoquant une possible nouvelle ère pour le traitement des cancers à tumeurs solides.
Un essai sur 1 137 patients, une disponibilité dès 2027 ?
L’essai a recruté 1 137 patients atteints d’un mélanome de stade IIB à IV, à haut risque, ayant subi une ablation chirurgicale de la tumeur. Les participants ont été répartis de manière aléatoire entre deux groupes : jusqu’à neuf doses de Keytruda associées au vaccin personnalisé, ou le Keytruda seul, pendant environ un an. Aucun nouveau signal de sécurité n’est apparu au cours de l’étude. En janvier, les deux sociétés avaient déjà rapporté, sur un essai de phase intermédiaire, une réduction de 49 % du risque de récidive ou de décès à cinq ans.
Merck et Moderna sont déjà en discussions avec les autorités réglementaires. Fort de sa désignation de « thérapie innovante », le vaccin pourrait être disponible dès l’année prochaine, selon Stephen Hoge. Reste la question de la production : un traitement fabriqué sur mesure pour chaque patient sera difficile à produire à grande échelle, même si Moderna se dit capable de répondre à la demande dans les prochaines années. Le prix, lui, n’est pas encore fixé, a indiqué Stéphane Bancel, directeur général de Moderna, sur CNBC.
Le mélanome est la forme la plus mortelle de cancer de la peau. En 2023, plus de 1,5 million de personnes vivaient avec un mélanome aux États-Unis, selon l’Institut national du cancer américain.
Wall Street et les analystes y croient déjà
L’annonce a redonné des couleurs à Moderna, qui peinait à développer de nouveaux produits au-delà de son vaccin contre la Covid-19 et avait essuyé les critiques de l’administration Trump sur sa technologie ARNm. Merck a progressé de 11 %, le vaccin offrant de nouvelles perspectives au Keytruda, autrefois médicament le plus vendu au monde, dont le brevet expirera d’ici la fin de la décennie. L’engouement a dépassé les deux laboratoires : l’indice Nasdaq Biotechnology a grimpé de 4,4 % à un niveau record, contre 0,4 % de hausse pour le S&P 500.
Les analystes anticipent déjà des revenus conséquents. Barclays estime que le traitement pourrait générer environ 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel dans le seul mélanome d’ici 2035, tandis que J.P. Morgan juge le lancement d’Intismeran déterminant pour le retour de Moderna à la rentabilité. Pour Myles Minter, analyste chez William Blair, ces résultats intermédiaires placent les deux sociétés en bonne position pour solliciter une autorisation réglementaire et constituent un signal encourageant pour les études en cours sur d’autres cancers.
Avec Reuters





Etats-Unis

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