Dans un entretien accordé à l’AFP, Navi Pillay a estimé que l’annonce des sanctions américaines contre la CPI, survenue presque dans la foulée de l’attribution de son prix Nobel, n’était pas un hasard. Elle y voit une réaction au fait que le prix n’ait pas été décerné au président Trump.
L’administration Trump s’est engagée à démanteler la Cour «brique par brique», furieuse que les juges aient émis un mandat d’arrêt à l’encontre du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour des crimes présumés commis à Gaza. Navi Pillay a fait remarquer que les administrations américaines précédentes avaient salué le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre du président russe Vladimir Poutine, affirmant : «C’est de la sélectivité, c’est faire deux poids deux mesures, et c’est inacceptable.»
Ces sanctions, qui porteront atteinte aux infrastructures technologiques et aux opérations bancaires de la Cour, entreront en vigueur dans six mois. Navi Pillay a également riposté aux responsables israéliens qui ont réagi avec indignation à l’attribution de son prix Nobel, en rapport avec sa présidence de la Commission d’enquête internationale indépendante (COI) des Nations unies, qui avait conclu l’année dernière qu’un génocide était en cours à Gaza. Benyamin Netanyahou l’a qualifiée de «fanatique», tandis que le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que le propagandiste nazi Joseph Goebbels devait «applaudir depuis l’enfer» à l’annonce de sa récompense. «Je trouve cela très blessant et insultant», a réagi Navi Pillay.
«Une inégalité flagrante»
«Goebbels avait du sang sur les mains. Il est responsable de la mort de milliers de personnes. Pas seulement des Juifs, mais aussi des personnes de couleur comme moi», a-t-elle ajouté. Pour la lauréate, il y a actuellement peu de volonté politique d’arrêter Benyamin Netanyahou pour qu’il réponde aux accusations de la CPI, et y comparaisse un jour. « Mais toute ma vie, j’ai vu des gens surmonter des difficultés, je suis donc convaincue que cela finira par arriver », a-t-elle déclaré.
Navi Pillay a déclaré qu’elle était encore en train de digérer la nouvelle de l’attribution du Nobel. Elle a eu du mal à y croire au début, « car ils décernent leurs prix à très peu de femmes, une inégalité flagrante dans la pratique jusqu’à présent ». À 85 ans, elle craint de ne plus pouvoir voyager partout dans le monde pour vanter les mérites de la justice internationale. «Je pense que mon âge va quelque peu me freiner. Je ne peux plus être aussi active qu’avant», a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle s’était rendue dans 79 pays lorsqu’elle était Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
12 millions de couronnes à investir
Elle a indiqué qu’elle consultait différentes personnes sur la meilleure façon d’utiliser le prix de 12 millions de couronnes suédoises (1,1 million d’euros), mais a laissé entendre qu’une partie de cette somme pourrait être investie dans son pays natal, l’Afrique du Sud. «L’Afrique souffre. L’Afrique du Sud souffre. Il est très difficile d’y lever des fonds», a-t-elle expliqué. «L’université du KwaZulu-Natal a créé une unité à mon nom, je vais donc entamer des discussions avec eux. Je crois en l’éducation des enfants et des jeunes.»
Avec AFP





Afrique du Sud

![Analyse | Joseph Kabila à la tête du FRN : Kinshasa avait-elle raison depuis le début, et quel avenir pour Doha et le dialogue national ? [Par Willy Lukanga] Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, ne se présente plus uniquement comme un ancien chef de l'État critique envers son successeur. Il assume désormais la direction d'une structure regroupant des acteurs engagés dans une rébellion armée contre les institutions de la République.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/10/Lancien-president-congolais-Joseph-Kabila--450x253.jpg)



