Les États-Unis vont restituer à la Gambie 2,5 millions de dollars issus de la vente d’une propriété de l’ancien président Yahya Jammeh dans le Maryland. Des fonds qui doivent alimenter le mécanisme d’indemnisation des victimes des vingt-deux années de pouvoir de l’ex-dictateur.
Un peu moins de dix ans après le départ de Yahya Jammeh du pouvoir, l’un de ses biens saisis aux États-Unis revient, indirectement, aux victimes de son régime. Washington et Banjul ont signé, le 18 septembre 2026, un accord portant sur la restitution de 2,5 millions de dollars provenant de la vente d’une propriété détenue par l’ancien président gambien à Potomac, dans le Maryland.
L’accord a été paraphé à Banjul par le ministre gambien des Finances, Seedy Keita, et le chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Robert Anderson. Les sommes récupérées doivent être versées au fonds destiné aux réparations en faveur des victimes des violations des droits humains commises sous le régime de Jammeh.
Un bien acquis «avec des fonds issus de la corruption»
Selon le diplomate américain, la propriété avait été acquise en 2010, alors que Yahya Jammeh était encore au pouvoir. Pour Washington, son origine ne laisse guère de place au doute : le bien aurait été acheté avec des fonds provenant de la corruption.
La justice américaine avait ordonné la confiscation de la propriété en 2022. Depuis lors, a précisé Robert Anderson, aucune personne ne s’est manifestée pour contester la décision judiciaire. La vente du bien a finalement permis de récupérer les 2,5 millions de dollars aujourd’hui destinés à la Gambie.
Pour le représentant américain, cette restitution illustre la volonté commune de Washington et de Banjul de s’attaquer à la criminalité financière, au blanchiment d’argent et à la corruption. Elle doit surtout permettre que les avoirs récupérés profitent aux personnes ayant subi les exactions du régime.
Le long chemin des réparations
La restitution intervient dans le prolongement du processus de justice transitionnelle engagé après l’arrivée au pouvoir d’Adama Barrow, en 2017. Le nouveau président avait alors mis en place la Commission vérité, réconciliation et réparation (TRRC), chargée de faire la lumière sur les violations commises entre 1994 et 2017.
Pendant plus d’un an, de janvier 2019 à avril 2020, la commission a organisé des audiences publiques au cours desquelles victimes et témoins ont raconté les violences subies sous le régime de Jammeh.
À l’issue de ses travaux, la TRRC a recommandé des poursuites contre l’ancien président et plusieurs hauts responsables de son régime. Son rapport a notamment documenté des faits de torture, d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées ainsi que des violences sexuelles et fondées sur le genre.
La commission a également recommandé l’indemnisation de 1 009 victimes.
Jammeh toujours hors de portée de la justice gambienne
Chassé du pouvoir en janvier 2017 après avoir refusé dans un premier temps de reconnaître sa défaite électorale, Yahya Jammeh a finalement quitté la Gambie sous la pression régionale et internationale. Depuis, l’ancien président vit en exil en Guinée équatoriale.
La récupération de ses avoirs à l’étranger constitue ainsi l’un des rares volets concrets du processus de réparation engagé par Banjul. Après les témoignages et les recommandations de la TRRC, les victimes commencent à voir certains des biens associés à l’ancien régime transformés en ressources destinées à leur indemnisation.
Reste désormais à déterminer les modalités précises de leur redistribution. Une étape qui sera scrutée de près dans un pays où la question de la justice pour les victimes de l’ère Jammeh demeure l’un des dossiers les plus sensibles de la transition démocratique.





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