Les files d’attente observées de nouveau devant les stations-service de Libreville remettent au premier plan le paradoxe de pays producteurs de pétrole en Afrique, du Gabon au Nigeria en passant par l’Angola et la Guinée équatoriale.

Tous ces pays pétroliers ont en commun la faiblesse structurelle de l’aval du secteur pétrolier. Selon une enquête de l’agence Reuters, le Gabon où la situation est tendue actuellement, a extrait environ 220.000 barils de brut par jour en août 2026, un niveau identique à celui du mois précédent. C’est la preuve qu’une production élevée de brut ne garantit pas la disponibilité régulière de l’essence et du gasoil à la pompe pour les automobilistes et les professionnels de transport routier. Au cœur de cette chaîne se trouve la Société gabonaise de raffinage (Sogara), l’entreprise publique de pétrole détenue à 100% par le Trésor. C’est elle qu’incombe la responsabilité d’alimenter le marché national en carburants. Or, rien ne semble marcher pour cette société qui illustre à sa façon, la situation de « délabrement » dans laquelle se trouvent plusieurs entreprises publiques du pays que la dynastie Bongo avait laissées mourir à petit feu. Le dernier rapport de la Banque mondiale indique que la Sonagra a généré 601,3 milliards FCFA de produits et 14,5 milliards FCFA de résultat net en 2023 mais avec 50,3 milliards de dettes qui plombent son bilan. Par ailleurs, les ardoises commerciales et les arriérés d’impôts de certaines entreprises publiques, dont la Sogara, contaminent tout le secteur. Ce tableau montre que cette entreprise appelée à jouer un rôle central dans l’approvisionnement de carburants évolue elle-même dans un environnement pollué par des impayés croisés entre sociétés sœurs du portefeuille de l’Etat.
A ces fragilités s’ajoute la facture des subventions aux carburants. La Banque mondiale évaluait ce soutien à environ 126 milliards FCFA en 2024, soit près de 1% du PIB. La loi de finances initiale 2026 prévoyait de ramener cette enveloppe à 12 milliards FCFA, avant que le collectif budgétaire ne la relève à environ 55 milliards FCFA. En juillet 2026, les réformes prévues n’avaient toujours pas été adoptées.





Gabon



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