Yaoundé (AFP) – Emmanuel Macron veut faire de l’Afrique l’une des priorités de son second quinquennat, face à la concurrence de la Chine et de la Russie, mais en pariant sur le « soft power » plutôt que sur la politique ou le militaire, les outils traditionnels d’influence de la France.
« Il nous appartient d’être meilleurs, plus efficaces », a déclaré mardi le président français au premier jour d’une tournée au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau, au moment où le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est également en visite sur le continent africain.
Pour lui, la France n’a pas le choix si elle veut continuer à conserver une certaine influence sur le continent, notamment dans son ancien « pré carré » d’Afrique centrale, où le Cameroun occupe une place de choix.
Résultat: les entreprises françaises, qui sont environ 200, ne pèsent plus qu’environ 10% de l’économie du Cameroun contre 40% dans les années 1990.
Du coup, la perception de la France s’est brouillée. « Le recul français tient au fait qu’elle n’apparaît plus comme une actrice du développement de notre pays », constate Aude Yemelong, membre du conseil franco-camerounais des jeunes.
« La France a un rôle énorme à jouer au Cameroun, mais sans en jouer aucun », résume dans une formule Claude Leroy, l’ancien entraîneur de l’équipe nationale des Lions indomptables avec laquelle il est devenu très populaire. Venu parmi la délégation présidentielle, il préconise que Paris joue « un rôle de synthèse et de suggestion » auprès des pays africains.
Sur le plan politique, « la France n’a pas à s’ingérer, à adouber qui que ce soit, à donner des leçons », a souligné l’Elysée avant l’entretien entre Emmanuel Macron et son homologue Paul Biya qui, à 89 ans, est deux fois plus âgé que le Français et dirige le Cameroun d’une main de fer depuis près de 40 ans.
Le choix de commencer par le Cameroun sa première tournée africaine depuis sa réélection a suscité de vives critiques: les chercheurs Ilaria Allegrozzi (Human Rights Watch) et Fabien Offner (Amnesty International) avaient jugé « crucial », dans Le Monde, que M. Macron exprime « clairement » à M. Biya « son inquiétude » quant à « la répression à l’encontre de toute personne dans le pays qui ose critiquer le pouvoir ».
Relevant que la France avaient jusqu’à présent trop misé « sur le politique et le militaire », Emmanuel Macron parie désormais sur la société civile et la jeunesse, avec lesquelles il entend parler culture, numérique, sports, environnement…
Critiques de la Russie
L’ambition est aussi de régler les « non-dits » et les « incompréhensions » liés à la colonisation qui « nourrissent la défiance » avec la France. Il a annoncé qu’une commission d’historiens allait faire la lumière sur l’action de la France au Cameroun pendant la colonisation et après l’indépendance de ce pays en 1960.
Cet enjeu mémoriel a été jugé indispensable, comme « travail de justice », par les 11 membres du conseil franco-camerounais, qu’Emmanuel Macron devait rencontrer dans la soirée dans « le village Noah » créé par l’ancien tennisman Yannick Noah à Yaoundé.
La nouvelle méthode française est également testée sur le dossier brûlant de la lutte antijihadiste, notamment au Sahel, où Emmanuel Macron a subi des déconvenues, l’armée étant contrainte de quitter le Mali après l’arrivée au pouvoir de la junte.
« Nous ne lâcherons pas la sécurité du continent africain », a toutefois prévenu le président, en réaffirmant sa volonté de « réinventer » le « dispositif militaire et sécuritaire ».
Pour lui, la France doit « être là de manière plus explicite encore à la demande des États africains, avec une demande claire et explicite, en étant plus présente sur les sujets de formation, d’équipements, en étant en appui des armées africaines pour les aider à monter en capacité et en articulant toujours notre dispositif avec la sécurité, la défense, la diplomatie et le développement », a-t-il détaillé.
Face à Paul Biya, qui a refusé de condamner explicitement l’invasion de l’Ukraine, Emmanuel Macron a aussi vivement dénoncé la « présence hybride » de la Russie en Afrique, qui « passe par la désinformation et des milices », et qui « est une préoccupation d’abord pour le continent africain ».
Lui répondant à distance, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, également en tournée en Afrique, a assuré que son pays allait « significativement accroître » son rôle sur le continent.
Emmanuel Macron est passé mercredi au Bénin puis jeudi en Guinée-Bissau.

![Tribune | Géostratégie : l’Afrique et son dividende géopolitique, en tirer parti ou le gaspiller [Par Igor Galo] La concurrence entre la Chine et les États-Unis a ouvert une fenêtre d'opportunité pour de nombreux pays en développement. Sur l'échiquier mondial, où les superpuissances se disputent alliés, ressources et chaînes d'approvisionnement, la capacité à négocier des conditions plus favorables n'est plus l'apanage des grandes puissances. Le Japon, l'Inde et l'Union européenne jouent eux aussi leurs cartes pour renforcer leurs relations avec l'Afrique, intensifiant une compétition qui pourrait bénéficier à ceux qui, pendant des décennies, ont été cantonnés au rôle de simples fournisseurs de matières premières.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/11/Geopolitique--320x152.jpg)



![Tribune | Géostratégie : l’Afrique et son dividende géopolitique, en tirer parti ou le gaspiller [Par Igor Galo] La concurrence entre la Chine et les États-Unis a ouvert une fenêtre d'opportunité pour de nombreux pays en développement. Sur l'échiquier mondial, où les superpuissances se disputent alliés, ressources et chaînes d'approvisionnement, la capacité à négocier des conditions plus favorables n'est plus l'apanage des grandes puissances. Le Japon, l'Inde et l'Union européenne jouent eux aussi leurs cartes pour renforcer leurs relations avec l'Afrique, intensifiant une compétition qui pourrait bénéficier à ceux qui, pendant des décennies, ont été cantonnés au rôle de simples fournisseurs de matières premières.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/11/Geopolitique--450x214.jpg)
![Tribune | Fête de l’Unité : le 31 octobre, un nouveau marqueur de l’histoire nationale et diplomatique du Maroc [Par Benadada Rabii] RABAT – Le Maroc célèbre, ce 31 octobre 2026, la première édition de la Fête de l’Unité (Aïd Al Wahda), une nouvelle journée nationale instaurée par le Roi Mohammed VI et intégrée au calendrier des fêtes officielles du Royaume.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/11/Liesse-nationale--450x300.avif)

![Tribune | Sahara : la fin de la MINURSO referme le chapitre du référendum et ouvre celui de l’autonomie [Par Pr. EL Hassane Hzaine] La Charte de 1945 ne mentionne en effet jamais le « maintien de la paix ». Le chapitre VI organise le règlement pacifique des différends ; le chapitre VII autorise le Conseil de sécurité à prendre des mesures coercitives, y compris militaires. Entre les deux s'ouvre un espace que Dag Hammarskjöld, secrétaire général de 1953 à 1961, a qualifié de « chapitre VI et demi ».](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/11/Minurso-450x224.jpg)


