Dakar veut réduire sa dépendance aux importations technologiques. Le gouvernement sénégalais a conclu un partenariat de près de 134,1 millions d’euros avec le Conseil mondial des investissements et des affaires pour l’Afrique et l’entreprise indienne Blue Cloud Softech Solutions. Objectif : installer à Diamniadio une unité d’assemblage de terminaux numériques, dont le démarrage est annoncé pour décembre 2026. Un pari industriel dont la réussite dépendra autant des coûts de production que de la capacité à conquérir le marché régional.
Le Sénégal entend passer du statut de consommateur à celui d’assembleur d’équipements technologiques. Le 6 octobre, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, a signé une convention de partenariat d’un montant de près de 134,1 millions d’euros pour l’installation d’un complexe industriel à Diamniadio, près de Dakar. Aux côtés des autorités sénégalaises, deux partenaires sont associés à l’opération : le Conseil mondial des investissements et des affaires pour l’Afrique et l’entreprise indienne Blue Cloud Softech Solutions.
Les premières opérations sont programmées pour décembre 2026. Téléphones mobiles, ordinateurs portables et tablettes devraient figurer parmi les produits assemblés sur place. À terme, l’unité pourrait également fournir des équipements destinés aux administrations et aux établissements scolaires. La priorité sera donnée à la demande nationale, avant une éventuelle montée en puissance vers les marchés de la sous-région.
Une facture d’importation qui pèse lourd
L’enjeu économique est considérable. Selon Roger Thiam, directeur de l’Économie numérique et des Partenariats, les importations sénégalaises de matériel informatique avoisinent 639 millions d’euros par an. Une facture qui illustre la dépendance du pays aux fournisseurs étrangers, alors que les besoins en équipements numériques continuent de progresser.
Le marché présente, à première vue, des perspectives favorables. Le taux de couverture de la téléphonie mobile dépasse les 100 %, tandis que la couverture 4G avoisine 97 %, selon les données citées. Pourtant, 54 % de la population ne disposerait pas d’équipements adaptés. Ce décalage entre disponibilité des réseaux et accès aux terminaux entretient un potentiel de croissance pour les smartphones abordables et les outils informatiques.
Aujourd’hui, la quasi-totalité des appareils commercialisés au Sénégal est importée. L’assemblage local pourrait donc contribuer à rapprocher une partie de la production des consommateurs, à condition que les coûts restent compétitifs et que les économies réalisées se répercutent effectivement sur les prix de vente.
Le pari de la souveraineté numérique
Le projet s’inscrit dans le New Deal Technologique, feuille de route dévoilée en 2025 pour faire du numérique un levier de croissance, de souveraineté et de création d’emplois qualifiés. Il rejoint également les ambitions de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, qui place l’industrialisation et la maîtrise des technologies parmi les priorités économiques du pays.
Pour Dakar, l’objectif dépasse la seule fabrication de terminaux. Il s’agit de renforcer l’autonomie technologique, de faciliter l’équipement des écoles et des administrations et de diversifier les moteurs de croissance. Dans un contexte où l’exploitation des hydrocarbures ouvre de nouvelles perspectives, la constitution d’une base industrielle dans les technologies pourrait contribuer à réduire l’exposition de l’économie aux chocs extérieurs.
L’assemblage, première étape d’une industrie à construire
Le modèle retenu n’est toutefois pas celui d’une production intégralement locale. L’assemblage consiste à importer des composants déjà fabriqués, puis à les réunir dans une unité industrielle nationale. Cette approche permet de créer des emplois techniques, de développer des compétences et de réduire potentiellement certains coûts logistiques. Elle laisse néanmoins subsister une forte dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales, notamment asiatiques, tandis que la valeur ajoutée captée localement demeure limitée.
Plusieurs expériences africaines, notamment au Rwanda avec Mara Phones, en Éthiopie et en Algérie, illustrent les possibilités offertes par ce modèle, mais aussi ses contraintes. La rentabilité dépend de la disponibilité d’une énergie fiable et compétitive, de la maîtrise des coûts de production et de la capacité à écouler des volumes suffisants. Le Sénégal devra également compter avec la concurrence de marques internationales déjà bien implantées.
La fluidité des opérations portuaires, l’accès au financement, la formation d’une main-d’œuvre spécialisée et l’existence d’un cadre fiscal incitatif pèseront dans l’équation. Autant de paramètres susceptibles de déterminer si Diamniadio deviendra un véritable pôle industriel ou restera une plateforme d’assemblage dépendante des composants importés.
Des zones d’ombre sur le financement et l’emploi
À ce stade, plusieurs éléments essentiels restent à préciser. Les modalités de financement de l’investissement n’ont pas été détaillées publiquement. Le montage pourrait associer capitaux privés, financements publics et partenaires industriels étrangers, mais aucune répartition précise n’a été communiquée.
Le nombre d’emplois attendus, le calendrier détaillé de mise en service et les objectifs de production n’ont pas davantage été précisés. Ces données seront déterminantes pour apprécier les retombées économiques du projet, son potentiel de substitution aux importations et sa capacité à générer des compétences durables.
La sous-région en ligne de mire
Au-delà du marché sénégalais, le projet pourrait trouver un débouché dans une Afrique subsaharienne où les initiatives destinées à attirer les industriels du numérique se multiplient. La croissance démographique, l’élargissement des usages digitaux et les perspectives ouvertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) renforcent l’intérêt des investisseurs pour le continent.
Pour Dakar, qui ambitionne de consolider son rôle de hub économique régional, la possibilité de servir les marchés voisins constitue un argument supplémentaire. Mais cette perspective suppose de proposer des produits compétitifs, de respecter les standards de qualité et de construire une chaîne logistique capable de soutenir les exportations.
La convention signée le 6 octobre pose ainsi les bases d’une ambition industrielle. Reste désormais à la traduire en capacités de production, en emplois qualifiés et en gains économiques mesurables. Dans un contexte budgétaire contraint, la crédibilité de l’exécution sera aussi scrutée que le montant annoncé de l’investissement.





Sénégal

![Éclairage | Les opérations de placement réalisées à l’étranger par les institutions financières marocaines : un double contrôle de l’Office des changes et des autorités de contrôle sectorielles [Par Hassan Ouatik, expert-comptable, OEC Paris] À l'instar des investissements marocains à l'étranger, les produits de cession des placements des institutions financières à l'étranger, ainsi que les plus-values, peuvent être réinvestis dans les limites des plafonds fixés pour chaque type d'institution.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/09/Office-des-changes--450x239.jpg)
![Édito | Aérien : de quels avions avons-nous besoin ? [Par Jean-Louis Baroux] Très certainement, les grands constructeurs que sont Boeing et Airbus se penchent activement sur le sujet et pourtant, on a l'impression qu'ils ne se pressent pas, sans doute parce que les gammes d'appareils actuels sont faciles à vendre et que leur production est maîtrisée. Autrement dit, les deux grands gagnent tellement d'argent sur les avions actuels qu'ils n'ont aucune urgence à développer de nouveaux modèles. Et pourtant, on en aura bien besoin.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/10/LA380-450x212.jpg)


