Le Sénégal accélère la mue numérique de son état civil. Selon Matar Ndao, directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), 77 % des 629 centres du pays sont désormais couverts par le processus de modernisation. Derrière cette performance, un chantier autrement plus sensible se profile : fiabiliser les archives, sécuriser les données et contenir la fraude documentaire.
Le chiffre traduit l’accélération du chantier. En juillet, le Logiciel de gestion de l’état civil (LGEC) était déployé dans 70 % des centres. En août, l’ANEC annonçait 74 %, avec 189 communes déjà connectées à « Sama État civil ». En septembre, le taux de couverture du processus de modernisation atteignait 77 %. Le déploiement est déjà effectif à Dakar, Thiès, Louga, Diourbel, Fatick et Kaolack, avant une extension annoncée vers Tambacounda puis les régions du Sud.
La plateforme « Sama État civil » commence, elle, à modifier les usages. Les citoyens peuvent effectuer à distance certaines demandes d’actes, notamment de naissance, de mariage ou de filiation. Une évolution qui vise à réduire les déplacements et à fluidifier l’accès à un service public longtemps marqué par la gestion physique des registres.
Au-delà des actes, les données
L’ambition de l’ANEC dépasse toutefois la simple dématérialisation des documents. L’agence veut progressivement interconnecter l’état civil avec d’autres administrations et services publics. Dans les structures de santé, un logiciel de pré-déclaration doit notamment faciliter la transmission des informations relatives aux naissances et aux décès.
L’enjeu est stratégique : disposer de données d’état civil plus complètes et cohérentes pour l’identification juridique des citoyens, mais aussi pour la planification et le pilotage des politiques publiques. Matar Ndao défend d’ailleurs une conception de l’état civil comme un instrument de souveraineté et non comme une simple administration de documents.
Le vieux problème des archives
La numérisation doit surtout corriger les failles de l’ancien système. Conservation des registres, fiabilité des actes et lutte contre les falsifications restent au cœur du chantier. L’ANEC a ainsi engagé un vaste programme de remédiation du LGEC, accompagné de formations destinées aux agents et officiers d’état civil. Depuis mai, 920 agents avaient notamment été formés dans plusieurs régions.
La sécurisation devient d’autant plus sensible que le volume de données numérisées augmente. L’ANEC indique avoir mis en place plusieurs niveaux de contrôle et entend renforcer la vérification de l’authenticité des actes. L’hébergement des données sur plusieurs sites appartenant à l’État doit également contribuer à leur protection.
Le maillon humain
Reste le facteur terrain. La transformation numérique ne pourra être durable sans agents suffisamment formés et équipés. Dans les communes, l’appropriation du LGEC et de « Sama État civil » devient donc aussi déterminante que le déploiement technique.
À mesure que le Sénégal approche de la couverture intégrale de ses 629 centres, le défi change de nature : il ne s’agit plus seulement de numériser l’état civil, mais de garantir que le passage du registre papier à la donnée numérique produise un système plus fiable, plus traçable et réellement sécurisé.





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